COUPS DE GUEULE

Brésil : Le peuple Tortue face aux barrages

GLOBAL VOICES

Ce reportage a été publié le 11 décembre 2014 par Agência Pública, avec le soutien de Mongabay, il comporte deux parties : “la bataille pour la frontière  Munduruku” et “Des décennies de lutte pour le Tapajós”,  écrite par le  journaliste Bruno Fonseca.  Elles ont été adaptés et seront publiées par Global Voices en trois épisodes. Voici le premier .

Malgré le remue-ménage provoqué dans le village par les discussions sur la centrale hydroélectrique, les Munduruku de Sawré Muybu maintiennent leurs activités routinières. Le matin, les femmes ballaient leurs maisons aux sol en terre, aux murs de bois, aux toitures de feuilles de babaçu (une espèce de palmier). Les poules et les chiens se précipitent pour manger ce qui vient d’être balayé à l’extérieur. Il n’y a pratiquement pas de détritus non organiques. Les adultes prennent soin de l’abatis, pêchent et chassent. L’eau nécessaire provient de la “crique”  cristalline qui baigne le village.

En sortant de l’école les enfants courent de tous côtés en mangeant des fruits. Unique motif de mauvaise humeur constatée : le bain: “Ma mère ne veut pas que je me baigne plus de trois fois par jour” dit un enfant qui a déjà atteint sa dose journalière de chaleur et de soleil ! Quelques minutes après il joue dans l’eau froide de la crique avec un sourire rayonnant!

Le menu du repas du jour est toujours une surprise. On le connaît seulement quand les pêcheurs ou les chasseurs rentrent au village ! Les adolescentes lavent la viande et en prélèvent une partie pour la famille. Chaque jour de ce reportage dans le village une viande différente est apparue : tatou, tortue, cerf et les savoureux cochons-bois. La variété de poissons est telle que nous en avons perdu le compte.

Difficile d’imaginer comment pourrait survivre cette population dans un milieu pauvre en chasse et en pêche.

Jovens e crianças ficam ansiosos para participar dos rituais de canto e dança. Eles só falam em Munduruku entre si. Foto: Marcio Isensee e Sá, Agência Pública. CC BY-ND.

Parmi toutes les incertitudes qu’apportent  la construction de ces usines hydroélectriques, la crainte la plus grande est d’être déplacé vers la ville : “Ces personnes ne savent pas vivre comme vous” explique Aldira Akai Munduruku, “ils ont toujours vécu en pleine forêt, de la chasse et de la pêche. En ville les gens dépendent de l’argent, s’il n’en ont pas il ne mangent  pas”. Enceinte de cinq mois et mère d’une petite de deux ans, Aldira garde le souvenir de la faim pendant les années où elle a vécu dans la ville de Jacareacanga quand elle était enfant.

Dans les histoires que racontent les plus anciens, mélangeant le destin des hommes et des animaux, le “Jabuti” ou tortue d’ici est le héros le plus représenté. Grâce à son intelligence et à son sens de la stratégie il vient toujours à bout de la force et de la domination de ses ennemis: le tapir, l’anaconda et le jaguar. C’est pour invoquer ses compétences, ses habilités, que les guerriers se peignent sur le corps des dessins évoquant  ceux que l’on voit sur sa carapace.

Les histoires de guerres du passé sont aussi bien présentes. Dans la seconde moitié du XVIIIe siècle les Munduruku attaquèrent tellement souvent les implantations portugaises que les responsables coloniaux nommèrent leur fleuve rio dasTropas (fleuve des armées). C’est de cette époque que date leur réputation de “réducteurs de têtes”. Ils avaient coutume de couper la tête de l’ennemi mort et après un procédé de momification, enfilaient cette tête sur une lance qu’ils fichaient aux frontières de leur territoire. Cette pratique est abandonnée depuis plus d’un siècle, mais les Mundurukus  continuent à utiliser son pouvoir symbolique en peignant cette image sur des pancartes d’auto-démarcation de leur territoire.

Bien que prêts à défendre leur territoire, ils n’aiment pas être considérés comme des violents. “ Les Mundurukus sont pacifiques, mais quand on met le doigt sur la plaie, il se mettent en colère” explique Deusiano Saw Munduruku qui enseigne à l’école Sawuruku ré Muybu. Le nom du mouvement de résistance aux usines est Ipêreg Ayû, qui veut dire:” le peuple qui sait se défendre”. Roseninho, choisi pour être le porte parole de Sawré Muybu face aux  pariwat (non indiens), nous déclare : “Le gouvernement dit que nous sommes menaçants, mais non, c’est nous qui sommes menacés.”

No fim da aula, crianças da aldeia brincam até anoitecer. Foto: Marcio Issensee e Sá, Agência Pública. CC BY-ND

L’expérience de Belo Monte

Les Mundurukus ont déjà été confrontés à plusieurs épisodes de pressions concernant leur territoire. Au début des années 1920, les missionnaires tentèrent sans succès d’interrompre la transmission de leur langue maternelle et de changer leur mode de vie. Dans les décennies 40 et 60, la FUNAI, le vieux service de protection des Indiens a installé un atelier d’extraction du caoutchouc sur les terres Munduruku, tentative infructueuse pour les transformer en mercenaires du caoutchouc. Plus récemment, une invasion de bûcherons et d’orpailleurs les préoccupe beaucoup. Et maintenant cette usine s’ajoute à tout ça ! Deux années devant la justice. Une véritable guerre juridique marquée par l’octroi de licences d’exploitation à l’usine de Belo Mont., Le ministère public fédéral est déjà intervenu à huit reprises pour exiger que les ouvrages construits sur le Rio Tapajos respectent les droits des populations locales. La différence dans la situation actuelle, est justement dans l’expérience acquise sur le Xingu avec Belo Monte. Dans le cas présent, l’expérience acquise sur le Rio Xingu pourrait faire la différence. Après avoir prêté main forte à l’occupation du chantier de Belo Monte en mai 2013, les Mundurukus ont commencé comme là-bas à négocier avec les responsables de l’usine, échangeant la chasse, la pêche, les abattis contre des paniers alimentaires, des camionnettes et autres biens offerts en compensation. L’état actuel de dépendance  financière des villages proches de Belo Monte est un exemple qui effraie les indigènes du Rio Tapajós.

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