CLIMAT

Climat : la géo-ingénierie est-elle une solution ?

RUE 89

par Rémi Sussan

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photo Dominique Milliez

Plusieurs années après le rapport de la Royal Society, ce sont maintenant les Américains qui s’y mettent : la National Academy of Sciences a sorti son propre document sur la modification du climat, ce qui n’a pas manqué de susciter divers articles dans la presse spécialisée. Ainsi le New Scientist nous prévient que « la modification du climat serait irrationnelle et irresponsable », tandis que la Technology Review du MIT nous informe que « l’étude de la National Academy of Science préconise l’usage de la géo-ingénierie sur une petite échelle ». Enfin, Ars Technica explique que le rapport nous suggère d’y « réfléchir avec prudence ».

La géo-ingénierie est-elle inévitable ?

Comme les auteurs du document de la Royal Society, les chercheurs sont tout sauf enthousiastes quand il s’agit d’utiliser les méthodes les plus radicales de modification climatique, celles qui impliquent de réduire l’accès de la lumière solaire à la planète, ce qu’on appelle la « réduction de l’albédo ». Mais également comme leurs partenaires britanniques, ils reconnaissent que ce recours peut s’avérer inévitable. Du reste, ils sont dans ce domaine beaucoup plus précis que les auteurs du rapport anglais, et ce n’est pas étonnant. En quelques années, les études sur le sujet se sont multipliées.

Le rapport américain est aussi plus sélectif sur les projets analysés : il passe très rapidement sans s’y arrêter sur les méthodes les plus farfelues (peindre tous les toits en blanc) ou les plus chères et les plus futuristes (emplir l’orbite terrestre d’un anneau de particules réfléchissantes ) pour se concentrer sur les plus réalistes et les moins onéreuses du catalogue : celles qui impliquent l’usage d’aérosols stratosphériques ou la création de couches de nuages à partir de gouttelettes issues des océans (pour une description plus précise de ces techniques, se reporter à notre dossier sur la question).

Les recommandations ne sont pas surprenantes : on préconise de se concentrer sur la réduction des émissions de CO2 et de préférer la géo-ingénierie « douce » qui consiste à essayer de recapturer ce dernier. Quant à la réduction de l’albédo, il n’est pas question de déployer cette solution pour l’instant, même si les auteurs conseillent de développer un programme de recherches.

« Le Comité estime qu’il est irrationnel et irresponsable de mettre en œuvre une modification soutenue de l’albédo sans poursuivre également l’atténuation des émissions, la capture du dioxyde de carbone, ou les deux. » Notez la seconde partie de la phrase. Autrement dit, pas d’interdiction totale et définitive sur les techniques de manipulation du climat…

Les difficultés de l’expérimentation

Mais comment étudier et expérimenter sur des phénomènes aussi globaux et aux conséquences aussi dramatiques ?

Tout d’abord, même les travaux les plus inoffensifs peuvent susciter des réactions très hostiles de l’opinion, parce qu’ils pourraient, éventuellement mener à de vraies opérations de géo-ingénierie, ainsi que Hugh Hunt et l’équipe britannique de SPICE (qui étudie la possibilité de projeter des particules dans l’atmosphère) ont pu le découvrir en 2010. Il était difficile d’imaginer une expérience moins dangereuse : un ballon flottant à un kilomètre au-dessus de Norfolk devait projeter 150 litres d’eau grâce à un tuyau d’arrosage. Pourtant, malgré son côté inoffensif, plus de 50 organisations avaient signé une pétition s’opposant à cette expérimentation, précisément pour les conséquences qu’elle pourrait entraîner, ce qui a abouti à l’annulation du projet. (Mais, ainsi que le souligne le rapport de l’académie américaine, une autre raison impliquant un conflit d’intérêts a joué un rôle dans l’affaire : l’un des membres du groupe de chercheurs avait déposé un brevet concernant la distribution de l’eau…).

D’autres scientifiques ont fait des propositions d’expérimentation qui n’ont pas abouti, du moins pas encore. En 2012, James Anderson et David Keith, de l’université de Harvard, proposaient d’étudier l’effet de la projection de toutes petites quantités de particules de soufre dans la stratosphère à l’aide d’un ballon lancé depuis le centre de la Nasa dans le Nouveau-Mexique. Le but : étudier les conséquences de cette action, notamment sur la couche d’ozone qui peut être endommagée par une telle opération de grande ampleur. L’expérience n’a pas eu lieu, mais cela n’a pas empêché David Keith et James Anderson, en compagnie de quelques collègues, de proposer une nouvelle version de l’expérience (PDF) en novembre 2014, un système nommé Scopex impliquant, là encore, un ballon et un système d’analyse.

Là encore, l’expérience pourrait difficilement être qualifiée de dangereuse. Comme nous le rappelle Motherboard : « Moins de 1 kg d’acide sulfurique est nécessaire par vol, une quantité inférieure à la quantité de soufre libéré par un avion de ligne en 1 minute de vol. »

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