COUPS DE GUEULE

Chine : un documentaire sur la pollution censuré

LE POINT

Par CLÉMENT PÉTREAULT

Pollution : ce qu’on veut cacher aux Chinois

« Under the Dome », le documentaire chinois sur la pollution, a été censuré par Pékin. Il a été traduit en plusieurs langues via Internet depuis la Chine.

Pendant quelques jours du mois de mars 2015, les Chinois ont pu visionner un documentaire explosif sur la pollution dans leur pays. Puis, celui-ci a subitement disparu du Web, supprimé par la censure gouvernementale. Le film, baptisé Under the Dome, réapparaît désormais dans le monde entier. Il a été sous-titré dans différentes langues : anglais, français, espagnol, italien, japonais ou encore allemand. Les opérations ont été menées de manière clandestine depuis la Chine. En France, il a été traduit grâce au travail – entre autres – de Jef Jaquier, un retraité de l’éducation nationale de 78 ans installé en Bretagne. Cet ancien professeur de linguistique explique qu’il a proposé son aide via la plateforme collaborative GitHub : « C’est un étudiant, un certain Linghein, qui coordonne les opérations. Il est fascinant de voir comment Internet a permis d’organiser l’intelligence collective très rapidement », s’amuse le retraité branché qui a travaillé plusieurs jours sur le sujet. « Ce film est passionnant et il n’aurait pas été le même s’il avait été fait par un homme », conclut le traducteur improvisé.
Pour réaliser ce film, l’ancienne présentatrice de télé chinoise Chai Jing s’est transformée en lanceuse d’alerte. À travers son histoire personnelle, la journaliste pointe les effets sanitaires de cette immense crise environnementale et désigne la corruption comme responsable de l’inertie des pouvoirs publics. Il n’en fallait pas plus pour que la jeune réalisatrice soit rebaptisée « L’Al Gore chinoise » par les médias occidentaux, en référence à l’ancien candidat démocrate à la Maison-Blanche qui avait produit le film Une vérité qui dérange sur le même thème.

Si la défense de l’environnement est officiellement devenue une priorité du président Xi Jinping, l’accès aux informations sur le sujet reste étroitement surveillé par le pouvoir chinois. À Pékin, où l’indice de pollution est plus consulté que la météo, les mesures fournies par les sondes placées sur le toit de l’ambassade américaine ont été censurées en novembre dernier. Elles étaient jusqu’alors considérées comme plus fiables que celles fournies par l’État chinois. « Officielles ou non, ces données demeurent catastrophiques », explique le patron d’une entreprise française de santé connectée implantée en Chine. « Il est très difficile de parler des conséquences de la pollution sur la santé », poursuit cet entrepreneur, qui craint qu’un jour les mesures de pollution soient elles aussi classifiées « informations sensibles » et censurées par le gouvernement chinois.

Le film Under the Dome a donné lieu à quelques couacs de communication au sein même du gouvernement chinois. Le Premier ministre Li Kejiang précisait en 2013 : « Nous avons besoin de davantage de transparence. Nous respirons tous le même air. Nous avons donc besoin de prendre des mesures ensemble et il faut que les gens puissent voir les résultats rapidement. » Dans cette volonté d’ouverture, Chen Jining, le ministre de l’environnement chinois partageait encore publiquement le mois dernier son admiration pour la réalisatrice Chai Jing et son documentaire… juste avant que celui-ci ne soit interdit. Le film aura été visionné plus de 150 millions de fois en Chine avant d’être retiré.

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