DONNEES ET ANALYSES

Languedoc-Roussillon-Midi-Pyrénées : Le grand sud attractif

INSEE

par Bertrand Ballet, Bernard Nozières, Roger Rabier (Insee)

En France métropolitaine, le nombre des régions passe de 22 à 13 au 1er janvier 2016. Quel portrait peut-on dresser aujourd’hui de la nouvelle région Languedoc-Roussillon-Midi-Pyrénées (LRMP), sa géographie, son économie, sa dynamique démographique ?

Un peu plus de 5,6 millions de personnes résident dans la future 2e région de métropole par sa superficie (72 700 km²). Celle-ci est constituée de quatre grands ensembles géographiques (figure 1). D’abord deux massifs montagneux, partagés depuis longtemps déjà, les Pyrénées au sud et le Massif central au nord. Ensuite, la région s’ouvre largement à l’ouest sur la vallée de la Garonne, encadrée par de vastes zones de plaines et de coteaux. Enfin, à l’est, le littoral méditerranéen court du Roussillon à la vallée du Rhône par la côte languedocienne. À l’intersection de ces quatre ensembles, le seuil de Naurouze, à la fois ligne de partage des eaux et lien entre la Méditerranée et l’Atlantique.

Figure 1 – Quatre espaces géographiques pour le Languedoc-Roussillon-Midi-Pyrénées

Figure 1 - Quatre espaces géographiques pour le Languedoc-Roussillon-Midi-Pyrénées

Sources : Insee – © Ign 2015

Un fort dynamisme démographique lié à l’attractivité résidentielle…

Entre 2007 et 2012, la population de cette nouvelle région augmente, en moyenne, de 51 100 habitants chaque année, soit une croissance de + 0,9 % par an. Ce dynamisme démographique est deux fois plus fort qu’en France métropolitaine. Il est le troisième plus important des nouvelles régions, au regard du nombre d’habitants supplémentaires, et le 2e en rythme de progression derrière la Corse.

L’augmentation de population résulte, pour les quatre cinquièmes, d’installations dans la région, plus nombreuses que les départs. En moyenne annuelle, les personnes arrivant sont 40 400 de plus que celles quittant la région, soit le plus fort solde migratoire parmi les treize nouvelles régions métropolitaines. L’excédent des naissances sur les décès (solde naturel) joue également favorablement sur cette croissance démographique : 62 200 enfants naissent chaque année pour 51 500 décès.

Signe du fort brassage de la population, le taux d’évolution de la population imputable aux mouvements migratoires avec les autres régions métropolitaines (taux de migration net) est le plus fort de la France métropolitaine, juste après celui de la Corse. Autre signe, les natifs sont moins nombreux parmi les résidents : en 2011, moins de six habitants de LRMP sur dix y sont nés contre les deux tiers en moyenne dans les autres régions.

… à presque tous les âges

Les arrivées en provenance des autres régions métropolitaines sont plus nombreuses que les départs vers celles-ci à tous les âges, à l’exception toutefois des jeunes de 25 à 28 ans (figure 2).

Entre 18 et 40 ans, les mobilités résidentielles sont très fréquentes, arrivées comme départs. Le solde migratoire est positif pour les 18 à 24 ans grâce à l’attraction exercée par les pôles universitaires toulousains et montpelliérains. Il est négatif pour les jeunes de 25 à 28 ans, probablement en raison des départs pour trouver un premier emploi à l’issue d’un cycle d’études supérieures, ou encore pour poursuivre ailleurs des cursus universitaires longs. Au-delà de ces âges d’études, les arrivants sont plus nombreux que les partants, notamment aux âges de la retraite ou juste avant. Actifs en emploi ou non, retraités, étudiants : la région accueille plus d’habitants qu’elle n’en perd, et ce quelle que soit leur situation.

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Une armature urbaine multiple

L’organisation de la nouvelle région autour de ses villes se construit selon deux logiques différentes. À l’ouest, l’agglomération toulousaine, la plus étendue et la plus peuplée de LRMP, est au cœur d’un système monocentré : son influence s’étend sur l’une des plus vastes couronnes périurbaines de France. Elle rassemble, en 2012, près de 1,3 million d’habitants et constitue ainsi la 3e aire urbaine hors Île-de-France, après Lyon et Marseille. C’est aussi la plus dynamique de France en termes de démographie sur la période récente. Plus loin, l’influence de Toulouse rejaillit sur un réseau de villes moyennes disposées en étoile à environ une heure de route de la ville rose. Parmi elles, Montauban, Albi, Castres, Pamiers, Auch, mais aussi Carcassonne, Agen ou même Cahors dessinent l’espace de rayonnement métropolitain de Toulouse (figure 3).

Sur le littoral méditerranéen, l’armature urbaine est organisée autour de grandes villes, dont la première d’entre elles, Montpellier, constitue la 2e aire urbaine de LRMP avec 570 000 habitants. Son aire urbaine est l’une des plus dynamiques du pays sur le plan démographique. Ce réseau de villes polycentré s’étend en chapelet depuis le Gard, aux portes d’Avignon, jusqu’à Perpignan.

Relativement éloignées de ces deux réseaux, quelques villes importantes complètent l’armature urbaine de LRMP : c’est le cas d’Alès, de Rodez, ou encore de Tarbes qui constitue un bipôle, avec Pau dans la région voisine.

Le dynamisme de ces deux principaux systèmes urbains est le moteur de la croissance démographique régionale et conduit à une densification d’espaces périurbains ou interstitiels de plus en plus vastes. Les nouveaux arrivants sont également nombreux à s’installer dans les communes rurales et les petites unités urbaines (définition) : c’est particulièrement le cas le long des axes autour de Toulouse et sur le littoral, où les espaces peu peuplés entre les villes tendent à se faire rares.

Comme au niveau national, près des trois quarts des habitants de LRMP vivent dans des communes urbaines, appartenant à de grandes agglomérations ou à de petites villes ou unités urbaines.

Figure 3 – Un système urbain monocentré autour de Toulouse et polycentré sur le littoral – Population et évolution démographique des unités urbaines entre 2007 et 2012

Figure 3 - Un système urbain monocentré autour de Toulouse et polycentré sur le littoral - Population et évolution démographique des unités urbaines entre 2007 et 2012

Source : Insee – Recensements de la population 2007 et 2012 – © IGN – Insee 2015

L’enjeu de l’attractivité

Le développement démographique, dû aux migrations de nouveaux habitants, est principalement lié à deux facteurs, d’abord le développement des activités économiques et de l’emploi, et ensuite les études supérieures. Les retraités constituent une minorité des nouveaux arrivants.

Si les dynamiques à l’œuvre ces dernières années se poursuivaient, la population active augmenterait de + 0,7 % par an, soit 20 000 actifs supplémentaires chaque année, d’ici 2030. Dans le futur, un des enjeux est par conséquent de développer une offre d’emploi en phase avec l’évolution de la population active, ce qui a été le cas dans la période pré-crise. Il s’agira également de réguler les nombreux déplacements quotidiens entre les lieux de domicile et de travail qui sont le reflet de l’étalement urbain.

La forte attractivité résidentielle de la région, concentrée dans les zones urbaines et les zones interstitielles, constitue un atout économique dans la mesure où cet afflux génère des activités (et de l’emploi) satisfaisant les besoins des personnes présentes. Cette économie, dite présentielle, qui peut contribuer à la qualité de vie des résidents, est également un facteur d’attractivité de l’économie productive. L’essor démographique très dynamique présente aussi un risque, celui de la dégradation de l’environnement et des conditions de vie – prix des logements, éloignement domicile-travail, accès aux services et aux équipements – à laquelle sont confrontées les politiques publiques d’aménagement.

En prolongeant les tendances passées, la nouvelle région compterait près de 800 000 habitants supplémentaires à l’horizon 2030, soit 50 000 habitants supplémentaires chaque année (+ 0,8 %). La zone d’emploi de Toulouse concentrerait l’accroissement absolu le plus important, mais aussi un accroissement relatif très fort.

Déficit d’emplois dans la sphère productive

En LRMP, la part des activités productives dans l’économie est parmi les plus faibles des nouvelles régions. Les activités productives sont majoritairement tournées vers les marchés extérieurs et les entreprises (agriculture, industrie, commerce de gros, services aux entreprises). Elles regroupent 31 % des emplois contre 34 % dans les autres régions hors Île-de-France. Seules Paca et la Corse ont proportionnellement moins d’activités productives. Le LRMP compte ainsi 12,1 emplois « productifs » pour 100 habitants contre 14,1 en France métropolitaine et 13,4 hors Île-de-France. Ce déficit d’emplois productifs n’est pas homogène sur l’ensemble du territoire. Il est particulièrement marqué dans les zones d’emploi (ZE) du sud-est de la région (figure 4). Ainsi, parmi les ZE les plus importantes, celles de Perpignan, Béziers, Carcassonne, Sète ou Alès comptent moins de 9 emplois productifs pour 100 habitants. À l’inverse, la sphère productive est surreprésentée au nord-ouest de la nouvelle région. En particulier, la ZE de Toulouse concentre 30 % des emplois productifs de LRMP avec le plus fort taux de la région (16,7 pour 100 habitants). Les ZE de Rodez, Figeac, Villefranche-de-Rouergue, Brive-la-Gaillarde, Mont-de-Marsan et Bagnols-sur-Cèze sont également bien dotées en activités productives avec des taux d’emploi supérieurs à 14 pour 100 habitants.

Figure 4 – Un déficit d’emplois productifs au sud-est – Emplois productifs par zone d’emploi en Languedoc-Roussillon-Midi-Pyrénées en 2011

Figure 4 - Un déficit d’emplois productifs au sud-est - Emplois productifs par zone d’emploi en Languedoc-Roussillon-Midi-Pyrénées en 2011

Source : Insee – Recensement de la population 2011 © IGN – Insee 2015

L’économie productive concentrée autour de Toulouse

L’aire urbaine de Toulouse héberge la moitié des 50 plus grands établissements employeurs des secteurs marchands de LRMP et deux de leurs salariés sur trois (figure 5). Cette concentration tient à l’implantation historique de la construction aéronautique et spatiale. Les lignes d’assemblage et le siège social d’Airbus sont localisés à Toulouse et à Blagnac. La ville rose héberge également le Centre national d’études spatiales (Cnes) et les deux constructeurs européens de satellites Airbus Space Systems et Thales Alenia Space. Les grandes entreprises de services numériques, impliquées dans des programmes aéronautiques ou spatiaux, ainsi que quelques grands équipementiers, travaillent non loin des constructeurs. Ce système local de production et de compétence s’étend aux domaines de la formation et de la recherche. Les grandes écoles de l’aérospatial (Isae-Sup’aéro, Enac) contribuent à l’attractivité du pôle d’enseignement supérieur de Toulouse. Industrie de haute technologie, la construction aéronautique et spatiale est un secteur très dynamique depuis le milieu des années 2000 en lien avec la demande croissante de transport aérien de la part des pays émergents. Avec un fort effet d’entraînement sur l’économie, il a permis à Midi-Pyrénées de mieux résister à la crise de 2008-2009.

Figure 5 – Plus de la moitié des établissements du secteur marchand dans l’agglomération toulousaine – Les 50 principaux employeurs du secteur marchand en 2012

Figure 5 - Plus de la moitié des établissements du secteur marchand dans l’agglomération toulousaine - Les 50 principaux employeurs du secteur marchand en 2012

Source : Insee, Clap 2012 – © IGN – Insee 2015

Des pôles industriels secondaires et des activités agricoles

Les autres principaux employeurs des secteurs marchands sont localisés dans des pôles plus réduits. Ils sont implantés dans l’agglomération de Montpellier, notamment dans le domaine de la recherche scientifique (Sanofi-Aventis, CNRS), sur le site nucléaire de Marcoule dans le Gard (CEA, Areva), dans la Mecanic Valley du Lot et de l’Aveyron avec quelques grands équipementiers aéronautiques ou automobiles, ou encore à Tarbes avec Alstom et Daher-Socata. L’industrie agroalimentaire est également bien représentée avec trois grandes unités : Nestlé Waters dans le Gard, Andros dans le Lot et Euralis Gastronomie dans les Hautes-Pyrénées.

LRMP est aussi une région agricole importante. La viticulture et les fruits et légumes tiennent une place prépondérante en Languedoc-Roussillon, tandis que l’élevage et les grandes cultures sont plus particulièrement développés en Midi-Pyrénées. Destinés à répondre aux besoins alimentaires, ces secteurs, obéissant à des fluctuations conjoncturelles spécifiques, échappent généralement en partie aux grandes crises économiques.

Première région pour l’effort de recherche et de développement

Avec 3,7 % du PIB consacrés aux dépenses de recherche et développement (R&D) en 2012, le LRMP est la 1ère région française pour l’effort de R&D, qu’elle soit publique ou privée. L’effort de R&D y est majoritairement le fait des entreprises, du secteur aérospatial mais aussi de la chimie-pharmacie. De ce fait, la part des dépenses de R&D privées est beaucoup plus élevée en Midi-Pyrénées (71 %) qu’en Languedoc-Roussillon (31 %). L’effort de recherche des administrations publiques de LRMP (1,5 % du PIB) est aussi le plus important des régions françaises. L’importance des pôles universitaires de Toulouse et de Montpellier, la présence du Cnes et de l’Onera à Toulouse, du CNRS, de l’Inra et du CEA dans les deux régions expliquent ce classement.

Une économie présentielle dynamique et diffuse

Tournée vers la satisfaction des populations résidantes ou touristiques, l’économie présentielle en LRMP est portée par le dynamisme démographique de la région. Avec 26,4 emplois pour 100 habitants, le poids de ces activités (construction, commerce de détail, services aux ménages, administration, enseignement, santé et action sociale) se situe toutefois dans la moyenne nationale (26,7) et légèrement au-dessus de celle de l’ensemble des régions hors Île-de-France (25,8). Les emplois présentiels sont mieux répartis sur le territoire que ceux de la sphère productive. Si le taux d’emplois présentiels est le plus élevé de la nouvelle région dans la ZE de Montpellier (29,6) après celle de Lozère, il est souvent plus important dans les ZE de Midi-Pyrénées (notamment à Tarbes-Lourdes, Saint-Gaudens ou Toulouse) que dans celles du Languedoc-Roussillon.

En LRMP, les secteurs marchands qui répondent, pour l’essentiel, aux besoins de la population locale restent les principaux employeurs avant et après regroupement. Il s’agit du commerce, de la construction et du transport. La construction aéronautique et spatiale et les services spécialisés aux entreprises en Midi-Pyrénées ou l’hébergement-restauration lié au tourisme en Languedoc-Roussillon restent dans ce nouvel ensemble les autres secteurs moteurs de l’économie. Seul le secteur de la recherche et du développement scientifique est à la fois spécifique aux deux régions et se renforce dans l’union.

Un déficit d’emplois qui pèse sur le PIB

En 2012 , le produit intérieur brut (PIB) par habitant de LRMP s’élève à 26 600 euros contre 27 700 pour l’ensemble des régions hors Île-de-France. Ce déficit de 4 % est imputable à trois caractéristiques : un déficit d’emplois, une moindre part de personnes en âge de travailler et une productivité inférieure.

Première explication, la faiblesse de l’emploi ramené à la population en âge de travailler (15-64 ans), autrement appelé taux d’emploi, représente la moitié du déficit. Ainsi, la nouvelle région compterait près de 45 000 emplois supplémentaires si son taux d’emploi était identique à la moyenne de province. La densité des emplois présentiels étant sensiblement équivalente à la moyenne de province, le déficit porte donc pour l’essentiel sur la sphère productive de l’économie.

Deuxième raison, la moindre productivité apparente du travail, rapport entre le PIB régional et le nombre d’emplois au lieu de travail, représente 30 % du déficit en 2012. Chaque emploi génère ainsi une production de 69 500 € en LRMP, contre 70 400 € en moyenne en province. Cette différence est due, pour les deux tiers, à un effet de structure, l’emploi étant plus concentré dans les secteurs les moins productifs en LRMP.

Troisième explication enfin, liée à la pyramide des âges : en raison d’une part plus élevée de personnes âgées de 65 ans ou plus, la population en âge de travailler (15-64 ans) est relativement moins nombreuse en LRMP qu’en moyenne en province.

Une raison qui explique 20 % du déficit du PIB par habitant.

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