DONNEES ET ANALYSES

Picardie : l’atout du patrimoine culturel

INSEE

par Patricia Antoine, Danièle Lavenseau, Insee

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Cathédrale d’Amiens photo Dominique Milliez

La Picardie est riche d’un patrimoine historique important et attractif. Mais les équipements culturels mis à disposition des résidants sont beaucoup plus rares et inégalement répartis sur le territoire. Ainsi, l’ensemble des indicateurs analysés pour mesurer le poids de ce secteur, placent la région à la fin du classement des régions françaises. En Picardie, le secteur culturel est mieux implanté à Amiens et dans les zones plus urbanisées du sud de la région que dans les zones plus rurales et plus pauvres économiquement du nord de l’Aisne.

La culture, enjeu de développement (encadré), englobe des activités aussi diverses que le spectacle vivant, l’architecture ou la presse, exercées dans des structures très variées. Une scène nationale, une école de musique ou un musée en sont quelques exemples ; artiste plasticien, photographe ou professeur de musique sont parmi les professionnels qu’on y trouve.

Pour délimiter le champ culturel, une définition européenne harmonisée retient huit domaines d’activités, regroupés autour des quatre axes stratégiques de la politique culturelle de l’État que sont la création artistique, la conservation du patrimoine, la démocratisation et la transmission des savoirs et les industries culturelles.

En 2012, à l’échelle nationale, près de 644 000 personnes travaillent dans le secteur culturel, en exerçant leur activité soit de façon autonome, soit au sein de l’un des 62 000 établissements à vocation culturelle comptant des salariés. Ces établissements représentent 16 % des 385 000 unités de production qui œuvrent, France entière, dans le secteur culturel. Ces dernières sont des structures personnelles ou collectives, à but lucratif ou non, permettant de déployer une activité économique. Les deux tiers de ces unités de production se trouvent répartis dans trois régions : l’Île-de-France, Rhône-Alpes et Provence- Alpes-Côte d’Azur.

Une moindre présence du secteur culturel en Picardie

La contribution de la Picardie correspond à 1,4 % de l’ensemble des unités de production relevant du secteur culturel en France métropolitaine. Elle apparaît ainsi en retrait du poids démographique de la région, proche de 3 %, ou encore de son poids économique, de l’ordre de 2,2 % toutes activités confondues.

Hors Île-de-France, la faiblesse de la contribution de la Picardie reste avérée, avec 2,2 % des unités de production présentes dans les régions de province, contre 2,8 % sur l’ensemble des activités économiques.

Un indicateur synthétique, moyenne de trois composants, permet de mesurer plus précisément le poids du secteur culturel et confirme à ce sujet la faiblesse de la Picardie. Formé de la part des établissements culturels dans l’ensemble des établissements de la région, de la part des métiers culturels dans l’ensemble des professions exercées et de la densité des établissements culturels selon la population, il place la Picardie à l’avant-dernier rang des régions de France

figure1 – La Picardie : une faible contribution au secteur culturel français

figure1 - La Picardie : une faible contribution au secteur culturel français

Source : Insee, Clap 2012, recensement de la population 2011

D’une région à l’autre, la présence d’une offre culturelle conséquente est favorisée par des éléments tenant à l’histoire et à la physionomie des territoires, mais aussi au profil socio-démographique des habitants et aux politiques publiques menées localement, pour encourager le développement de ces activités. L’existence de sites historiques attractifs sur le territoire, le niveau de revenu des résidants, la part de diplômés de l’enseignement supérieur et de cadres et professions intermédiaires dans la population, plus souvent usagers des équipements culturels, sont parmi les motifs déterminants. Le caractère rural de la Picardie et le maillage de villes moyennes qui la constituent, dont la plus grande agglomération compte moins de 200 000 habitants, interviennent également d’une façon importante et en général contraire à un plein essor des activités culturelles.

De nombreux professionnels autonomes dans la création culturelle

En Picardie comme sur l’ensemble du territoire français, les activités culturelles sont plus souvent que les autres exercées par une personne seule. Enregistrées en tant que profession libérale, personne physique ou artisan, 4 360 personnes travaillent seules, dans la région, dans l’univers de la culture. Elles représentent 88 % des 5 322 unités de production concernées, contre 62 % toutes activités confondues.

Les trois-quarts d’entre elles exercent dans un domaine relevant de la création artistique, majoritairement les arts visuels, elles sont également présentes dans l’enseignement culturel, la traduction ou l’architecture. En comparaison avec la structure nationale, la Picardie se distingue par une moindre présence des activités d’architecture et, à l’inverse, une présence accrue dans les arts visuels.

Des établissements employeurs, principal moteur des activités culturelles

Le champ de la culture est également structuré par des établissements employeurs : ils sont au nombre de 962 et emploient 3 620 salariés.

La moitié relèvent de la création artistique, dépendant pour la plupart des arts du spectacle vivant. Nombreux et de petite taille, ces établissements emploient le tiers des salariés du champ culturel, dans la région. Ils peuvent avoir un rayon d’action qui dépasse leur localisation, par exemple des compagnies de théâtre installées dans un centre urbain peuvent intervenir sur un territoire plus vaste.

Moins nombreux et intégrant de plus gros effectifs, les activités liées à la préservation du patrimoine (architecture et gestion patrimoniale), correspondent à 21 % des établissements employeurs et un tiers des salariés.

La configuration des établissements relevant des industries culturelles les rapproche du reste de l’économie. Présents le plus souvent dans le domaine de la presse ou du cinéma, ils font partie des plus gros employeurs culturels dans la région et sont constitués sous un statut juridique de société.

À l’exception de ces derniers, la plupart des établissements employeurs de la culture sont enregistrés sous formes d’association, de collectivité territoriale ou d’établissement public donnant lieu à une production essentiellement non marchande.

Plus de spectacle vivant et de patrimoine

Les activités liées au spectacle vivant, artistiques, de soutien et de gestion, occupent une place plus importante en Picardie qu’à l’échelle nationale : elles représentent 27,3 % des salariés, soit 2,6 points de plus que la moyenne métropolitaine.

Figure 3 – Répartition des unités de production et des salariés de la culture par grands secteurs d ’activités – Plus de 20 % des salariés dans la conservation du patrimoine
Champ : France métropolitaine, hors Île-de-France
Source : Insee, Clap 2012
Répartition
Unités de production Salariés
Picardie Picardie France Picardie Picardie France
Activités culturelles (Nomenclature d’activités française – NAF rév. 2, 2008) Ensemble dont établissements employeurs Ensemble Ensemble
Nombre Nombre % % Nombre % %
Création artistique 3 821 540 71,8 68,4 1 121 31,0 29,1
Spectacle vivant 1 079 468 20,3 19,8 990 27,3 24,7
Arts visuels 2 742 72 51,5 48,6 131 3,6 4,4
Patrimoine 508 198 9,5 12,4 1 197 33,1 31,2
Architecture 426 127 8,0 11,4 448 12,4 17,5
Conservation du patrimoine 82 71 1,5 1,0 749 20,7 13,7
Transmission des savoirs 299 47 5,6 5,2 153 4,2 4,5
Enseignement culturel 299 47 5,6 5,2 153 4,2 4,5
Industries culturelles 694 177 13,0 14,0 1 149 31,7 35,2
Audiovisuel 267 93 5,0 5,2 483 13,3 15,5
Presse 162 58 3,0 2,6 518 14,3 15,8
Édition et librairie, traduction et interprétation 265 26 5,0 6,1 148 4,1 3,8
Ensemble 5 322 962 100,0 100,0 3 620 100,0 100,0

Ces activités concernent cependant en majorité la gestion de salles publiques ou privées, et des compagnies de spectacle, de petite taille. Le nombre de théâtres par habitant, répertoriés par le Centre National du Théâtre, place la Picardie au dernier rang du classement des régions françaises.

La conservation du patrimoine est très présente dans la région et les salariés surreprésentés dans les trois domaines qui la composent, la gestion des monuments historiques, des bibliothèques et des musées (+ 7 points). Les arts visuels, arts plastiques, photographie et design, sont également très présents, mais seulement à travers des personnes exerçant seule en tant que personne physique, artisan ou profession libérale.

Réciproquement, les activités d’architecture sont fortement déficitaires dans la région. Le caractère rural de la Picardie, ainsi qu’un taux de construction de logements parmi les plus bas de France contribuent à expliquer cet écart. Les industries culturelles sont également moins représentées en Picardie, à l’exception de celles relatives à la presse locale.

figure2 – La gestion d’un important patrimoine historique, une moindre présence des professions culturels d’ingénierie

figure2 - La gestion d’un important patrimoine historique, une moindre présence des professions culturels d’ingénierie

Source : Insee, Clap 2012

Une offre culturelle différenciée

L’offre de services culturels proposés à la population par la mise à disposition d’équipements installés sur le territoire picard est substantielle. Néanmoins, la fréquence de ces équipements varie selon leur nature.

Figure 4 – Une offre contrastée – Les équipements culturels en Picardie en 2012
(*) Nombre de salles
Source : Ministère de la culture et de la communication, DEPS – Insee, recencement de la population
Nombre d’équipements en Picardie Densité des équipements en Picardie : Nombre pour 100 000 habitants Classement de la Picardie parmi les régions de France métropolitaine, selon la densité des équipements
Lieux de lecture publics 673 35,1 5
Conservatoires 7 0,4 8
Monuments historiques 1589 82,8 13
Musées de France 38 2,0 14
Cinémas (*) 125 6,5 21
Théâtres 13 0,7 22

Celle destinée aux visiteurs est riche et valorisée. Présents en grand nombre, les monuments historiques placent la Picardie au treizième rang du classement des régions françaises. Ils sont également bien répartis sur l’ensemble du territoire. Les musées, également nombreux, situent la région en quatorzième position.

À l’inverse, les équipements s’adressant en premier lieu aux résidants sont beaucoup plus rares. Le nombre de théâtres est faible, la région dispose d’un seul théâtre labellisé scène nationale et d’aucun centre dramatique national. De même, en matière de danse, elle comprend un lieu labellisé centre de développement chorégraphique mais aucun centre chorégraphique national. Le nombre de salles de cinéma, rapporté à la population, place la Picardie à l’avant-dernier rang du classement. Et, même si, comme toutes les régions, la Picardie accueille un Fonds régional d’art contemporain, elle ne compte pas parmi ses musées, de lieu dédié à l’art contemporain. Les lieux de lecture publics font ici exception, ils sont fréquents et bien répartis sur tout le territoire.

L’indicateur synthétique, appliqué aux bassins de vie, permet de mieux comprendre la façon dont se structure le territoire au regard du poids du secteur culturel. Quatre types de territoires apparaissent en Picardie.

figure5 – Une grande disparité sur le territoire

figure5 - Une grande disparité sur le territoire

Source : Insee, Clap 2012, recensement de la population 2011

Le sud de la région, un secteur culturel lié au patrimoine

Compris dans la grande aire urbaine de Paris, le sud de la région présente des caractéristiques liées à ce voisinage. Le poids du secteur culturel y est élevé, le plus souvent au-delà de la référence régionale. Cette partie de la Picardie, où les modes de vie sont proches de ceux de la région parisienne et les navetteurs travaillant à Paris, fréquents, se singularise également par une forte densité de monuments historiques attractifs. Le caractère urbanisé de la zone ainsi que le profil sociodémographique des résidants les rapprochent des habitants d’Île-de-France, aux pratiques culturelles plus développées ; le revenu moyen ainsi que la part des cadres et professions intermédiaires et des plus diplômés, y sont, globalement, les plus élevés de Picardie.

Dans les bassins de vie de Chantilly, Senlis et Orry-la-Ville, le poids du secteur culturel est le plus élevé de la région, au même niveau que les régions françaises du quart sud-est. Les monuments historiques et les musées y sont présents en grand nombre, générant une activité de tourisme culturel, en provenance majoritaire d’Île-de-France. Les effectifs salariés les plus représentés sont  employés par ces structures.

Château-Thierry présente également un secteur culturel d’un poids proche de la moyenne nationale, comptant une part importante d’établissements culturels, dans la création artistique et la gestion du patrimoine, et des structures propres à générer une activité de tourisme de proximité.

Sans considérer les monuments historiques, les villes de Compiègne et de Beauvais disposent d’une plus forte densité d’équipements, au regard du nombre d’habitants. Universitaires, elles accueillent de nombreux étudiants, consommateurs de culture. Beauvais, en tant que préfecture de département, comprend également des activités liées à la presse, la documentation ou la conservation du patrimoine, ainsi que des lieux de spectacle reconnus lui conférant la deuxième place dans la région, après Amiens, en nombre d’établissements et en nombre d’emplois dans ce domaine.

Amiens, capitale régionale où s’expriment les arts du spectacle

En lien avec ses fonctions métropolitaines, le poids du secteur culturel est, à Amiens, parmi les plus élevés de Picardie. Un établissement culturel picard sur quatre se trouve dans la zone d’emplois d’Amiens, qui rassemble également près d’un tiers des effectifs salariés de la culture. Un emploi culturel sur cinq basé dans la région, se trouve dans la ville d’Amiens.

Les arts du spectacle vivant y sont très présents par le biais d’établissements renommés, tels que la Maison de la Culture d’Amiens, seule scène nationale de la région. Les métiers des arts plastiques en lien avec les arts graphiques, y sont également plus fréquents que dans le reste de la Picardie. Parmi les métiers exercés, seul l’enseignement culturel est ici moins représenté que dans le sud de la région.

De plus, bénéficiant de ses fonctions administratives, la ville réunit une part importante des activités de presse locale, de documentation et de conservation du patrimoine. Elle comprend ainsi des établissements plus grands.

La Baie de Somme, rurale et touristique

En zone côtière, le poids du secteur culturel est contrasté d’un bassin de vie à l’autre. S’il apparaît en retrait dans la zone rurale de Rue, il est au contraire particulièrement élevé à Saint-Valery-sur-Somme et, dans son prolongement, à Abbeville, qui bénéficient tous deux d’un effet induit par le tourisme culturel.

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Gerberoy  photo : Dominique Milliez

Un secteur culturel faiblement présent dans la Picardie rurale, mais aussi dans les villes de l’Aisne

Dans l’ensemble, les bassins de vie à dominante rurale présentent un faible développement du secteur culturel. C’est en Thiérache qu’équipements, emplois et établissements culturels sont les plus rares. Outre le caractère rural du territoire, la population compte ici les plus faibles parts de diplômés de l’enseignement supérieur et de cadres et professions intermédiaires et dispose des revenus les plus faibles. La présence de structures culturelles renommées, telles que le Familistère de Guise ou des églises fortifiées, ne suffisent pas à développer l’activité culturelle. De façon similaire, les fragilités sociales des principales villes de l’Aisne limitent l’essor du secteur culturel, qui se trouve modestement implanté en dépit d’un patrimoine historique d’exception, comme à Laon.

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Le Crotoy photo : Dominique Milliez

 

La culture, un enjeu de développement

Enjeu de développement économique et social des territoires, la culture a un rôle essentiel à jouer au service de l’attractivité de la Picardie, à travers l’essor de son tourisme culturel et la mise en place des conditions favorisant les pratiques culturelles ainsi que l’acquisition des savoirs des citoyens sur l’ensemble du territoire régional.

Aussi, les politiques publiques de développement culturel conduites par l’État s’appuient sur la valorisation du patrimoine culturel picard, par les efforts de restauration et d’accessibilité des monuments, des musées et de leurs collections, ainsi qu’à travers l’obtention de labels tels que les Villes et Pays d’art et d’Histoire ou les Centres culturels de rencontre.

Ces politiques publiques favorisent également l’accès à tous à la culture par le maillage des zones éloignées de l’offre culturelle, grâce à un réseau de résidences d’artistes, d’architectes…

Enfin, la politique d’éducation artistique et culturelle irrigue le territoire picard au profit des publics jeunes à travers une recherche d’intensification de la fréquentation des œuvres, des lieux culturels, une plus grande proximité vis à vis des artistes et des compagnies et uneOFFRE accrue autour des pratiques artistiques.

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