DONNEES ET ANALYSES

Commerce extérieur : état des lieux en France et en Europe

INSEE

par Frédéric Boccara, Tristan Picard, département Synthèses sectorielles, Insee

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crédit photo dominique milliez

Résumé

L’internationalisation de l’économie française se traduit davantage par l’implantation à l’étranger de filiales de firmes multinationales que par les exportations. C’est aussi le cas pour le Royaume-Uni. L’Allemagne, par contre, allie une présence forte de filiales à l’étranger à des exportations importantes. La France est le premier pays européen pour l’emploi dans les filiales à l’étranger avec 5,3 millions de salariés en 2011, devant l’Allemagne et le Royaume-Uni. Les filiales à l’étranger d’entreprises françaises, britanniques et américaines se répartissent à parts égales entre industrie et tertiaire (hors commerce de gros et d’automobiles). À l’inverse, les filiales à l’étranger d’entreprises allemandes se concentrent sur l’industrie et le commerce de gros et d’automobiles. La présence de multinationales sous contrôle étranger est moins importante dans l’économie française que dans celle du Royaume-Uni voire de l’Allemagne. Prise globalement, l’Union européenne est, en nombre de salariés, plus présente en dehors de son territoire à travers des filiales de multinationales que ne le sont les États-Unis.

Les multinationales en France : la moitié de l’emploi et de la valeur ajoutée des entreprises

Le développement à l’international des entreprises peut s’effectuer par les exportations, mais aussi par l’implantation de filiales dans les pays étrangers. Ces implantations ont pris une grande importance, portées notamment par les investissements directs internationaux (entrants ou sortants ; encadré).

Aujourd’hui, les firmes multinationales jouent un rôle déterminant dans la mondialisation, nécessitant, lorsque l’on fait des comparaisons internationales, de ne pas se restreindre  à la seule mesure des exportations et importations de biens et services.

Ainsi, en 2011, les firmes multinationales sous contrôle français ont la moitié de leur activité et de leur emploi mondial à l’étranger (respectivement 52 % et 53 %). En outre, dans l’économie française, les multinationales, qu’elles soient sous contrôle français ou étranger, représentent environ la moitié de l’emploi (47 %) et de la valeur ajoutée (56 %) des entreprises installées sur le territoire ; les multinationales sous contrôle étranger pèsent respectivement 12 % et 15 %.

Un développement des filiales à l’étranger en plus des exportations

En 2011, le poids des exportations de biens et services s’élève à 27 % du produit intérieur brut (PIB) de la France, soit autant qu’en Espagne et au Royaume-Uni, mais beaucoup moins qu’en Allemagne (51 % du PIB allemand). Cependant, pour la France et pour l’Allemagne les ventes de leurs multinationales par des filiales implantées à l’étranger (ventes outward ) ont un poids similaire rapporté à leur PIB (69 %, soit respectivement 1 400 et 1 800 milliards d’euros ; figure 1).

À l’inverse, le poids des ventes réalisées à l’étranger par des multinationales sous contrôle espagnol est relativement faible (26 % du PIB espagnol), l’Espagne ayant moins de grandes multinationales que la France ou l’Allemagne.

À titre de comparaison, aux États-Unis le poids des exportations dans le PIB est relativement faible (14 %), du fait notamment de la taille du marché intérieur américain. Celle-ci modère également le poids relatif des ventes des filiales situées à l’étranger (38 % du PIB contre 69 % pour la France et l’Allemagne). En revanche, ces ventes des filiales à l’étranger sont plus importantes que les exportations états-uniennes : elles s’élèvent à près de 4 600 milliards d’euros, soit trois fois plus que celles des filiales à l’étranger de multinationales sous contrôle français.

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À l’étranger : ventes de commerce de gros pour l’Allemagne, industrie pour la France et le Royaume-Uni

Le commerce de gros et d’automobiles représente 29 % des ventes des filiales situées à l’étranger des multinationales sous contrôle allemand. Pour la France et le Royaume-Uni, cette proportion n’est que de 8 % (figure 2). Ces ventes représentent 528 milliards d’euros pour l’Allemagne (dont 200 milliards pour le commerce d’automobiles) contre respectivement 116 milliards et 96 milliards d’euros pour la France et le Royaume-Uni. Ces écarts peuvent en partie s’expliquer par une part importante des reventes en l’état des exportations allemandes via ces filiales commerciales situées à l’étranger. Pour la France, en revanche, la part de la production à l’étranger semble être plus importante. De fait, près de 60 % des ventes des filiales situées à l’étranger de multinationales sous contrôle français sont réalisées par des filiales d’activité industrielle (contre 42 % pour l’Allemagne). À titre de comparaison, pour les États-Unis le poids des filiales industrielles à l’étranger (50 %) se situe entre l’Allemagne et la France, et celui des filiales à l’étranger de commerce de gros et d’automobiles est très important : elles représentent 25 % des ventes de ces filiales et concernent en premier lieu les produits agricoles et alimentaires, les produits électriques puis l’automobile.

Les ventes des filiales de commerce de détail (grandes surfaces notamment) situées à l’étranger sont sensiblement plus importantes pour la France que pour l’Allemagne : respectivement 127 milliards et 107 milliards d’euros.

Enfin, les activités financières et d’assurance sont proportionnellement très représentées dans les ventes des filiales situées à l’étranger des multinationales sous contrôle britannique ou sous contrôle espagnol.

Cependant, les ventes des filiales implantées à l’étranger des multinationales sous contrôle espagnol sont en niveau (270 milliards d’euros) nettement plus faibles que pour celles des autres pays présentés ici (par exemple 1 400 milliards d’euros pour la France).

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Des emplois à l’étranger de services et de commerce de détail plus importants pour le Royaume-Uni et la France

Des ventes très importantes dans les pays d’implantation via les filiales qui y sont installées peuvent aller de pair dans ces pays avec une production limitée, notamment dans le cas du commerce de gros et d’automobiles. L’emploi est donc un indicateur important pour apprécier l’activité développée dans ces pays et nuancer le constat basé sur les ventes.

En effet, la moitié des salariés des filiales à l’étranger de multinationales sous contrôle allemand travaillent dans une filiale industrielle et 14 % dans une filiale de commerce de gros et d’automobiles (figure 2). Ces proportions sont respectivement de 43 % et de 5 % pour les filiales à l’étranger de multinationales sous contrôle français. Ainsi, pour l’Allemagne comme pour la France, la somme du poids de ces deux activités est plus faible en emploi qu’en ventes (respectivement 66 % et 48 % en emploi, contre 71 % et 67 % pour les ventes). Inversement, le poids des services et du commerce de détail est plus important en emploi : 28 % pour l’Allemagne et 44 % pour la France, contre respectivement 17 % et 23 % pour les ventes. Ces dernières activités nécessitent en effet relativement plus de main-d’oeuvre. En particulier, le commerce de détail et l’hébergement et restauration ont un poids plus important pour la nFrance (23 %) que pour l’Allemagne (10 %). Ceci n’est pas uniquement dû à la grande distribution mais aussi à l’hébergement et restauration (9 % pour la France contre 1 % pour l’Allemagne). Enfin, le poids des services aux entreprises et du transport est, en emploi, comparable entre les différents pays, à l’exception de l’Espagne.

Par pays d’implantation, les filiales allemandes sont proportionnellement deux fois plus présentes dans les nouveaux pays membres de l’Union européenne (Europe centrale et orientale) que les filiales françaises (18 % de leur emploi à l’étranger contre 9 % pour les françaises).

La répartition sectorielle des emplois pour la France est proche de celle du Royaume-Uni et des États-Unis, à l’exception principalement de la finance pour le Royaume-Uni qui est surreprésentée (15 %). Enfin les filiales à l’étranger de multinationales sous contrôle espagnol ont un profil atypique : la part de l’industrie y est bien plus faible que pour les autres pays alors que les services aux entreprises et la finance représentent plus de la moitié des salariés.

La France, pays européen avec le plus d’emplois dans des filiales à l’étranger

Les multinationales sous contrôle français emploient 5,3 millions de personnes dans leurs filiales à l’étranger (emploi outward). Pour l’Allemagne et le Royaume-Uni, les emplois à l’étranger représentent respectivement 4,9 millions et 4,4 millions de personnes. Pour la France, ces emplois s’élèvent à 37 % de l’emploi salarié des entreprises situées sur le territoire (emploi domestique ; figure 3), soit près du double de l’Allemagne (20 %) et trois fois plus que pour les États-Unis (13 % soit 11,8 millions de personnes).

Inversement, en France, les filiales de multinationales sous contrôle étranger emploient 1,7 million de personnes en 2011 (emploi inward), soit 12 % de l’emploi salarié des entreprises situées en France. Cette présence  est comparable en Allemagne mais elle est bien supérieure en Espagne (15 %) et surtout au Royaume-Uni (20 %, soit 3,3 millions de personnes).

Ces ratios illustrent des situations différentes par rapport à l’internationalisation des économies : la France et l’Allemagne sont bien implantées à l’étranger et l’emploi généré par les entreprises étrangères sur leur territoire y est relativement plus faible qu’au Royaume-Uni qui est également très ouvert vers l’étranger. Ces différences sont dues en grande partie aux entreprises sous contrôle américain : au Royaume-Uni, elles représentent 31 % de l’emploi des entreprises sous contrôle étranger, contre 23 % en France et 21 % en Allemagne.

En comparaison, avec près de 12 millions de salariés à l’étranger et 5,7 millions d’emplois sous contrôle étranger, les États-Unis sont nettement moins présents à l’étranger et moins affectés par la pénétration étrangère relativement à la taille de leur économie (respectivement 13 % et 6 % de l’emploi domestique).

 

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En France, un poids des multinationales sous contrôle étranger moins important qu’en Allemagne ou au Royaume-Uni

Symétriquement au regard porté sur les exports et les ventes via des filiales à l’étranger, on peut évaluer la pénétration internationale d’une économie en prenant conjointement en compte le poids des imports dans le PIB et le poids des ventes des filiales de multinationales sous contrôle étranger (ventes inward) dans le PIB (figure 4). Comme pour l’emploi, en termes de ventes, la présence des filiales sous contrôle étranger est moins marquée en France. En Allemagne, malgré un poids équivalent en emplois, la proportion des ventes des filiales sous contrôle étranger dans le PIB est plus élevée qu’en France. Cet écart provient du poids plus important de ces filiales dans l’industrie en Allemagne par rapport à la France (25 % du PIB contre 14 %).

Au Royaume-Uni, au même titre que pour les emplois, le poids des ventes des filiales sous contrôle étranger est bien plus important qu’en Allemagne ou en France. Cependant, en valeur ajoutée, indicateur qui permet de se limiter à la production réalisée sur place, les poids de ces filiales se rapprochent entre eux, y atteignant 16 % du PIB contre 10 % en Allemagne et 7 % en France.

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L’Union européenne est plus présente en dehors de son territoire que les États-Unis

En considérant l’Union européenne (UE) comme une entité en tant que telle, on peut comparer le développement à l’extérieur de l’UE des multinationales sous contrôle de pays de l’UE à celui hors des États-Unis des multinationales sous contrôle américain.

Ainsi, en 2011, les multinationales des pays de l’UE emploient au total 13,6 millions de salariés en dehors de l’Union (soit 11,8 % de l’emploi domestique de l’UE). Le Royaume-Uni, la France et l’Allemagne contribuent aux deux tiers de l’emploi hors UE des multinationales de l’UE alors que ces trois pays réalisent la moitié du PIB de l’UE. Le reste de l’emploi hors UE provient principalement des multinationales sous contrôle italien, néerlandais, espagnol, suédois ou danois.

Les multinationales des pays de l’UE apparaissent un peu plus présentes à l’extérieur que les multinationales sous contrôle américain qui emploient à l’étranger 11,9 millions de salariés (soit 13,2 % de l’emploi domestique des États-Unis). Cependant, en considérant les implantations sur les deux territoires respectifs, la  situation est inversée : les multinationales de l’UE emploient 3,2 millions de salariés aux États-Unis alors que les multinationales américaines en emploient 3,8 millions dans l’UE.

C’est donc un tiers de l’emploi à l’étranger des multinationales américaines qui est concentré en Europe, alors que les États-Unis ne représentent qu’un quart de l’emploi hors UE des multinationales de l’UE. Cette différence s’explique principalement par les implantations en Afrique des multinationales européennes (1,6 % de l’emploi à l’étranger pour les États-Unis, contre 9 % de l’emploi hors UE pour l’UE).

Encadré

Les investissements directs étrangers : support de l’expansion des multinationales

Les stocks d’investissements directs étrangers (IDE) sont un indicateur complémentaire de l’extension internationale des entreprises, avec ses particularités. En effet, les réseaux d’activité des firmes multinationales résultent en grande partie des flux d’investissements directs étrangers qu’elles ont réalisés. Ceux-ci ne mesurent pas un investissement matériel en capital fixe mais une dépense financière (en numéraire, en titres …), souvent pour racheter des entreprises existantes ou les étendre. Ils sont le support d’un lien entre l’activité productive et les flux financiers. Comme une entreprise peut contrôler une filiale sans la posséder entièrement et que les investissements directs se limitent au premier rang investi (pour le capital détenu), ces derniers ne retranscrivent pas exactement la même situation que les Foreign AffiliaTes Statistics (outward-FATS et inward-FATSsources) et l’étude de toutes les filiales. Mais les deux approches sont complémentaires.

Au total, en 2012, les stocks d’investissement direct étranger en France et français à l’étranger représentent respectivement 41 % et 64 % du PIB, d’après les définitions en usage avec le 5e manuel de la balance des paiements. Sur longue période, selon les données publiées pour 2012 par la Banque de France, le stock d’investissement direct français à l’étranger en capital social a été multiplié par 3,6 depuis 2000, témoignant du développement à l’étranger des multinationales à base française mais aussi du gonflement du prix des actifs financiers. Parallèlement, l’ouverture aux investissements étrangers s’est poursuivie avec un stock d’investissement directs étrangers en France multiplié par 2,3. La comparaison avec les autres pays de l’OCDE montre la forte extraversion des multinationales à base française relativement à la taille de l’économie française : parmi les pays comparables, seul le Royaume-Uni présente des proportions plus élevées.

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