DECORTIQUAGES

Un ancien fleuve retrouvé sous le sable du Sahara

INSU / CNRS

À l’aide de l’imagerie satellitaire radar, des chercheurs issus de plusieurs institutions ont pu confirmer la présence en Mauritanie, au cours du Quaternaire, d’un important paléo-fleuve, dont l’existence avait été suggérée il y a une quinzaine d’année et qui avait alors été nommé « Tamanrasett River ». Ce fleuve aurait été réactivé lors des périodes d’intensification de la mousson Ouest-Africaine qui se sont succédées au cours des derniers cycles climatiques.

Durant le Quaternaire, les variations régionales (latitudinales) d’insolation liées aux modifications subtiles de l’orbite terrestre ont entrainé des changements d’intensité de la mousson Ouest-Africaine. Lors des périodes d’intensification de cette mousson, le continent Nord-Africain a subi des épisodes humides au cours desquels des réseaux fluviatiles ont pu se développer et engendrer ainsi une augmentation des décharges fluviatiles vers les marges océaniques adjacentes (mer Méditerranée et océan Atlantique tropical Nord-Est).

Actuellement, aucune rivière n’existe en Afrique de l’Ouest. Seuls quelques « wadis » saisonniers se développent sur ce grand désert de sable situé entre le sud du Maroc et le fleuve Sénégal. Il s’ensuit que la région océanique située au large de cette région aride est majoritairement soumise à des apports de poussières sahariennes que donc l’essentiel du matériel terrigène apporté à l’océan est d’origine éolienne.
Néanmoins, des analyses récentes de carottes marines prélevées au large de la Mauritanie à proximité d’un large canyon sous-marin (le canyon Cap-Timiris) ont mis en évidence la présence de sédiments ne pouvant provenir que de la décharge d’un fleuve le long de la marge Ouest-Africaine, décharge qui se serait produite au cours de périodes humides passées.
Suite à des travaux de modélisation de la topographie, des chercheurs avaient bien émis l’hypothèse, il y a une quinzaine d’années, de l’existence d’une immense rivière nommée « Tamanrasett River » et située dans la partie ouest de l’actuel désert du Sahara. Cependant, aucune preuve concrète de la présence de ce paléo-fleuve n’avait depuis lors pu être mise en évidence. L’origine des dépôts sédimentaires fluviatiles observés au large de la Mauritanie demeurait donc une énigme.

Des chercheurs de plusieurs laboratoires(1) ont utilisé l’imagerie satellitaire radar (radar PALSAR), qui a la capacité de pénétrer les premiers mètres de sable, pour cartographier les caractéristiques géologiques sous-jacentes.
Les chercheurs ont ainsi pu identifier les caractéristiques géomorphologiques enfouies, lesquelles révèlent la présence, au niveau de la côte mauritanienne, d’un large paléo-drainage d’environ 520 km de long, qui d’une part se superpose parfaitement à la partie côtière du paléo-fleuve Tamanrasett suggéré précédemment et d’autre part se situe dans l’alignement du canyon sous-marin Cap-Timiris.

Forts de l’ensemble de ces données, les chercheurs suggèrent que la réactivation de cet important paléo-fleuve au cours des épisodes humides passées a probablement contribué au transfert de sédiments du continent africain jusqu’à la marge Atlantique tropical Nord-Est.
Ces conclusions ouvrent de nouvelles voies de compréhension de l’histoire paléo-hydrologique du Sahara.

Observation radar PALSAR d’une partie de la côte Mauritanienne (en haut) et paléo-drainage identifié à partir de ces données satellitaires (en bas).

Capture d’écran 2015-12-01 à 04.08.15

 

Capture d’écran 2015-12-01 à 04.07.56

 

 

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