DONNEES ET ANALYSES

La Chine investit l’Afrique

1- LES DONNÉES CHIFFRÉES

 

CACID


1.2. L’investissement chinois en Afrique


L’accroissement des flux financiers au fil des ans a été stimulé par l’essor de l’investissement des entreprises chinoises dans diverses industries, à travers le continent. Des entreprises étatiques chinoises sont encouragées à investir et à opérer à l’étranger ; ceci est largement lié aux objectifs de quête de ressources stratégiques et de marchés de la Chine. Depuis le début du siècle, la présence de la Chine s’est renforcée de manière significative tant en Afrique que dans d’autres parties du monde. Les entreprises étatiques sont au cœur de l’aspiration globale de la Chine et ont fait des percées majeures dans les marchés étrangers. Si l’on en juge par le nombre d’entreprises chinoises figurant dans le Global Forum 500, la liste de multinationales chinoises majeures s’allonge de manière régulière.

En 2009, 34 entreprises de Chine continentale figuraient au nombre des 500 plus grandes entreprises, entre la 9ème et la 499ème place. En 2011, on en compte 57, avec une amélioration du classement, entre la 3ème et la 485ème place, et trois entreprises au nombre des dix premières[1].

Figure 15: IDE chinois en Afrique par secteur, us$ millions (1979­2000)

source : CNUCED, 2007

Avant 2001 et selon la CNUCED (2007), les investissements chinois en Afrique, tels que qualifiés par l’investissement direct étranger (IDE), s’élevaient à près de 681 millions de dollars US au cours de la période de plus de vingt ans, 1979-2000, pour un total de 499 projets. Ces investissements étaient concentrés dans le secteur manufacturier par nombre de projets et par valeur ; venaient ensuite les industries extractives.

Depuis lors, les flux d’IDE chinois vers l’Afrique ont enregistré une augmentation rapide, passant à 1,5 milliard de dollars par an en 2007 et 2009, et dépassant 2 milliards de dollars US en 2010 ; ces chiffres sont toutefois biaisés par un seul investissement de l’ICBC (Industrial and Commercial Bank of China), qui a acquis 20% de la Standard Bank d’Afrique du Sud pour un montant de 5,4 milliards de dollars US -à ce jour l’investissement étranger direct chinois le plus important en Afrique. En dépit de la distorsion résultant de l’ampleur de la transaction ICBC-Standard Bank, les flux d’IDE chinois vers l’Afrique révèlent une tendance à la hausse, avec toutefois une baisse à des niveaux à peu près identiques à ceux de 2007, 2009 et 2010. L’accroissement des flux d’IDE est soutenu par des politiques chinoises ciblées visant à promouvoir et à assister l’investissement des entreprises dans le continent. Dans la seconde moitié de la dernière décennie, la National Development and Reform Commission (NDRC) – l’agence de planification macro­économique sous l’autorité directe du Conseil d’État (l’organe de prise de décision le plus élevé en Chine)- publiait un certain nombre de rapports et de documents d’orientation qui mettaient l’accent sur l’importance du continent africain pour la poursuite de la croissance de la Chine et, de manière explicite, encourageait et incitait les entreprise chinoises à explorer les opportunités de marché sur le continent africain.

Figure 16 Flux  sortants  d’IDE  chinois  vers  l’Afrique,  en    millions  de  dollars (2003-2010)

 

sourceMinistère du commerce de la  RPC, Bureau national des statistiques de la RPC, Administration d’État du contrôle des changes, 2011

De même, au cœur de la crise financière mondiale, de concert avec la SASAC (Commission de Supervision et d’Administration des Actifs Etatiques) et la NDRC (Commission Nationale pour la Réforme et le Développement), le gouvernement chinois a encouragé les entreprises étatiques à acquérir des actifs à travers le monde. L’appel du gouvernement à effectuer des acquisitions a été lancé à un moment où les prix des actifs fléchissaient en raison de la récession mondiale et des effets de la crise qui avait durement frappé les investisseurs européens et nord-américains. Les compagnies minières chinoises étaient en première ligne dans cette frénésie d’acquisitions, achetant également des actifs en Afrique, dont des actifs miniers en Zambie (voir Edinger & Pistorius, 2011). Le pouvoir d’achat à l’étranger est stimulé par les importantes réserves de devises de la Chine qui connaissent un accroissement rapide. Fin mars 2011, des réserves de plus de 3 mille milliards de dollars ont été accumulées, permettant l’acquisition d’actifs à l’étranger et le financement de projets d’infrastructures à grande échelle en Afrique, par exemple à un moment où la Chine cherche à diversifier ses avoirs en devises, essentiellement dominés par le dollar.

Figure 17: Flux sortants d’IDE chinois  par région (2009)

source: Ministère du commerce de la RPC, Bureau national des statistiques de la RPC, Administration d’État  du contrôle des changes, 2011

Alors que les sorties globales d’IDE chinois sont en hausse, le continent reste un faible bénéficiaire de ces flux à l’échelle régionale. En 2009, la part de l’Afrique dans le total des sorties d’IDE chinois n’était que de 3% (comme le montre la Figure 17). Selon le Ministère chinois du commerce (MOFCOM), les sorties d’IED chinois cette année-là s’élevaient à 56,5 milliards de dollars US, soit près de vingt fois plus qu’en 2003, où elles étaient de 2,855 milliards de dollars. Par secteur, en 2009, le stock le plus important de sorties totales globales d’IDE chinois a été enregistré dans les services de leasing et les services aux entreprises ; venaient ensuite la finance, le commerce de gros et de détail et l’industrie minière. Cependant, les transactions dans les secteurs de la construction et de l’extraction minière signées entre la Chine et les pays en développement figurent au nombre des plus notoires au cours des dernières années. Les formules de prêts adossés aux produits de base et les opérations d’infrastructures, en particulier avec des pays ayant des problèmes de financement mais dotés de ressources, ont été des facteurs majeurs de la réussite de la Chine à l’étranger. La CNPC (China National Petroleum Corporation) et Sinopec -deux importantes sociétés pétrochimiques chinoises- interviennent dans au moins 11 transactions prêts-contre-pétrole avec 8 pays pour un montant total de 77 milliards de dollars US. Toutefois, ces transactions ne correspondent pas nécessairement, de manière stricte, à la définition de l’IDE.

Si la part de l’Afrique dans les flux d’IDE chinois est faible, à savoir 3%, ces flux d’investissements devraient être interprétés avec prudence, au vu de la distorsion créée par les flux vers les centres financiers offshore (tels que les Iles Vierges britanniques, et les Iles Caïmans), qui biaisent la part d’IED reçue par des régions telles que l’Amérique latine. Cependant, l’engagement extérieur de la Chine révèle une tendance à une orientation vers les pays en développement, en particulier vers les pays richement dotés de ressources naturelles telles que le pétrole, les minerais et les métaux. Sur le plan géographique, les pays en développement d’Asie et d’Afrique ont bénéficié de beaucoup d’attention de la part des entreprises chinoises, avec, en 2008, près de 78% des sorties d’IDE allant vers l’Asie (y compris Hong-Kong). En 2008, l’Afrique a reçu la deuxième part la plus importante d’IDE, suivie de l’Amérique latine. En 2009, ce chiffre s’est de nouveau inversé pour retrouver la tendance d’avant 2008, la transaction ICBC-Standard Bank ayant biaisé la distribution régionale des flux d’IDE de 2008.

Figure 18:  stocks des sorties d’IDE chinois vers l’Afrique, en milliards de dollars (2003-2010)

source : Ministère du commerce de la  RPC, Bureau national des statistiques de la RPC, Administration d’État du contrôle des changes, 2011

Il y a lieu d’attirer l’attention sur le fait que les chiffres de l’IDE sous-estiment l’activité et les opérations des entreprises chinoises à l’étranger, en particulier en Afrique, car les activités de financement de la dette et des prêts, par exemple, n’apparaissent pas dans les chiffres publiés de l’IDE chinois. En outre, les investissements dans les sociétés multinationales sont considérés comme des investissements dans les pays où elles ont leur siège et pas nécessairement dans les pays où ces sociétés opèrent, en particulier dans le cas des opérations minières. Toutefois, du fait que cette lacune s’applique aux opérations chinoises à l’échelle mondiale, on peut toujours se fonder sur les flux d’IDE pour illustrer les tendances des engagements extérieurs chinois et faire ressortir les pays clés où la Chine a des intérêts majeurs. Un facteur supplémentaire qui fausse le panorama des investissements chinois à l’étranger est le fait que les sociétés chinoises effectuent des projets de construction. Dans de tels cas, les fonds sont directement transférés aux entreprises impliquées et peuvent ne pas être enregistrés comme provenant de Chine. Si ceci est pris en compte, on note que la valeur des activités des sociétés chinoises à l’étranger, mesurée par les flux d’IDE, est susceptible d’être largement sous-estimée.

Cumulativement, les chiffres des sorties d’IDE chinois vers l’Afrique, fin 2010, atteignaient 13,04 milliards de dollars US, presque trois fois plus que les chiffres du stock de 2007, dans le contexte de l’investissement majeur en 2008, dans la Standard Bank d’Afrique du Sud.

Figure19Composition du stock de sorties d’IDE chinois vers l’Afrique (2009)

source : Ministère du commerce de la  RPC, Bureau national des statistiques de la RPC, Administration d’État du contrôle des changes, 2011

En Afrique, l’IDE chinois cumulatif était concentré, fin 2009, dans les secteurs de l’industrie minière (29,2%) de la fabrication (22%), de la construction (15,8%) et du financement (13,9%). Par pays, les plus grands bénéficiaires de l’IDE étaient l’Afrique du Sud (US$ 2,3 milliards), le Nigeria (US$ 1,03 milliards), la Zambie (US$ 843,97 millions), l’Algérie (US$ 751,26 millions) et le Soudan (US$ 563,89 millions). Les chiffres désagrégés de l’IDE par secteur pour différents pays ne sont pas publiés par MOFCOM. Les travaux de recherche commandités en 2009 par le Consortium africain de recherche économique (AERC) montrent que le stock d’IDE chinois en Afrique en 2005, était concentré dans les 5 mêmes pays : Soudan, Algérie, Zambie, Nigeria et Afrique du Sud comptaient pour 56% de l’IDE chinois sur le continent. L’investissement dans le pétrole et les minerais a été déterminant dans les pays suivants : Nigeria, Angola, Cameroun, Éthiopie, Afrique du Sud, Soudan, Ouganda et Zambie. En 2006, par exemple, l’aide et les investissements chinois dans l’industrie du pétrole et du gaz de l’Angola étaient estimés à près de 2,4 milliards de dollars US. Il y avait eu des investissements similaires au Soudan, pour le pétrole, d’un montant de 757 millions de dollars et pour le pétrole nigérian, d’un montant de 2,7 milliards de dollars.

Si la fabrication et les opérations minières ont reçu le gros des investissements chinois, les investissements agricoles sont en hausse et on s’attend à ce qu’ils gagnent en importance dans l’agenda d’investissement de la Chine en Afrique. C’est ce que l’on a vu au Ghana, au Kenya, au Cameroun, au Mali, en Ouganda, en Tanzanie et en Zambie. Une ligne de crédit d’un milliard de dollars a été accordée à l’Angola, en 2009, pour des activités liées à la transformation de produits agricoles et plus de 20 centres de démonstration agricole sont en train d’être établis à travers le continent, notamment au Mozambique, au Zimbabwe, en Zambie, en Ouganda, au Soudan, en Afrique du Sud, en Éthiopie et au Cameroun entre autres.

Plus de 5 Zones Economiques Spéciales (ZES), développées et gérées par les Chinois, ont été annoncées à ce jour en Zambie, l’Ile Maurice, au Nigeria, en Égypte et en Éthiopie, ainsi qu’en Ouganda, Tanzanie, etc., et l’investissement dans ces zones par la Chine (proposé par d’autres investisseurs étrangers) vise à apporter des capitaux aux industries, des compétences et technologies à plus forte valeur ajoutée. Les ZES non seulement fourniront un environnement plus libéralisé pour faire des affaires, mais incorporeront des investissements importants dans les infrastructures, en particulier celles des transports et de la production d’énergie, au sein des zones mais également dans les liaisons entre celles-ci et les ports et marchés régionaux.

Dans le secteur de la fabrication, des investissements clés ont été réalisés dans des industries à forte intensité de main-d’œuvre. Les investissements chinois dans le secteur africain de l’habillement et des textiles au cours des dernières décennies ont été stimulés par l’accès préférentiel aux fins de l’AGOA (Sandrey & Edinger, 2011; AERC, 2009). Les pays concernés sont l’Éthiopie, le Ghana, le Kenya, Madagascar et l’Ile Maurice. Concernant la fabrication, il y a également des investissements dans les secteurs de la transformation des produits alimentaires, par exemple au Nigeria, au Mali, au Kenya, en Ouganda et en Zambie, ainsi que des investissements dans les usines de montage au Kenya, au Mali et en Afrique du Sud, et dans les biens électroniques dans ces pays. Des investissements de moindre importance ont également été réalisés dans les entreprises de micro-fabrication, allant des moustiquaires, du verre aux équipements agricoles.

Pour ce qui est du secteur des services, l’opération sans doute la plus connue, perçue comme un investissement chinois stratégique dans le continent, est celle déjà citée, entre ICBC et Standard Bank. D’autres investissements dans les services, notamment le tourisme, le transport, la finance et les télécommunications, sont répartis à travers le continent, les investissements dans les télécommunications constituant une part majeure de l’activité chinoise. Certaines familles chinoises interviennent également dans des activités de vente au détail à petite échelle et des opérations générales d’import-export. Ces investissements sont difficiles à quantifier.

L’engagement des sociétés chinoises sur le continent est peut-être le plus important et le plus visible dans le secteur de la construction et des infrastructures. Ces sociétés soumissionnent pour des projets à travers le continent, mais réalisent également dans le cadre de la coopération des infrastructures vitales dans certains pays, en échange de l’octroi de titres miniers et de l’accès à des ressources clés (le Modèle dit « de l’Angola », détaillé dans la section 2.3). Selon les données officielles du MOFCOM, les sociétés chinoises ont signé des contrats dans les domaines de l’emploi, des services et de la construction à travers l’Afrique, pour un montant de 39 milliards de dollars, au cours de la seule année 2008.

Concernant les entreprises, plusieurs entités commerciales chinoises interviennent activement en Afrique et recherchent toutes de plus larges opportunités d’investissement. Pour ce qui est des entreprises étatiques, où la majeure partie des efforts stratégiques et des capitaux chinois sont déployés, les grands de l’énergie, China Petroleum and Chemical Corp. (Sinopec), China National Offshore Oil Corp. (CNOOC), et China National Petroleum Corp. (CNPC) sont tous des acteurs majeurs du secteur pétrolier en Afrique (ayant tous des intérêts stratégiques significatifs au Soudan).

Prenons le cas de Sinopec, par exemple ; il s’agit de la plus grande raffinerie de pétrole en Asie et une des dix principales firmes pétrolières et gazières au monde, avec plus de 207 milliards de dollars de recettes en 2009. Sinopec a acquis en 2009 la pleine propriété de la grande firme canadienne Addax Petroleum pour plus de 7 milliards de dollars, ce qui lui permet de s’implanter au Cameroun, au Gabon et au Nigeria. Sinopec possède des intérêts majeurs en Angola en tant que principal producteur de pétrole brut et a récemment acquis des actifs additionnels par l’intermédiaire d’une joint-venture avec Sonangol dans la construction d’une raffinerie de 200.000 barils/jour pour un montant de 8 milliards de dollars, dans le port de Lobito.

L’exemple de CNOOC, premier producteur de pétrole et de gaz naturel offshore, est aussi significatif puisque cette dernière avait engrangé, en 2009, des recettes d’un montant de 28 milliards de dollars. La société s’est lancée dans les acquisitions en achetant, en 2010, 50% d’Argentinean Bridas Energy pour un montant de 3,1 milliards de dollars. CNOOC est en passe de devenir un acteur majeur des blocs pétroliers de l’Ouganda dans des segments tant en aval qu’en amont. Début 2006, CNOOC avait acquis des superficies importantes au Nigeria par l’intermédiaire d’une opération de fusions-acquisitions (M&A : Mergers and Acquisitions) pour un montant de près de 2,7 milliards de dollars et avait également mené des activités d’exploration au Tchad et au Niger.

En temps que second grand groupe pétrolier, émergeant après Sinopec, CNPC (dont les recettes s’élèvent à plus de 181 milliards de dollars) est la plus grande société pétrolière et gazière intégrée, avec des opérations internationales dans plus de 26 pays. CNPC est présent dans l’ensemble du secteur au Soudan (en particulier) où il opère dans 6 blocs pétroliers. Au Tchad, il dispose de réserves pétrolières avérées et a construit, en tant qu’associé majoritaire, une raffinerie dont l’achèvement était prévu en 2011. Au Niger, CNPC s’est engagé à construire un pipeline de grande distance ainsi qu’une raffinerie, en collaboration avec les autorités locales.

D’autres entreprises d’État chinoises se sont également assuré une plus grande part de marché en Afrique, en particulier celles qui opèrent dans le secteur minier. Par exemple : China Aluminium Corporation (Chinalco) a signé des accords de prospection pour le bauxite et le minerai de fer en Guinée, avec la grande compagnie minière Rio Tinto, pour un montant de 1,35 milliard de dollars ; Sinosteel a des opérations majeures en Afrique du Sud, au Zimbabwe et au Gabon pour les minerais de chrome, de fer et de manganèse ; China Non-ferrous Metals Mining Group (CNMC) a de multiples projets miniers et des fonderies dans la ceinture de cuivre de Zambie. Il a déjà investi plus d’un milliard de dollars dans ces opérations et a engagé 600 millions de dollars pour d’autres activités de modernisation et de développement. Le leader du courtage en Chine, Citic Securities Co., mène actuellement des négociations avec des investisseurs miniers dans un certain nombre de pays africains; Wuhan Iron and Steel Corp. (WISCO) a renforcé ses acquisitions et son engagement dans le charbon au Mozambique et le minerai de fer à Madagascar; de grandes entreprises comme China National Machinery et Equipment Import and Export Corp. (CMEC) ont des opérations dans au moins 10 pays africains ; China Railways Engineering Corp. (CREC) est en train de garantir un paquet d’investissements à des conditions préférentielles en RDC, alors que Sinohydro gère actuellement un projet à grande échelle construction-exploitation-transfert de plusieurs millions de dollars dans les domaines de l’énergie, des énergies renouvelables, du transport et de l’industrie minière. Une autre entreprise, le Jinchuan Group par exemple, peut-être la plus active des sociétés minières diversifiées, a largement investi dans des opérations de cuivre et de nickel en Zambie, ainsi que dans les métaux du groupe platine greenfield en Afrique du Sud.

De grandes entreprises semi-privées soutenues par l’État telles que Huawei Technology et ZTE Corp., desservent ensemble, plus de 300 millions d’abonnés aux services de téléphonie mobile en Afrique. Au nombre des firmes qui, dans leurs stratégies d’expansion, se font surtout remarquer par une concentration globale particulièrement agressive et qui se tournent de plus en plus vers l’Afrique, figurent entre autres, le Groupe Hisense, Lenovo, Chery Automobiles, China Mobile, Yingli Solar comme firmes multinationales majeures, ainsi que des sociétés minières diversifiées comme China Minmetals.

La présence commerciale chinoise en Afrique aujourd’hui est massive. Plus de 1.000 firmes chinoises sont enregistrées rien qu’au Nigeria et font le commerce de biens manufacturés de l’industrie légère, avec plus de 100.000 ressortissants chinois ayant élu domicile au Nigeria. Selon certaines estimations, l’Angola compte plus de 2 millions de migrants chinois, dans le sillage de l’aide au développement accordée à ce pays.

Le soutien financier du gouvernement et des institutions financières de la Chine a aidé un certain nombre de ces initiatives. Deux des trois banques, Export-Import Bank of China (China EXIM Bank) et China Development Bank (CDB) (récemment convertie en banque commerciale) ont largement contribué à l’octroi de financements à des conditions préférentielles, non-préférentielles et autres types de financements, notamment des crédits à l’acheteur et le financement de projets généraux, afin d’appuyer les sociétés chinoises qui cherchent à opérer en Afrique. En septembre 2006, China Exim Bank avait 259 projets dans 36 pays africains, 80% desquels avaient pour but de financer des infrastructures, notamment des barrages (Ghana, Soudan, Zambie, par exemple), des installations pétrolières (Nigeria), des centrales thermiques (Nigeria et Soudan) et des mines de cuivre (RDC et Zambie). En juin 2007, la banque annonçait plus de 300 projets en Afrique. Cette année-là, ses principaux partenaires en Afrique comprenaient l’Angola, la Guinée équatoriale, la RDC, le Nigeria, l’Éthiopie, le Soudan, la Guinée et le Zimbabwe.

La China Development Bank (CDB) joue également un rôle déterminant dans la promotion de la coopération internationale et le financement de la dette. Contrairement à China Exim Bank, la CDB apporte un soutien aux initiatives commerciales des sociétés chinoises aux niveaux tant intérieur qu’extérieur et s’est positionnée comme principal pourvoyeur de financements à des conditions non-préférentielles, principalement dans le domaine de la facilitation des opportunités de commerce et d’investissement pour les multinationales chinoises. La CDB finance des projets dans des secteurs tels que les infrastructures, l’industrie de base, les chemins de fer, les télécommunications, l’énergie et les services publics, entre autres, et la banque a joué un rôle important dans la mise en place du Fonds de développement sino-africain (CADFund) d’un montant final de 5 milliards de dollars US, annoncé lors du FOCAC III. Avec une capitalisation initiale d’un milliard de dollars US, le fonds de participation appuie les sociétés chinoises qui cherchent à investir sur le marché africain. Á ce jour, le Fonds a déployé la première tranche de près d’un milliard de dollars sur le continent. Le Fonds s’intéresse spécifiquement au déploiement d’infrastructures, mais aussi à l’agriculture, aux industries extractives, à la fabrication et au développement des ZES qu’il appuie actuellement en Ile Maurice et en Égypte.

Il n’est pas surprenant que les pays dotés de ressources en Afrique bénéficient du gros des investissements chinois. Cependant, l’intérêt des investisseurs pour des secteurs autres que celui des ressources est de plus en plus manifeste. Des pays tels que le Kenya et l’Éthiopie, par exemple, ne sont pas des acteurs dans le domaine des ressources extractives, mais ont vu la Chine s’intéresser à une gamme diverse de secteurs tels que la production d’énergie, télécommunications, agriculture, banque, produits pharmaceutiques, vente de détail et tourisme, en particulier la constitution de la capacité de fabrication de l’industrie légère dans ces pays.

2- LA CARTE DES INVESTISSEMENTS CHINOIS EN AFRIQUE

SOUTH CHINA MORNING POST

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3. L’ANALYSE

 

LES ECHOS

Par Alexis Hontang

 

Le volume des investissements internationaux en Afrique va crescendo.

L’Afrique, à qui le Fonds monétaire international prédit une croissance à 5,5% cette année, suscite les convoitises des investisseurs étrangers. En 2013, le continent a reçu 57 milliards de dollars d’investissements directs étrangers (IDE), un record, alors que le volume mondial d’IDE a chuté de 15% entre 2011 et 2013, selon le rapport annuel des Nations unies consacré à ce thème. De Tanger au Cap, l’eldorado africain attire et la Chine semble aujourd’hui la mieux placée.

« La Chine a besoin de sécuriser ses approvisionnements en matières premières, et l’Afrique en a beaucoup , explique Sylvain Broyer, économiste chez Natixis. D’autre part, les Chinois proposent sur le marché africain des biens de consommation à des prix abordables, tout en s’engageant dans des projets d’infrastructure sur plus long terme.» Le volume des échanges commerciaux entre la Chine et l’Afrique a ainsi été multiplié par vingt depuis 2000, atteignant près de 200 milliards de dollars en 2013, soit près du double de ceux avec les Etats-Unis (110 milliards). Des entreprises chinoises sont impliquées dans d’ambitieux projets d’infrastructures: construction du plus grand barrage d’Afrique en Ethiopie, de pipelines au Soudan et au Tchad, d’un port à 480 millions de dollars au Kenya, d’une ligne de train à quatre milliards de dollars en Afrique orientale… Même le nouveau siège de l’Union africaine à Addis-Abeba est made in China !

Cependant, la razzia chinoise n’est pas sans limite, et des voix se sont élevées pour dénoncer les mauvaises pratiques de Pékin. La compagnie de télécoms ZTE est au cœur des deux scandales de corruption au Nigeria et en Zambie. Des tensions existent aussi entre travailleurs locaux et ceux venus de Chine – près d’un million d’individus occupant le plus souvent les postes clefs. L’Inde, qui ambitionne un volume d’échanges avec l’Afrique égal à 100 milliards de dollars l’an prochain, le Brésil ou encore l’Afrique du sud restent à l’affût et se sont aussi engagés sur le continent africain.

Cependant,les investissements en Afrique ne représentent encore même pas 4 % des IDE totaux, loin derrière l’Asie (29,4 %) ou l’Amérique latine (20,1  %). Pour Sylvain Broyer, « si l’Afrique demeure prisée pour ses matières premières, le cours de ces dernières n’a pas trop varié ces derniers temps. De plus, les principaux pays investisseurs, notamment la Chine et le Brésil, connaissent un rythme de croissance moins soutenu qu’avant. Il n’est pas dit que les investissements à destination de l’Afrique augmentent à l’avenir. » 

Les principaux aspects suivants ressortent clairement à travers un certain nombre de piliers d’intervention.

Premier pilier – Non-ingérence :
Au cœur de l’intervention extérieure de la Chine figure la croyance stricte dans le respect des principes de non-ingérence et dans l’établissement de relations commerciales sans conditions, l’accent étant mis d’abord sur les affaires. Il n’y a ni ingérence dans les politiques intérieures, ni appels ardents à des réformes de libéralisation. Les relations chinoises sont profondément ancrées dans la coopération commerciale pure, avec des objectifs « gagnant-gagnant ». Ce ne sont pas des objectifs nobles, mais la Chine n’a que trop conscience qu’en Afrique, les affaires et la politique ne font qu’un. Tout comme en Chine, où le Parti communiste dirigeant est la « famille » qui coordonne l’engagement du pays avec un réseau de partenaires de confiance, en Afrique, les affaires et la politique ont un mode de fonctionnement similaire. Les acteurs chinois qui opèrent en Afrique se sont donc déjà trouvés dans des situations extrêmement délicates. Même la communauté internationale appelle la Chine à aligner son intervention étatique en Afrique à travers les entreprises sur les « meilleures pratiques » acceptées à l’échelle internationale, en surveillant l’exploitation axée sur la quête de profit et/ou la négligence des droits des travailleurs, tout en appelant le Politburo à aider à la résolution des conflits intérieurs graves, surtout s’agissant du Soudan. Entre le Sud Soudan qui vient d’accéder à l’indépendance et dont les riches réserves pétrolières transitent par les ports du Soudan dans le Nord, et le Nord, dont elle est un allié favorable, tout en ayant des intérêts à protéger au Sud, l’on verra bien dans quelle mesure la Chine parviendra à gérer ces questions politiques délicates de manière habile et à rester un ami tant du Sud que du Nord Soudan. Beaucoup craignent que la position de non-ingérence de la Chine ne puisse survivre à un ancrage plus profond de ses intérêts.   

Second pilier – Infrastructures :
Les sociétés étatiques chinoises et les parties prenantes alignées sur l’État qui ont acquis une présence significative en Afrique l’ont fait en général en tant qu’acteurs des secteurs de l’énergie et de l’exploitation minière, mais aussi essentiellement dans la construction d’infrastructures. L’Afrique ne parvient pas à combler de l’intérieur son déficit en matière d’infrastructures et a besoin d’une aide étrangère importante et de partenaires au financement pour ce faire – un point de vue dont toutes les agences africaines de développement se font l’écho. Les infrastructures de transport semblent contribuer, plus que tout autre domaine, à faciliter le commerce et à promouvoir l’activité économique. Sans ces infrastructures, les produits ne peuvent être transportés de manière efficace et en temps voulu de la source au port, et du port aux marchés internationaux. Les voies et installations de transport existantes sont extrêmement limitées et insuffisamment développées, ce qui se répercute de manière négative sur les coûts du transport transfrontalier, tant des personnes que des marchandises. Il en résulte que le commerce intra-africain reste à des niveaux proches de 10-12%, comme cela a été mentionné. La production d’électricité en Afrique se trouve également dans un état désastreux et est insuffisamment développée, ce qui entrave davantage l’activité économique. Les sources d’énergie traditionnelles, qu’il s’agisse de pétrole, de gaz, de charbon ou d’énergies renouvelables telles que les sources hydrauliques, sont toutes utilisées largement en-dessous de leur capacité et ont cruellement besoin de développement -c’est ce qui est manifeste même dans des marchés (d’infrastructures) relativement plus matures tels que l’Afrique du Sud et l’Égypte.

En 2008, selon les estimations d’une étude de la Banque mondiale le financement par la Chine de projets d’infrastructures clés dans plus de 35 pays africains s’élevait approximativement à plus d’un milliard de dollars US. Par la suite, préalablement à la crise financière mondiale, ce financement avait culminé à plus de 7 milliards de dollars. Il n’est guère surprenant que, durant cette période, la Chine ait remporté un tiers des valeurs contractuelles collectives accordées par la Banque Mondiale et la Banque Africaine de Développement (BAD), dont la majeure partie portait sur des infrastructures de transport.

Les constructeurs chinois travaillent sur plus de 500 projets à travers l’Afrique, alors que le plus grand financier chinois, Export-Import Bank of China (China EXIM Bank) intervient déjà dans plus de 300 projets d’infrastructures en Afrique depuis début 2008, en majeure partie dans les chemins de fer, les routes, les centrales thermales et hydroélectriques, les installations pétrolières, et bien sûr, les infrastructures minières. Par contre, l’autre banque chinoise en Afrique, la CDB – qui administre le Fonds de développement sino­africain (China-Africa Development Fund (CADFund) – se concentre davantage sur le financement de projets ayant trait à l’énergie et aux minerais, et n’affecte que près de 10% des ses engagements aux infrastructures.

Le déficit de l’Afrique en matière d’infrastructures est sans aucun doute le facteur le plus handicapant qui freine le potentiel de croissance. Des études récentes telles que l’Étude de diagnostic des infrastructures nationales en Afrique (sous l’égide de la Banque mondiale et des agences de développement internationales) ont évalué les besoins de financements annuels pour les infrastructures en Afrique subsaharienne à 95 milliards de dollars US par an, la moitié de ce montant représentant les besoins annuels pour couvrir le déficit, une fois toutes les autres sources de fonds nationaux et étrangers comptabilisées. Le Comité d’Aide au Développement (CAD) des organismes des pays donateurs de l’OCDE est certes en train d’augmenter ses contributions à l’aide à l’Afrique, mais ses programmes entrent dans le cadre de « la réduction de la pauvreté et des réformes libérales », qui au cours des dernières décennies, ont paradoxalement mené à un résultat contraire. En revanche, les fonds et les programmes ont souffert de la mauvaise gestion et de la corruption, ce qui a eu pour effet de réduire drastiquement l’impact de cette aide et d’empêcher les fonds effectifs de contribuer, sur le terrain, au développement socioéconomique et en matière d’infrastructures.

L’on a également observé, de la part des sociétés d’État et des entrepreneurs en construction chinois, un déploiement massif d’efforts physiques et de capitaux chinois, en particulier en faveur des centrales thermiques et hydroélectriques. Montrant clairement l’approche pragmatique de la Chine vis-à-vis du développement, la production d’électricité a été identifiée comme domaine prioritaire, absorbant près de 51% du financement chinois pour les infrastructures en Afrique au cours de la dernière décennie. Les acteurs chinois reconnaissent l’immense potentiel de l’Afrique en énergie renouvelable, qui commence à peine à être exploité. En 2000, au moment de la nouvelle orientation politique de la Chine sur l’Afrique, des projets d’un montant inférieur à 2 milliards de dollars avaient été confiés à des sociétés chinoises. La valeur contractuelle cumulée des projets remportés par les entreprises chinoises s’élevait à environ 1 milliard de dollars US par an entre 2001 et 2006, ce qui est peu en comparaison avec le financement d’infrastructures par la Chine, pour un montant d’au moins 12 milliards de dollars au cours de la même période (selon les études sur la Chine en Afrique, menées actuellement par l’Institut de développement de l’Organisation du commerce extérieur du Japon). Des chiffres plus récents montrent qu’en Afrique les entreprises chinoises remportent la majeure partie des travaux de génie civil adjugés par des agences internationales de financement du développement. Les contrats de génie civil de la Banque mondiale révèlent que les firmes chinoises sont en concurrence pour remporter le plus grand nombre de contrats. La plupart de ces contrats multilatéraux ne concernent toutefois que quelques pays, dont le Mozambique, l’Éthiopie, la Tanzanie et la RDC, en totale contradiction avec la zone géographique des projets à financement chinois, appuyés essentiellement dans les économies partenaires stratégiques de l’Angola, du Nigeria, de l’Afrique du Sud et du Soudan.

 

Troisième pilier – Financement :
L’autre principal pilier qui caractérise l’intervention de la Chine en Afrique, c’est son modèle de financement. Si les investisseurs et les bailleurs traditionnels sont liés par les règles officielles de l’Investissement direct étranger (IDE) et par les réglementations de l’aide, la Chine pour sa part ne fait pas partie du club CAD des membres et s’en tient donc à sa propre version de ce que l’on entend par « investissements » et « aide ». Les définitions chinoises ne relèvent pas du champ restreint du groupe du CAD, ce qui permet le déploiement de capitaux chinois de manière sans aucun doute plus profitable pour des objectifs de développement plus larges (voir Section 2.3). En conséquence, les acteurs chinois sont en faveur d’une méthode d’aide économique qui regroupe une large portion de leur investissement extérieur sous forme de projets « d‘aide au développement » et de coopération, soit une combinaison d’IDE formel, de versements effectifs d’aide (subventions et annulation de la dette) et de deux de leurs options préférées, l’investissement dans des entreprises d’État et les prêts à des conditions favorables.

Pour comprendre l’intervention chinoise en Afrique au cours de la dernière décennie, les statistiques de l’IDE déjà présentées ne rendent compte que d’une petite portion de l’engagement en matière d’investissement et ne permettent même pas de commencer à entrevoir une infime partie de l’histoire. Mesuré essentiellement par les prises de participation directes qui nécessitent une modification de la participation, l’IDE chinois ne ferait même pas les gros titres et est bien faible en comparaison avec celui des grands acteurs mondiaux. Les flux annuels d’IDE vers le continent africain s’élèvent en moyenne à près de 1,5 à 2 milliards de dollars US, comme le montre la Figure 16. Pour comprendre à quel point ce montant est faible, considérez par exemple qu’une seule opération chinoise par une de ses sociétés minières de Chine dans un seul actif/projet minier dépasse souvent ce montant, ou qu’un investissement réalisé par les compagnies pétrolières et gazières chinoises peut aisément être quatre à cinq fois supérieur.

Toutefois, si l’on considère plus largement l’investissement chinois comme un ensemble de prêts conditionnés, et les déploiements d’infrastructures comme une forme d’aide, on peut aller plus loin pour présenter une autre forme d’aide économique chinoise : les prêts accordés à des conditions libérales. Hormis les achats de portefeuilles ou les fusions et acquisitions d’actifs africains, les accords de prêts conditionnés garantis par les banques stratégiques chinoises (China EXIM Bank et CDB) sont un mode privilégié de déploiement de capitaux en Afrique. Ces paquets d’accords de financement sont des collaborations entre les entreprises d’État chinoises et un certain nombre d’acteurs commerciaux alignés sur l’État, qui interviennent en commun dans des projets. Les grands accords de financement conjoints sont essentiellement à des conditions libérales, en fait des échanges ressources contre infrastructures.

Les accords de financement sont donc généralement liés à l‘énergie ou à une autre ressource extractive dans le cadre d’une licence ou d’un arrangement portant sur une ligne de crédit garantie par des livraisons futures de matières premières (take-off). Une partie du produit de base extrait est « hypothéquée » et adossée à des actifs pour rembourser le financement. Bien sûr, des travaux de construction importants sont nécessaires pour amener le produit de base sur le marché. Hormis les infrastructures minières et la production d’électricité sur place, qui sont immédiatement requises, ce dont le bénéficiaire de l’accord à des conditions libérales tire le plus profit, c’est de l’appui massif pour les infrastructures qui vient en surcroit : routes, chemins de fer, aéroports et ports marins, ainsi que des bâtiments logistiques tels que les projets d’habitations, les hôpitaux et les centres de santé, les écoles et les institutions gouvernementales. Tout ceci est construit et livré en amont, bien avant que l’on ne puisse effectuer le remboursement réciproque sur la base du produit de base hypothéqué.

A l’opposé de ces paquets de financement à des conditions libérales, il y a l’intervention en collaboration, garantie par les sociétés d’État chinoises. Dans sa dimension stratégique, la Chine octroie ces prêts en se fondant sur l’intégration verticale stricte d’autres entrepreneurs chinois. Généralement, les « investissements » sous forme de prêts opèrent de façon à réunir collectivement un partenaire de dette (disons China EXIM Bank ou CDB), un opérateur (un conglomérat minier chinois comme Jinchuan ou Sinopec), et un entrepreneur de construction (de grands acteurs étatiques chinois tels que CREC ou Sinohydro).

 

 

BILAN SUISSE

 

Les hydrocarbures avec Sinopec (via Addax) au Gabon, le rachat du spécialiste des minerais et de l’extraction sud-africain Metorex par Jinchuan: ces dernières années ont vu les investissements chinois croître significativement. A ce titre, l’Afrique du Sud est une cible de choix pour les groupes chinois: en 2007, ICBC a racheté 20% du capital de Standard Bank pour 5,6 milliards de dollars; le fonds souverain CIC a racheté 25% de Shanduka en décembre 2011 pour 245 millions de dollars; le constructeur automobile FAW, présent depuis 20 ans, a investi 100 millions de dollars ces derniers mois pour construire un site de production.

En quelques années, la Chine est passé du statut d’atelier du monde, où les grands groupes occidentaux allaient investir pour produire à bas coûts, à celui de super-puissance économique mondiale. « La Chine atteint aujourd’hui le stade de développement économique qui était celui du Japon dans les années 1960 », estime Justin Lin, professeur d’économie à l’Université de Pékin, lors d’un débat du World Economic Forum à Davos consacré à la Chine en tant qu’investisseur majeur.

Une stratégie d’investissement différente

Et le trend n’est pas finissant. « Pour atteindre le stade de pays développé, la Chine va connaître une autre phase de croissance. Et ce sera forcément une ère au cours de laquelle les échanges seront win/win, car le dialogue sera désormais plus équilibré », ajoute Justin Lin.

Mais l’un des aspects de cette nouvelle phase de la montée en puissance de la Chine réside dans son expansion au-delà des frontières. Si des accords de libre-échange sont négociés avec de nombreux pays développés, la Chine semble miser avec force sur les pays en développement, et notamment l’Afrique.

Mais sur le continent noir, l’arrivée des sociétés et investisseurs chinois se distingue des stratégies menées par les groupes américains et européens déjà présents. Bob Diamond, ancienchief executive de Barclays et désormais CEO d’Atlas Merchant Capital, salue une tactique remarquable par sa prudence: « Ce qui est intelligent avec les banques chinoises qui investissent en Afrique, c’est qu’elles observent d’abord les choix de leurs clients, locaux et internationaux, puis se basent sur leurs choix pour leurs propres politiques d’investissements ».

Aucun héritage historique préjudiciable

Et cette option est payante: « Parmi les pays du continent ayant connu la plus forte croissance économique ces dernières années figurent sept pays où la Chine a particulièrement investi », observe Justin Lin. Investissements dans des entreprises, mais aussi dans des domaines moins rentables à court terme: « Sur tout le continent et dans notre pays en particulier, nous avons espéré que les investissements chinois aillent aussi vers des infrastructures et cela s’est vérifié. On n’arrivera pas à un développement win/win si on n’améliore pas l’éducation, les communications, l’accès aux ressources », observe Rob Davies, ministre du commerce et de l’industrie d’Afrique du Sud.

Des choix salués par les dirigeants politiques en place, et une stratégie prudente. Mais les sociétés chinoises ont aussi un autre avantage, historique celui-ci, sur leurs concurrentes occidentales, et surtout européennes: « Dans notre monde post-colonial, les entreprises et banques chinoises ne portent aucun héritage qui leur serait préjudiciable dans la mentalité des interlocuteurs locaux », note Rob Davies. Quand la France est régulièrement accusée de mener une politique économique spéciale dans les pays qu’elle a autrefois colonisés, cet atout est clairement stratégique pour les investisseurs chinois.

Rachats en Europe

Pas un mot n’a été prononcé sur les investissements chinois sur le continent européen lors de ce débat. Pourtant, en termes de capitaux, c’est une déferlante non négligeable en Europe. Au premier semestre 2014, ce sont 23,6 milliards investis au Royaume-Uni, 10,6 milliards en France, et 8,2 milliards en Suisse. Soit plus de 60 milliards en Europe.

C’est notamment lors de la crise financière de 2008 que les entreprises d’Etat chinoises, puis les firmes privées, ont pris le contrôle d’actifs dont la valeur s’était dépréciée. La mainmise sur le port du Pirée en Grèce en 2008 en est un exemple parlant.

Les entreprises chinoises s’activent aussi en Suisse pour trouver de bonnes opportunités. En 2013, l’horloger Corum rejoint le giron du géant Haidian pour plus de 80 millions de francs. Le géant chinois avait déjà racheté deux ans auparavant la marque Eterna. Autres exemples: le conglomérat pétrolier Sinopec s’est emparé de la société genevoise Addax Petroleum, tandis que le chinois Jinsheng reprenait des unités du groupe industriel OC Oerlikon pour 650 millions de francs.

 

 

Une réflexion sur “La Chine investit l’Afrique

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