DONNEES ET ANALYSES

La Crau : une plaine semi-aride à l’écosystème fragile

CYBERGEO

par Gérard Beltrando

 

 

La diversité des paysages et des écosystèmes méditerranéens est le fruit de millénaires d’interactions entre les conditions physiques des espaces et l’action de l’homme, en particulier l’élevage extensif. Dans ce type de territoire, si l’homme est la cause d’importantes dégradations des milieux préexistants, il peut aussi être à l’origine de la création d’un écosystème (ou agroécosystème) original (Grave and Rackham, 2003). Ces changements peuvent être assez lents, comme dans le cas du pâturage itinérant à l’origine des steppes méditerranéennes, mais ils peuvent être rapides, par exemple dans les cas où l’homme aménage un territoire pour permettre l’irrigation ou une zone d’activité économique.

C’est le cas de la Crau, plaine semi-aride qui s’étend sur près de 550 km² à une cinquantaine de kilomètres à l’ouest de l’agglomération de Marseille, dans un triangle qui va des confins méridionaux des Alpilles (Salon-de-Provence) à la mer Méditerranée (Golfe de Fos) et au Rhône (Arles) (Fig. 1). Cette plaine, caractérisée par une absence de réseau hydrologique naturel de surface, possède un écosystème lié au climat méditerranéen et à un pâturage extensif présent depuis au moins quatre millénaires. Le stress créé par ces conditions environnementales a progressivement permis l’installation d’une pelouse sèche qui donne à ce territoire une forte originalité floristique et faunistique (Gibson, 2009, in Bulot et al., 2014). Dutoit et al. (2001) considère d’ailleurs que cette steppe correspond plutôt à « un vieil agroécosystème qui a évolué sous la pression de pratiques pastorales traditionnelles durables puisque la pression de pâturage actuelle est comparable à celle qui était pratiquée par les bergers romains il y a deux mille ans… ».

Figure 1 : Limites approximatives du biome de la Crau, axes de circulation et limites des aires urbaines (source : Éric Gaba, in Wikipédia Commons)

Figure 1 : Limites approximatives du biome de la Crau, axes de circulation et limites des aires urbaines (source : Éric Gaba, in Wikipédia Commons)

Dans la partie aride, l’élevage ovin transhumant a permis l’existence d’une biodiversité qui se rapproche de celle des steppes d’Afrique du Nord. Depuis la fin du XVIème siècle, avec l’arrivé de l’eau sur une partie de la plaine, celle-ci possède une abondante nappe phréatique rechargée aux deux tiers entre avril et septembre (saison sèche et chaude) de manière exogène par la submersion régulière sur près d’un quart de sa surface pour irriguer les prairies à foin (le « Foin de Crau »). Cette pratique, permettant la recharge annuelle de la nappe, procure une eau de qualité à plus de 270 000 habitants ainsi que pour les activités économiques locales. Mais compte-tenu des caractéristiques physiques du substrat, la nappe est devenue très vulnérable en raison de l’évolution des activités humaines qui la surplombent, en particulier depuis le début du XXème siècle avec le développement militaro-industriel et agricole.

La gestion de l’eau souterraine de la Crau, tout comme la préservation de l’agroécosystème de la steppe aride, constituent donc un enjeu territorial indissociable. Quelles sont aujourd’hui les menaces générées par l’évolution des usages des sols sur la nappe phréatique ainsi que sur l’agroécosystème unique et ancestral de la steppe ? Comment accompagner le développement socio-économique tout en maintenant (et si possible en renforçant) les fonctions traditionnelles de ce territoire qui procure de nombreux avantages écosystémiques ?

Une plaine aride et caillouteuse

Entre la fin du Tertiaire et le début du Quaternaire (environ 2,6 millions d’années), la mer occupait l’emplacement de la plaine actuelle et elle l’a recouverte de sédiments constitués d’argiles grises qui forment le substratum imperméable des étangs et de la nappe phréatique de la plaine. Puis, lorsque la mer régressa jusqu’à 100 mètres au-dessous de son niveau actuel, la Durance a formé un vaste cône de déjection, puis le cours inférieur de la Durance a changé de trajectoire et abandonné son delta pour devenir un affluent du Rhône.

Un paléo-delta de galets et des sols peu épais

La plaine de la Crau correspond à l’ancien delta formé au Quaternaire par le dépôt d’alluvions de la Durance lorsque celle-ci se jetait directement dans la Méditerranée. Les phases de régressions et de transgressions de la mer jusqu’au Pliocène ont permis la mise en place d’un dépôt d’argiles et de marnes sableuses (Pliocène-Miocène supérieur) au Nord et de molasses argileuses ou gréseuses (Miocène inférieur) au Sud de l’actuelle plaine, pour constituer le substratum de la nappe et des étangs de Crau. Les galets qui affleurent dans la steppe symbolisent l’image « naturelle » classique de cette plaine qui présente d’autres facettes en fonction de la présence de l’eau en surface ainsi que des aménagements qui se sont multipliés ces dernières décennies.

Le sol de la Crau, appelé « fersialsol » (présence de Fer, Silice et Aluminium), est en partie responsable du caractère xérique de la végétation (Wolff et al., 2013). A quelques dizaines de centimètres sous sa surface s’étend une véritable dalle de ciment naturel : le  « poudingue », dont la présence est due au calcaire contenu dans les eaux de ruissellement qui ont progressivement enrobé les galets jusqu’à les cimenter sur une épaisseur pouvant atteindre plusieurs mètres. Ce poudingue calcaire (ou « taparas » en Provençal), ne permet que très rarement aux racines des arbres d’accéder à l’eau de la nappe phréatique et il contribue à la sécheresse édaphique. Ce n’est qu’avec l’aménagement de canaux et l’irrigation gravitaire, à partir de la fin du XVIe siècle, par le détournement des eaux de la Durance riches en limons, qu’un sol riche et fertile s’est formé. L’épaisseur de ce sol est proportionnelle au nombre d’années d’irrigation et, dans cette partie de la Crau appelée « la Crau verte », le paysage contraste fortement avec celui de la « Crau sèche » (appelée aussi « coussoul ») correspondant à la partie non irriguée. Dans le coussoul, l’épaisseur du sol est plus fine et celui-ci contient majoritairement des galets, alors que les champs de la Crau verte ont été finement épierrés par l’homme depuis l’arrivée de l’irrigation afin de permettre l’exploitation des prairies.

Un climat méditerranéen classique

Le climat de la Crau est typiquement méditerranéen avec une pluviosité moyenne annuelle de l’ordre de 450 à 650 mm suivant les postes de mesure et les périodes de référence (ex : 623 mm en moyenne à Salon-de-Provence, pour la période 1981-2010) et une variabilité interannuelle importante (avec des années où ce cumul atteint difficilement 300 mm et d’autres où il dépasse localement 800 mm). La moitié du cumul annuel est concentrée en automne, saison où les précipitations ont souvent un caractère orageux. Le début de l’hiver est en moyenne modérément pluvieux (cumul pluviométrique de l’ordre de 50 mm en décembre-janvier) et très rarement neigeux, avant l’apparition d’une petite période sèche en février-mars suivie d’une saison un peu plus pluvieuse en avril-mai. L’été est très peu arrosé, voir totalement sec certaines années. L’hiver est en moyenne relativement doux mais cela n’empêche pas les coups de froid qui certaines années peuvent être durables. L’été est chaud (22 à 25°C en moyenne en juillet), avec des températures maximales quotidiennes qui dépassent souvent 30°C. L’ensoleillement est relativement important toute l’année (proche des 3 000 h/an), ce qui permet une très forte évaporation de l’eau et l’évapotranspiration sur les prairies et les zones humides. Dans le coussoul, les galets, très nombreux en surface (taux de couverture jusqu’à 70 %), accumulent la chaleur pendant le jour et la restituent la nuit : les températures moyennes sont ainsi plus élevées que dans la Crau verte. Le vent dominant est le Mistral, sec et froid en hiver. Il est moins fort et moins fréquent en été, mais il a un fort pouvoir évaporant.

Le climat méditerranéen en place vers 6 500 B.P. (Jalut et al., 2009) ainsi que le sol de la plaine ont favorisé le développement d’une activité pastorale attestée depuis la fin du Néolithique (Badan et al., 1995). Les aménagements hydrauliques qui ont commencé à la fin du XVIème siècle ont favorisé la transformation d’une activité agro-pastorale complémentaire entre Crau sèche et Crau verte. L’adduction de l’eau a aussi permis la formation d’une nappe phréatique qui a également profondément modifié les activités économiques.

Les paysages actuels : le rôle pluriséculaire du pâturage ovin et de l’irrigation

Dans la Crau, il n’y a aucun réseau hydrologique naturel de surface (mis à part un micro fleuve qui la traverse sur quelques kilomètres à l’est de la plaine). La nappe souterraine est rechargée principalement par la submersion estivale à intervalle régulier des prairies qui couvrent aujourd’hui un quart de la plaine. Cette irrigation, ainsi que les pratiques agricoles associées, expliquent des paysages originaux et très contrastés en fonction de la présence ou non de l’eau et de la nature des activités humaines qui y sont pratiquées.

Le coussoul : un « agrosystème » ancien à protéger

La steppe de Crau, parfois appelée « pseudo-steppe » en raison de l’absence d’arbre, est définie ici comme une végétation herbacée et dédiée au pâturage. Cette formation, avant-poste des steppes semi-arides du Maghreb, constitue un habitat remarquable à l’échelle internationale et unique en France car c’est un écosystème qui abrite une association végétale et une faune dont la richesse et la composition n’ont pas d’équivalent (Wolf et al., 2013). Le coussoul est un espace qui résulte de processus évolutifs lents s’expliquant par l’adaptation de la nature au pastoralisme itinérant. C’est un milieu contraignant pour les végétaux : entre le pâturage et le piétinement des troupeaux, la longue sécheresse estivale et le mistral desséchant qui souffle fort sur cette plaine plate et sans obstacle, la vie de la flore et de la faune y est une lutte continue pour sa survie.

Le coussoul correspond à un paysage ouvert de steppe caillouteuse, utilisé pour le pâturage des moutons entre février et juin (cf. Fig. 2). Il abrite peu de plantes rares ou menacées mais l’association des plantes qui le constituent en fait une communauté végétale originale et, comme toutes les pelouses sèches méditerranéennes, cette communauté est protégée au titre de la Directive Européenne sur les Habitats (Natura 2000). Le brachypode rameux est l’herbe la plus commune dans la steppe. Peu appétant pour les ovins, il a néanmoins l’avantage d’être une espèce pérenne souvent disponible et il résiste à la sécheresse, il est donc utile pour assurer une régularité du pâturage. Le stipe chevelu, l’asphodèle d’Ayard (fistuleux) ou le thym coexistent pour former une communauté végétale unique et considérée à « fort intérêt patrimonial ».

13De nombreux oiseaux qui fréquentent la Crau sont originaires des steppes d’Afrique du Nord ou de la péninsule ibérique. La plaine abrite, par exemple, une grande part de l’effectif national du faucon crécerellette, de l’alouette calandre, de l’outarde canepetière et la totalité de la population du ganga cata (granivore particulièrement adapté aux milieux très arides et au manque d’eau). D’après le site internet de la Réserve Naturelle des Coussouls de Crau (RNCC), sur les 479 espèces d’oiseaux connues en France, près de 300 sont observables en Crau dont 150 dans la réserve. Des reptiles (dont Le lézard ocellé) et un très grand nombre d’insectes vivent aussi dans cette steppe, notamment des arthropodes (araignées, insectes, mille-pattes…). Les coléoptères (dont le bupreste de Crau, espèce endémique) et les lépidoptères sont très largement dominants en nombre d’espèces. Les criquets constituent aussi un groupe particulièrement abondant.

Pour protéger cet espace unique, la RNCC a été créée en 2001 par décret ministériel. En 2004, le Conservatoire d’Espaces Naturels de Provence-Alpes-Côte d’Azur et la Chambre d’agriculture des Bouches-du-Rhône ont été désignés comme co-gestionnaires de cette réserve de 7 500 ha qui est pâturée par 40 000 brebis chaque année (40 % des brebis présentes en Crau). Ce type d’union entre un conservatoire régional d’espaces naturels et un organisme représentant du monde agricole pour la gestion d’une réserve est une expérience inédite, du moins en France.

La pratique multi séculaire d’un pâturage ovin : une pratique qui lie la Crau sèche à la Crau irriguée

Il y a quatre à cinq mille ans les premiers bergers parcouraient déjà la Crau avec leurs moutons et leurs chèvres. Des traces de campements temporaires, ainsi que des marques d’enclos pour la package (murs en arc de cercle de 30 ou 40 m de long) datant de la fin du Néolithique (vers 2100 avant notre ère) ont ainsi été découvertes lors des fouilles archéologiques réalisées ces vingt dernières années (Hitchner, 1994, in Talon et al., 2013). La datation des carbones prélevés sur site indique que la végétation était composée de garrigue basse à petits ligneux clairsemée de pin. Les feux permettaient aux nomades d’entretenir des pâturages pour leur cheptel.

Cette activité pastorale s’est prolongée dans la Crau gallo-romaine sous la forme d’un important élevage extensif. Les moutons y étaient élevés pour leur laine, à partir de laquelle étaient fabriqués des tissus et des draps. Les bergers vivaient alors avec leur famille sur des sites comprenant bergerie, cabanon, four et puits. Ils travaillaient pour le compte de colons romains. Les bergers de cette époque pratiquaient déjà une transhumance estivale vers les collines de l’arrière-pays au climat plus frais. Durant le Moyen-Age cette activité s’est maintenue : la Crau était divisée en immenses parcelles appelées coussouls (du latin cursorium, « parcours»), appartenant à l’aristocratie, aux établissements ecclésiastiques ou aux communautés comme celles de la ville d’Arles. Les propriétaires de troupeaux, que l’on appelait « capitalistes » (le terme cheptel venant de capital) recrutaient alors leur main-d’œuvre parmi les habitants des montagnes de l’Ubaye, du Dauphiné, de l’Oisans et même du Piémont. C’est à cette période que se met véritablement en place le système de transhumance estivale.

Actuellement, environ 100 000 brebis réparties en 160 élevages parcourent le coussoul entre mars en juin (Fig. 2), puis à la fin du printemps, les moutons sont déplacés vers le massif alpin via des bétaillères spécialement aménagées afin de pâturer les alpages des Préalpes où l’herbe est abondante et de bonne qualité après la fonte des neiges. La transhumance permet ainsi de pallier la sécheresse et à la chaleur qui sévissent l’été dans le coussoul. Loin de la Crau, le pâturage des moutons d’estive permet la présence d’une flore et d’une faune variées dans les pelouses alpines, il permet l’entretien des paysages de montagnes qui ont aujourd’hui une fonction principalement récréative. Le pâturage limite ainsi les risques d’avalanche en hiver et de feux des végétaux en été, il aide aussi à réduire le risque d’érosion torrentielle après les orages. Tous les espaces de montagne, y compris ceux qui sont protégés (Parcs Nationaux des Ecrins, du Mercantour ou de la Vanoise, Parcs Naturels Régionaux du Queyras ou du Vercors) tirent bénéfice de la présence estivale des moutons de Crau. Les troupeaux réintègrent la Crau entre septembre et novembre, ils passent d’abord quatre mois à brouter la Crau verte, dont l’herbe a repoussé après la troisième récolte du foin de Crau. Puis, vers le mois de mars, les troupeaux rejoignent le coussoul jusqu’à la fin du printemps. Ce pâturage est indispensable à l’écosystème steppique du coussoul.

Figure 2 : Complémentarité entre Crau sèche Crau verte et estive : « le Système «pastoralisme – Foin de Crau » et estive

Figure 2 : Complémentarité entre Crau sèche Crau verte et estive : « le Système «pastoralisme – Foin de Crau » et estive

Un système à trois temps : Pâturage et fumure naturelle du sol en automne et au début de l’hiver sur les terres des producteurs de foin de Crau ; puis pâturage dans le coussoul en fin d’hiver et au printemps, avant la transhumance dans les Alpes en saison estivale. Dans la Crau verte, la nappe est rechargée aux deux tiers environ durant la saison chaude et sèche grâce à l‘irrigation par submersion alors que dans le coussoul seules les précipitations rechargent la nappe, essentiellement en automne et au printemps.

Cette spécificité de l’élevage ovin tel qu’il est pratiqué en Crau présente donc plusieurs intérêts sociétaux : il permet la connexion entre les deux types dominants de paysages de la Crau, mais aussi une association avec des espaces plus éloignés à l’échelle suprarégionale et pour l’essentiel en déprise rurale. Ce système de production est séduisant, mais il est peu producteur d’emplois et de richesses. Il ne peut fonctionner qu’avec un soutien financier nécessaire à l’équilibre économique des élevages comme le précise Sauguet (2013). Certes ce type d’aide à l’élevage n’est pas spécifique à la Crau et les aides de l’UE via la PAC (même dans le contexte actuel de réduction pour les pays fondateurs), devraient soutenir plus fortement ce type d’élevage, qui entretient de vastes surfaces en herbe. Au niveau régional et local, Sauget propose plusieurs autres pistes pour améliorer le financement des exploitations, par exemple la demande d’une labélisation AOP « Agneau de Crau ». Le renforcement de l’aide matérielle pour le confort de vie dans les bergeries (production d’électricité par cellule photo voltaïque, sanitaires…) pourrait aussi certainement motiver les bergers pour maintenir cette activité. Si la PAC ne peut à elle seule assumer l’ensemble du financement, un soutien complémentaire, régional et local, serait ici nécessaire.

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Conclusion

Cet exemple de la plaine de Crau dans le Sud de la France pose la question de la conservation d’un milieu biophysique qui offre depuis des décennies de nombreux avantages écosystémiques. Grâce à l’aménagement de canaux qui a commencé à la fin du XVIème siècle, l’eau de la Durance, chargée en limon, a permis l’irrigation par submersion d’une partie de la plaine permettant la formation d’un sol adapté à la production d’un fourrage à forte qualité nutritionnelle, commercialisé en particulier pour l’élevage de chevaux de race. L’eau a aussi permis la mise en place d’un système « pastoralisme – Foin de Crau », qui a créé, depuis plus d’un siècle, un système socio-écologique performant entre la Crau sèche et la Crau verte et la formation d’un sol agricole fertile et d’une volumineuse nappe phréatique dans la Crau verte. Depuis les années 1960-70, cette eau permet également le développement d’une agriculture moderne plus diversifiée (arboriculture, maraîchage,…) mais aussi d’autres activités économiques rentables et créatrices d’emplois. Mais ces nouvelles activités, qu’elles soient agricoles, industrielles ou tertiaires, sont sources de pollution pour la nappe. Le fort développement de l’arboriculture, aux dépens des prairies qui nécessitent moins d’eau, est aussi un handicap pour la recharge de la nappe phréatique. Dans la partie non irriguée, la steppe (coussoul) est le fruit d’une lente évolution dépendante du climat mais aussi du pastoralisme ovin transhumant plurimillénaire. Ce pâturage itinérant des moutons joue un rôle majeur pour le maintien d’un écosystème steppique unique et reconnu à l’échelle internationale. Mais le coussoul est aujourd’hui dangereusement cloisonné en raison de la multiplication des emprises humaines. Ce vieil agrosystème modelé lentement par l’homme est très vulnérable face aux perturbations exogènes et sa résilience est faible.

Le maintien du système « pastoralisme – foin de Crau », facteur de durabilité pour l’ensemble du territoire de la Crau, offre de nombreux avantages écosystémiques à l’échelle de la région. Même si la priorité est au développement économique régional (et en particulier à la création d’emplois), ce territoire, par l’ensemble des bénéfices qu’il produit depuis des décennies, mérite un suivi scientifique rigoureux afin de mieux comprendre son fonctionnement et d’orienter son développement futur. Cela ne peut se faire qu’avec l’implication des nombreux utilisateurs de ce territoire et des associations concernés par ses potentialités ou sa protection, alors que leurs intérêts initiaux peuvent être divergents. Si les exemples récents et prometteurs de la cogestion de la Réserve Naturelle de Coussouls de Crau par le Conservatoire d’Espaces Naturels Provence-Alpes-Côte d’Azur et la Chambre d’Agriculture des Bouches-du-Rhône d’une part, et de la création d’un syndicat mixte (SYMCRAU) qui regroupe les principaux représentants des usagers concernés par la nappe d’eau souterraine d’autre part semblent pertinents pour aller dans le sens de la concertation, il n’en reste pas moins difficile de freiner la dynamique économique qui se traduit par des changements rapides et majeurs de l’occupation du sol actuel. Renforcer les connaissances scientifiques sur ce territoire permettra de mieux comprendre son fonctionnement et probablement de mieux guider sa gestion concertée.

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