GEOGRAPHIE HUMAINE

La biodiversité tropicale sous la menace des barrages

LE TEMPS

par Pascaline Minet

Des centrales hydroélectriques géantes sont en construction sur les fleuves Congo, Amazone et Mékong. Avec un impact potentiellement désastreux sur les écosystèmes, estiment des chercheurs.

file6mkdae50ilk1gfxloexf

Les grands barrages dans les zones tropicales sont-ils des catastrophes écologiques? C’est ce que laisse entendre un nouvel article publié dans la revue «Science» le 8 janvier. Que ce soit sur l’Amazone, le Mékong ou le Congo, plusieurs projets géants de production d’hydroélectricité sont en développement sous les tropiques. Mais leurs impacts sur les écosystèmes, et en particulier sur les poissons, seraient fortement sous estimés. Les auteurs appellent à une meilleure prise en compte ces menaces.

Jusqu’à aujourd’hui, l’hydroélectricité a été peu exploitée à large échelle dans les régions tropicales. Cette situation est en train de changer. Au Brésil, la construction du barrage de Belo Monte devrait se terminer cette année. Avec une capacité attendue de plus de 11 000 mégawatts, il s’agira du troisième barrage le plus important au monde, après celui des Trois Gorges en Chine et celui d’Itaipu, située entre Brésil et Paraguay.

Lire aussi: Belo Monte, une bataille indienne

Quelque onze ouvrages de grande ampleur sont par ailleurs en prévision sur le Mékong. Le chantier du premier d’entre eux, le barrage de Xayaburi, a été lancé en 2012 par le Laos. Au Congo, le gouvernement soutient la construction du barrage Grand Inga, sur le site des chutes d’Inga à 250 kilomètres au Sud de Kinshasa. S’il voit le jour, cet ouvrage aura une capacité record de 40 000 MW. En tout, l’article recense quelque 450 projets hydroélectriques de tailles variées sur les fleuves Congo, Mékong et Amazone.

Or ces fleuves sont situés dans des régions particulièrement riches en biodiversité. Ils abritent environ un tiers des espèces de poissons d’eau douce connues dans le monde. Et bien souvent, ces espèces sont endémiques: elles vivent dans une zone précise et nulle part ailleurs. «Le Rio Xingu constitue un bon exemple. La partie basse de cet important affluent de l’Amazone est constituée d’un complexe de rapides qui abrite plusieurs dizaines d’espèces endémiques. Ces espèces, qui sont pêchées et vendues à l’étranger comme poissons d’ornement, sont menacées par le projet hydroélectrique de Belo Monte», relate Kirk Winemiller, expert de l’écologie aquatique à l’Université Texas A&M, auteur principal de l’article.

Poissons migrateurs

Les centrales hydroélectriques ont un impact négatif bien connu sur les populations de poissons. Elles constituent des obstacles qui isolent les populations les unes des autres et empêchent le déplacement des espèces migratrices. Leur construction aboutit souvent à une diminution du nombre d’individus et à perte de diversité. Dans nos contrées, l’installation de passes à poisson permet de pallier en partie le problème. «Mais des études menées au Brésil ont montré que ces dispositifs n’étaient pas efficaces en région tropicale», affirme Kirk Winemiller.

 

Capture d’écran 2016-01-11 à 17.47.58

En menaçant les poissons, les grands barrages mettent aussi en péril la pêche. Or il s’agit souvent d’une activité importante dans les régions tropicales. Les communautés indigènes d’Amazonie se sont opposées à la construction de la centrale de Belo Monte notamment en raison de la menace qu’elle fait planer sur les poissons. «La pêche est aussi très importante dans la partie basse du Mékong. On estime que trois millions de personnes travaillent dans ce secteur au Laos, en Thaïlande, au Cambodge et au Vietnam», relève Kirk Winemiller.

Lire aussi: 126 nouvelles espèces découvertes autour du Mékong

Un grand nombre des poissons du Mékong sont migrateurs et seraient fortement perturbés par la construction de barrages. «Je ne suis pas sûr que le public et les personnes qui financent des grands barrages soient bien informés de leurs conséquences à long terme sur des écosystèmes qui soutiennent l’existence de millions de personnes», souligne Kirk Winemiller.

 

 

 

LIRE LA SUITE

Laisser un commentaire

Entrez vos coordonnées ci-dessous ou cliquez sur une icône pour vous connecter:

Logo WordPress.com

Vous commentez à l'aide de votre compte WordPress.com. Déconnexion / Changer )

Image Twitter

Vous commentez à l'aide de votre compte Twitter. Déconnexion / Changer )

Photo Facebook

Vous commentez à l'aide de votre compte Facebook. Déconnexion / Changer )

Photo Google+

Vous commentez à l'aide de votre compte Google+. Déconnexion / Changer )

Connexion à %s