DONNEES ET ANALYSES

Hauts de France : les richesses en partage

INSEE

David Desrivière, Benoît Werquin

Pour la Direction régionale de l’Insee Nord-Pas-de-Calais-Picardie : Patricia Antoine, Betty Becuwe, David Desrivierre, Danièle Lavenseau et Benoit Werquin ;

Pour le Conseil régional du Nord-Pas-de-Calais – Picardie : Sébastien Alavoine, Stéphane Humbert, Karen Maloingne, Grégory Marlier et Mathieu Nedellec.

 

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crédit photo : dominique milliez

 

En Nord-Pas-de-Calais-Picardie, les différentes sources de richesse présentes sur un territoire permettent de dessiner des fonctionnements similaires entre les zones d’emploi situées de part et d’autre de l’ancienne frontière régionale. Deux espaces sont ainsi caractérisés par un important transfert de revenus en provenance de territoire au fonctionnement métropolitain : au nord de la région, avec une partie des zones d’emploi du bassin minier et celle de Flandre – Lys sous influence de la métropole de Lille, au sud, avec les zones de l’Oise, particulièrement celle de Roissy – Sud Picardie, sous influence de la région parisienne. De même, le long de la façade maritime, les richesses issues du tourisme sont nettement surreprésentées sur les zones d’emploi de Berck – Montreuil et d’Abbeville. Les zones d’emploi d’Arras et d’Amiens constituent aussi des espaces où la richesse tirée de l’emploi public est bien plus élevée qu’ailleurs. Enfin, la richesse des territoires localisés à l’est de la région, notamment les zones d’emploi de l’Avesnois et de la Thiérache, repose par l’importance des revenus liés au système redistributif.

Les salaires versés par les entreprises constituent l’une des principales sources de richesse des ménages vivant dans les territoires. Les pensions et retraites, les revenus du patrimoine ou encore ceux perçus au titre du système redistributif (allocations chômage, minima sociaux et prestations diverses) viennent compléter l’éventail des sources de richesses disponibles.

Bien connaître ces sources et leur impact sur le fonctionnement des territoires permet d’aider les acteurs publics à mieux définir les politiques à mettre en place au niveau régional comme local. À l’échelle des zones d’emploi, ces différentes sources sur lesquelles repose la richesse des territoires peuvent être appréhendées en quatre ensembles : les richesses produites, les richesses perçues, les richesses issues du système de redistribution et les richesses provenant de la présence de l’emploi public. Cette approche permet de mettre en évidence quatre groupes distincts de zones d’emploi (figure 1) au sein de la région Nord- Pas-de-Calais-Picardie. Des fonctionnements proches, traduisant des sources de richesse similaires, sont mis en évidence de part et d’autre de l’ancienne frontière régionale.

1 – Quatre groupes de zones d’emploi pour décrire les sources de la richesse

1 - Quatre groupes de zones d’emploi pour décrire les sources de la richesse

Source : Insee, Filosofi 2012 ; DGCL, année fiscale 2012 ; DGFiP, Recensement des éléments d’imposition année fiscale 2012 ; Recensement de la population 2012.

Une influence de la métropole lilloise très structurante pour les territoires voisins

En 2012, l’espace composé de la métropole lilloise et des zones d’emploi environnantes représente près de 36 % de la population régionale. La richesse dégagée par cet ensemble s’élève à près de 37 milliards d’euros, soit 42 % de la richesse dégagée à l’échelle régionale, dont 20,7 % pour la seule zone de Lille. Les richesses perçues par les habitants de ces territoires proviennent essentiellement des salaires et traitements versés. La part des pensions et retraites dans le niveau de vie des ménages est en corollaire particulièrement faible notamment sur les zones de Lille et de Roubaix – Tourcoing : respectivement 21,8 % et 22,6 % contre 25,4 % en Nord-Pas-de-Calais-Picardie.

Si ces territoires échangent beaucoup de masses salariales entre eux, c’est surtout le transfert de la richesse produite par la métropole vers les zones périphériques qui caractérise le fonctionnement de cet espace. Près de 28 % de la richesse produite sur la métropole est transférée vers les zones d’emploi environnantes (Flandre – Lys, Roubaix – Tourcoing, Béthune – Bruay, Lens – Hénin et Douai) via les navetteurs travaillant sur la zone de Lille mais résidant à l’extérieur. Dans ces zones, la part des masses salariales entrantes (définitions) en provenance de la métropole lilloise est très élevée, en particulier sur la zone de Flandre – Lys. Sur ce territoire typiquement résidentiel, les masses salariales entrantes par les navetteurs qui travaillent sur Lille dépassent de 50 % celles des résidents qui travaillent sur place.

Les zones de Roubaix – Tourcoing, Béthune – Bruay, Lens – Hénin et Douai sont également caractérisées par une évasion importante de revenus. Sur la zone d’emploi de Roubaix – Tourcoing, la masse salariale versée aux personnes en emploi résidant en dehors est ainsi équivalente à celle produite par les actifs stables (définitions), c’est-à-dire ceux résidant et travaillant dedans. De plus, il existe une dissymétrie entre les types de métiers exercés par les actifs qui entrent et ceux qui sortent. Ces derniers occupent plus souvent des postes de cadre dont les salaires sont plus élevés (pour en savoir plus). Ces quatre zones d’emploi se distinguent en outre par une part nettement plus élevée de la richesse issue du système redistributif. La part des prestations et minima sociaux s’élève ainsi à un peu plus de 10 % sur la zone d’emploi de Lens – Hénin contre seulement 5 % pour celle de Flandre – Lys. Si ces zones d’emploi sont toutes fortement connectées à la métropole lilloise, l’origine des richesses diffère donc assez nettement entre celle de Flandre – Lys, base résidentielle de la zone de la capitale régionale, et celle des quatre autres territoires, qui dépendent davantage du système redistributif.

Les zones d’emploi de l’Oise sous influence de la région parisienne

L’étude des sources de richesse de la zone d’emploi de Roissy – Sud Picardie permet de mettre en évidence une similitude avec la zone de Flandre – Lys et son lien à la métropole lilloise. Une partie significative de la richesse perçue par les habitants de Roissy – Sud Picardie est en effet issue des masses salariales entrantes, essentiellement en provenance de l’Île-de-France. Sur cet autre territoire très résidentiel, les masses salariales des navetteurs qui travaillent en région parisienne dépassent de 40 % celles des résidents qui travaillent sur place.

Plus globalement, l’ensemble des zones de l’Oise et du sud de l’Aisne présentent certaines ressemblances avec le groupe précédent : les flux de richesses entre ces zones sont très importants et ces territoires captent également beaucoup de richesses de l’Île-de-France. Outre la zone de Roissy – Sud Picardie, cet ensemble regroupe également celles de Beauvais, Compiègne et Château-Thierry. Il concentre près de 15 % de la population et de la richesse dégagée au niveau régional.

Toutefois, à la différence de zones comme Lens – Hénin ou Roubaix – Tourcoing, la part des richesses redistribuées est parmi les plus faibles sur ces territoires. La part des prestations et minima sociaux oscille autour de 5 %, soit les valeurs les plus faibles observées à l’échelle des zones d’emploi de la région. Enfin, les trois territoires de Château-Thierry, Beauvais et Compiègne présentent un plus fort développement de la sphère productive (définitions), même si cette dernière reste moins développée que sur les zones d’emploi de Péronne et Vallée de la Bresle. La part de la sphère productive dans la richesse dégagée est ainsi de 57,7 % sur la zone de Compiègne contre 47,3 % pour l’ensemble de la région.

Un lien au système redistributif analogue pour les zones de la Thiérache et de Maubeuge

Les zones d’emploi de la Thiérache et de Maubeuge présentent un fonctionnement analogue du point de vue des sources de richesse, notamment celles liées au système redistributif. De plus, ces deux territoires échappent davantage aux influences extérieures. En effet, les masses salariales circulantes, c’est-à-dire entrantes et sortantes, sont relativement moins prégnantes qu’ailleurs. Sur ces territoires, elles sont inférieures aux masses salariales stables, jusqu’à 40 % inférieures sur la zone de Maubeuge, l’une des valeurs les plus faibles au niveau régional. À titre de comparaison, les masses salariales circulantes sont deux fois plus importantes que celles considérées comme stables sur les deux zones résidentielles de Flandre – Lys et de Roissy – Sud Picardie.

Les spécificités des zones de la Thiérache et de Maubeuge se retrouvent également dans d’autres territoires et permettent de dessiner deux larges espaces distincts que l’on peut considérer comme moins ouverts et plus dépendant du système de redistribution. Le premier, situé à l’est, regroupe d’une part les zones de Valenciennes, Maubeuge et Cambrai, et d’autre part, celles de la Thiérache, Saint-Quentin et Soissons. Le second, situé au nord-ouest de la région, est composé des zones d’emploi de Boulogne-sur-Mer, Saint-Omer, Calais et Dunkerque.

L’ensemble de ces territoires concentre près de 29,3 % de la population régionale et 26,3 % de la richesse dégagée.

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photo : dominique milliez

Le tourisme et l’emploi public dessinent des similitudes dans les zones de la sphère présentielle

Des fonctionnements similaires existent de part et d’autre de l’ancienne frontière régionale et concernent plus spécifiquement la sphère présentielle. Les richesses issues de l’emploi public sont surreprésentées sur les deux zones d’emploi d’Amiens et d’Arras tandis que c’est plutôt le tourisme et la population retraitée sur lesquels reposent les richesses sur Berck – Montreuil et Abbeville. Plus globalement, six zones d’emploi sont nettement plus orientées vers la sphère présentielle (définitions) : Amiens, Arras, Tergnier, Laon, Berck – Montreuil et Abbeville. Ce groupe concentre 16,1 % de la population régionale et 15,3 % de la richesse dégagée. La part de la sphère présentielle dans la richesse de ces territoires est assez élevée : 59,7 % contre 52,7 % pour l’ensemble de la région. Toutefois, deux profils types se dégagent.

Le premier se caractérise par une surreprésentation de l’emploi public. Il s’agit des zones d’Amiens, d’Arras, de Laon et de Tergnier dans lesquelles la part de l’emploi public dans la masse salariale est maximale. Elle varie de 35 % pour la zone d’Amiens à 44 % pour celle de Laon contre 27,3 % pour l’ensemble de la région. En raison de sa grande superficie, la zone d’emploi d’Amiens se distingue par une plus grande « autonomie » : les masses salariales circulantes représentent à peine la moitié des masses salariales stables, soit la valeur la plus faible au niveau régional. Sur la zone d’Arras, les masses salariales entrantes et sortantes sont 40 % supérieures à celles considérées comme stables.

Le second profil concerne les deux zones d’emploi d’Abbeville et de Berck – Montreuil. L’orientation plus résidentielle de ces territoires dans la création de richesses est stimulée en particulier par deux éléments : le tourisme et les retraités. La part du tourisme dans la richesse dégagée est en effet très élevée : elle atteint 5,7 % sur Abbeville et 9 % sur Berck – Montreuil alors qu’elle est inférieure à 4 % dans les autres zones. De la même manière, la part des retraites et pensions dans le niveau de vie des habitants est surreprésentée sur ces territoires. Elle est de 29,9 % sur Abbeville et de 31,4 % sur Berck – Montreuil contre 25,4 % pour l’ensemble de la région.

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photo : dominique milliez

Péronne et la Vallée de la Bresle : deux zones marquées par une sphère productive dominante

La richesse produite sur les deux zones d’emploi de Péronne et de la Vallée de la Bresle – Vimeu est très nettement orientée vers la sphère productive : 68 % et 64 % de la richesse dégagée contre 47,3 % au niveau régional. Conséquence logique de cette surreprésentation, les richesses issues de la présence de l’emploi public y sont parmi les plus faibles : inférieures à 20 % contre 27,3 % pour l’ensemble de la région. Les richesses perçues par les résidents sont par ailleurs plus souvent issues des pensions et retraites : la part de celles-ci atteint 28,4 % sur la zone d’emploi de Péronne et 33 % sur celle de la Vallée de la Bresle – Vimeu, contre 25,4 % dans la région. Ces deux territoires regroupent près de 1,9 % des habitants de la région et 1,8 % de la richesse dégagée.

 

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