GEOGRAPHIE HUMAINE

Yémen : L’urgence alimentaire

La Libre Belgique

par Vincent Braun

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La guerre au Yémen accroît toujours plus l’insécurité alimentaire. La moitié de la population yéménite éprouve désormais des difficultés à se nourrir, dans la presque totalité du pays. En cause, les restrictions imposées par les belligérants et, en particulier, le blocus imposé par la coalition arabe (menée par l’Arabie saoudite) venue à l’aide l’an dernier du régime du président Abd Rabbo Mansour Hadi. Un rapport de l’Onu précisait cette semaine que l’approvisionnement alimentaire était insuffisant dans 19 des 22 gouvernorats du pays. Et ce, même si la majorité des combats entre les troupes loyalistes et la milice Ansarhollah (les Houthis), se concentrent dans l’Ouest.

« Les conséquences humanitaires sont perceptibles dans tout le pays », confirme à « La Libre » Antoine Grand, rentré le mois dernier d’une mission de treize mois en tant que chef de la délégation du Comité international de la Croix-Rouge (CICR) à Sanaa, la capitale yéménite.

Dans un communiqué commun publié mardi, la FAO (l’Agence de l’Onu pour l’alimentation et l’agriculture) et le Pam (Programme alimentaire mondial) estiment qu’au moins 7 millions des quelque 24 millions d’habitants du Yémen sont dans une situation d’urgence alimentaire – soit 15 % de plus qu’il y a un an – tandis que 7 millions d’autres se trouvent dans une situation de crise alimentaire.

 

Le problème des grossistes

Pour Antoine Grand, l’importation de l’aide humanitaire (médicaments, aliments, infrastructures d’urgence) au Yémen se fait sans trop de difficultés, au contraire de sa distribution. « Distribuer l’aide au sein du pays est assez difficile parce qu’il faut passer des check-points, des lignes de front, et il faut négocier des autorisations pour que nos convois puissent aller là où on veut les envoyer. »

Mais, souligne-t-il, « ce n’est pas l’aide humanitaire, la Croix-Rouge ou le Pam qui vont nourrir l’entièreté du pays, ce sont les importateurs, les grossistes privés. Et ils ont beaucoup de difficultés à importer leurs marchandises depuis mars de l’an dernier », en raison des restrictions d’importation imposées par la coalition dirigée par l’Arabie saoudite.

Lorsque la Croix-Rouge négocie des droits de passage avec les différents protagonistes du conflit, elle tente de faire comprendre que le rôle des sociétés commerciales du secteur alimentaire est aussi important que celui de l’aide humanitaire urgente. « Cela fait partie des messages et des discussions que nous avons avec les parties au conflit : non seulement ils doivent nous laisser passer mais ils doivent laisser passer ces entreprises privées », précise M. Grand.

Les frontières de l’urgence

Près de deux ans après le début de la conquête du Yémen par la milice Ansarhollah (issue de la communauté zaydite, dissidente du chiisme), ce pays du Sud de la Péninsule arabique repousse les frontières de l’urgence humanitaire. Le conflit, qui a gagné en intensité fin mars 2015 avec l’entrée en scène de la coalition arabe, ainsi que les restrictions qui y sont liées, n’ont fait qu’aggraver une situation déjà précaire.

Le Yémen, l’un des pays les plus pauvres de la planète, dispose d’une agriculture et d’une industrie limitées. Le pays doit importer une bonne partie de ses besoins, alimentaires à hauteur de 90 % et en carburants pour près de la moitié. Les deux cyclones de l’an dernier, les crues et l’invasion de criquets ont achevé de dévaster le fragile secteur agricole.

 

 

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