GEOGRAPHIE HUMAINE

Les classes moyennes dans les couronnes périurbaines : l’exemple de l’ouest de la région parisienne

CYBERGEO

par Claire Aragau, Martine Berger et Lionel Rougé

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Les couronnes périurbaines, et plus largement les périphéries urbaines, ont souvent été décrites comme l’univers des classes moyennes, aussi bien lors de leur constitution dans les années 1970 (Bauer et Roux, 1976) qu’à l’issue des vagues migratoires des années 1980 et 1990 (Donzelot, 1999, 2004 ; Jaillet, 2004). Qu’en est-il, aujourd’hui, dans une région où la polarisation sociale est très forte et se renforce avec les processus de métropolisation ? Si ces espaces sont encore les seules zones de l’aire urbaine parisienne où les professions intermédiaires constituent le groupe socioprofessionnel le plus nombreux parmi les personnes de référence des ménages, leur part tend à se réduire devant la forte croissance des cadres et leur diffusion de plus en plus large dans l’ensemble de l’espace régional. La distribution spatiale assez peu contrastée des ménages de professions intermédiaires cache en fait une grande diversité de positions sociales, de statuts, de stratégies résidentielles et de programmes de mobilité. D’autant que si, au centre de la région, ces ménages comportent une forte proportion de personnes seules et en début de cycle professionnel, ils se caractérisent en périphérie par une proportion très élevée de couples biactifs.

La diversité des profils et l’évolution des comportements des professions intermédiaires sont présentées ici à partir de l’exemple d’un grand ouest parisien, soit deux départements de la grande couronne francilienne (Yvelines et Val-d’Oise) et une couronne de cantons dans les départements bordiers de l’Eure, de l’Eure-et-Loir, et de l’Oise1. La périurbanisation y a démarré dès la fin des années 1960, portée par le déplacement vers l’ouest du centre de gravité des emplois franciliens, et elle est aujourd’hui associée à des processus de maturité. Plus affecté que l’est de la région par le contexte parisien de métropolisation et de hausse des qualifications des emplois, l’ouest francilien et ses marges ont enregistré une augmentation très importante et une large diffusion des ménages de cadres, mais continuent à offrir de forts contrastes dans la composition sociale des populations résidentes (Berger et al. 2014), malgré la forte contraction des emplois ouvriers dans la vallée de la Seine et les villes moyennes du Bassin parisien proche. La distance à Paris y constitue toujours un facteur structurant des valeurs foncières et de la distribution des groupes sociaux.

3Quel rôle jouent les ménages de professions intermédiaires dans les combinaisons sociales locales ? Avec qui choisissent-ils de voisiner, en particulier dans les espaces périurbains ? Les analyses statistiques et les enquêtes auprès des ménages (cf. encadré) mettent en évidence à la fois l’ancrage des couches moyennes dans l’espace périurbain, qui fonctionne comme un espace de ressources, de proximités familiales, d’ascension sociale et de sécurisation par l’accession à la propriété, parfois comme un refuge pour les plus fragiles dans certains segments du parc de logements ; mais aussi la fragilisation d’une partie de ces couches moyennes face à la forte valorisation immobilière dans les couronnes les plus proches, et à l’explosion des coûts des mobilités. Du point de vue de l’environnement social et des proximités résidentielles mais aussi des stratégies de mobilité résidentielle et quotidienne, une césure se dessine, dans les couronnes périurbaines comme dans le reste de la région, entre une fraction de classes moyennes associées aux cadres au sein d’une « high middle class » (dans le même ménage, dans les mêmes communes ou le même type de parc), et les « petites classes moyennes », composées plus souvent de contremaîtres et d’agents de maîtrise, moins diplômées, plus proches des employés et des ouvriers, plus contraintes à l’éloignement et plus souvent obligées de quitter l’Île-de-France si elles souhaitent accéder à la propriété.

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CONCLUSION

Bien que marqué par une accentuation des dynamiques de polarisation sociale, l’espace périurbain de l’ouest francilien reste un lieu privilégié d’installation et d’ancrage des classes moyennes. Il semble même fonctionner, aux dires des ménages rencontrés, comme un lieu de ressources, permettant l’accès à un logement, à des aménités et à un environnement tant social que spatial plus valorisé. Il est encore, pour nombre de familles, le lieu de réalisation d’une possible ascension sociale, même si cela passe par des chemins différents selon que l’on considère telle ou telle fraction de la classe moyenne. Entre, pour les uns, des installations choisies, souvent bien maîtrisées sur le plan financier, dans un secteur possédant à la fois qualité paysagère et bonne accessibilité aux centralités économiques de l’agglomération, et pour les autres, des localisations résidentielles un peu plus contraintes, parfois plus éloignées en distance et/ou en temps de ces mêmes centralités, toutes semblent offrir la possibilité d’une place à prendre, d’un lieu où façonner son mode de vie. Le dessin de plus en plus complexe des spatialités de ces ménages de classes moyennes, qui valorisent de plus en plus des formes de proximité, se combine avec le développement d’une forte implication locale – souvent par l’intermédiaire des enfants– et d’une insertion dans la vie associative dont elles renouvellent les thèmes (culture, randonnées, patrimoine). Par ailleurs, ces classes moyennes manifestent toujours un attachement envers des modalités de rencontre et de confrontation avec leur conception de ce qu’est la diversité – si tant est qu’elles aient l’impression d’en maîtriser les contours. Reste à en mesurer les effets concrets sur l’action locale. Au-delà, si ces classes moyennes dominent toujours le paysage social périurbain, de quel(s) pouvoir(s) disposent-elles effectivement et quel est leur rôle dans le renouvellement des élites associatives et politiques de ces espaces ?

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