DONNEES ET ANALYSES

Parc naturel régional Livradois-Forez : Les dynamiques démographiques à l’horizon 2040

INSEE

par Marylène Gauvin, Vincent Vallès, Insee

Depuis 1999, après quatre décennies de baisse continue, la population du Parc naturel régional Livradois-Forez se stabilise. La croissance démographique de la partie ouest gagnée par la périurbanisation clermontoise et bénéficiant de ce fait d’une forte attractivité compense les pertes dans les espaces plus ruraux de la bordure est. Selon les nouvelles projections de population, ces dynamiques démographiques devraient se maintenir. En 2042, en reconduisant les tendances observées sur la période 2007-2012, 100 500 personnes habiteraient dans le Livradois-Forez, soit 2 % de plus qu’en 2012. L’espace périurbain abriterait 3 300 habitants de plus. En revanche, l’espace rural perdrait 1 200 habitants. Le vieillissement de la population serait important, plus marqué dans l’espace rural que dans le périurbain.

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crédit photo : DR

 

Au 1er janvier 2012, 98 400 personnes habitent dans les communes incluses dans le périmètre d’étude du Parc naturel régional Livradois-Forez ( voir méthodologie). Alors que le territoire a perdu 20 000 habitants entre 1962 et 1999, sa population se stabilise depuis le début des années 2000. Ceci s’explique uniquement par un regain d’attractivité. En effet, depuis 1962, le Livradois-Forez, à l’image des zones rurales auvergnates fortement marquées par le vieillissement de leur population, subit un déficit naturel important (figure 1). De 2007 à 2012, l’excédent des décès sur les naissances induit une perte annuelle moyenne de 330 habitants, soit 0,34 % de sa population. Depuis 1999, le territoire a cependant connu un regain d’attractivité qui permet de compenser la baisse due au déficit naturel. Les personnes venant s’installer dans le Livradois-Forez sont désormais plus nombreuses que celles qui le quittent. De 2007 à 2012, l’excédent migratoire annuel est estimé à près de 220 personnes. L’augmentation annuelle moyenne de population due au solde migratoire (+ 0,22 %) est moins importante que celle constatée entre 1999 et 2007 (+ 0,37 %) mais contraste avec la stabilité ou les baisses des décennies antérieures.

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Des dynamiques territoriales différenciées

Toutefois, les dynamiques démographiques sont différenciées sur le territoire. La population des communes de la frange ouest du territoire progresse (figure 2). Depuis 1999, le rythme de croissance annuel de cette population (+ 0,4 % entre 1999 et 2007, + 0,2 % de 2007 à 2012) contraste avec la baisse constatée dans le reste du parc (respectivement – 0,3 % et – 0,4 %). Ce dynamisme est directement corrélé à l’étalement urbain de plus en plus important des agglomérations de Clermont-Ferrand, Riom, Vichy et Issoire. De nombreux ménages viennent habiter dans ces communes du Parc alliant cadre rural, offre foncière et proximité avec les pôles urbains de Clermont-Ferrand, Riom, Issoire ou Vichy dans lesquels ils travaillent quotidiennement. Cette partie « périurbaine » du Livradois-Forez bénéficie à la fois d’un net excédent migratoire et d’une amélioration du solde naturel, tous deux liés à l’arrivée de jeunes ménages. En 2012, sa population retrouve son niveau de 1968, 43 600 habitants y résident soit 44 % de la population du Livradois-Forez contre 42 % en 1999 et 38 % en 1968.

À l’inverse, le reste du territoire essentiellement rural, plus éloigné des métropoles, continue de perdre des habitants. Cette partie du territoire bénéficie pourtant elle aussi d’un regain d’attractivité. Depuis 1999, les mouvements migratoires entretiennent annuellement dans ce territoire une augmentation de 0,2 % de la population, soit près de 100 personnes de plus en moyenne par an entre 2007 et 2012. En particulier, les communes de Haute-Loire les plus proches de l’aire urbaine stéphanoise bénéficient des retombées de l’étalement urbain. Toutefois, dans chacun des massifs de la zone rurale, l’apport migratoire ne peut compenser l’important déficit naturel qui n’a cessé de s’accentuer. En effet, les mouvements migratoires se caractérisent par des arrivées de personnes proches de la retraite et par un net déficit de jeunes entre 18 et 25 ans. Ces flux tendent donc à accentuer le vieillissement de la population et, par voie de conséquence, le déficit naturel. De 2007 à 2012, dans la partie rurale, chaque année, l’excédent des décès sur les naissances est de 300 personnes. Depuis 1968, le déficit naturel entraîne une baisse annuelle de près de 0,3 % de la population de cette partie du territoire.

Figure 2 – Deux espaces pour deux dynamiques démographiques – Le périmètre d’étude du Parc naturel régional Livradois-Forez

Figure 2 - Deux espaces pour deux dynamiques démographiques - Le périmètre d’étude du Parc naturel régional Livradois-Forez

Sources : Insee, Recensements de la population 2007 et 2012.

Les 15-24 ans quittent le Livradois-Forez

On estime qu’en 2012, 12 100 personnes résidant dans le périmètre d’étude n’y habitaient pas cinq ans plus tôt. À l’inverse, 10 300 individus recensés dans ce territoire en 2007 n’y résident plus en 2012.

Cet excédent des arrivées sur les départs se vérifie pour toutes les tranches d’âges hormis celle des 15-24 ans (figure 3). Entre 2007 et 2012, 3 100 personnes âgées de 15 à 24 ans ont quitté le Livradois-Forez alors que 1 400 s’y sont installées. En effet, pour se rapprocher d’une ville dotée de filières d’enseignement supérieur ou d’un pôle d’emploi important, une forte proportion de jeunes doit quitter le foyer parental notamment en zone rurale. Ainsi, ils sont trois fois plus nombreux à quitter l’espace rural du territoire qu’à s’y installer. Dans l’espace périurbain, l’écart est moins important puisque les départs dépassent de moitié les arrivées. Ce phénomène peut être plus ou moins important en fonction de la capacité du territoire à proposer une offre de services adaptée aux besoins des jeunes.

Parallèlement aux sorties de jeunes habitants, le Livradois-Forez accueille de nombreuses personnes de 55 ans et plus notamment dans sa partie rurale. Ainsi, entre 2007 et 2012, celles-ci constituent 28 % des arrivées dans l’espace rural contre 18 % dans l’espace périurbain, alors qu’elles représentent 15 % des départs de population dans les deux espaces.

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Une population stable à l’horizon 2042

Si les tendances démographiques 2007-2012 (scénario tendanciel, voir méthodologie) se poursuivent, 100 500 personnes habiteraient dans le périmètre d’étude en 2042, soit 2 100 habitants de plus qu’en 2012 (figure 4). L’évolution moyenne annuelle serait de + 0,07 % contre – 0,12 % entre 2007 et 2012.

Cette stabilité ne concernerait pas les deux espaces du périmètre de la même manière. Le rythme de croissance de la population de l’espace périurbain serait ainsi légèrement supérieur à celui enregistré entre 2007 et 2012 (+ 0,25 % par an contre + 0,19 %). La baisse moyenne annuelle du nombre d’habitants de l’espace rural serait nettement atténuée (– 0,07 % contre – 0,37 %).

La stabilité de la population du périmètre d’étude reposerait uniquement sur la poursuite de l’attractivité. En effet, le déficit naturel devrait s’aggraver. Entre les périodes 2007-2012 et 2037-2042, les naissances devraient diminuer de 15 % tandis que les décès devraient progresser au même taux. Ainsi, le solde naturel passerait de – 1 700 à – 3 700. Seul un excédent migratoire viendrait compenser ce déficit naturel inéluctable. Sans migration, entre 2012 et 2042, le périmètre d’étude perdrait 6 % de sa population, soit 5 000 habitants dont 4 000 dans l’espace rural.

 

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Un solde migratoire qui devrait progresser

Si les tendances démographiques se poursuivent, le solde migratoire du périmètre d’étude devrait progresser de 82 % entre les périodes 2012-2017 et 2037-2042. Cette augmentation provient à la fois de la hausse des arrivées et de la baisse des départs. Ainsi, 12 900 personnes devraient s’installer entre 2037 et 2042, soit 6 % de plus qu’entre 2012 et 2017. Dans le même temps, 9 700 individus devraient quitter le territoire, soit 7 % de moins.

La progression des arrivées est due à l’augmentation du nombre de personnes âgées de 55 ans et plus liée au vieillissement de la population au niveau national. La baisse des départs est, quant à elle, liée à l’impact dans la durée de la diminution prolongée du nombre de jeunes (15-24 ans). Celle-ci serait nettement plus marquée dans l’espace rural. Les sorties de populations âgées de 5 à 54 ans y régresseraient de 22 % (1 000 départs de moins entre 2012-2017 et 2037-2042). Cette baisse expliquerait les trois-quarts de l’amélioration attendue du solde migratoire sur l’ensemble du périmètre d’étude. Entre ces deux périodes, l’excédent migratoire total de l’espace rural passerait de + 1 000 personnes entre 2012-2017 à + 2 300 entre 2037-2042. Quant à celui de l’espace périurbain, il ne progresserait que d’une centaine d’individus.

Un vieillissement marqué dans l’espace rural

Si le niveau de population devrait peu évoluer, sa structure serait en revanche nettement modifiée. Ainsi, les personnes âgées de 65 ans et plus représenteraient 36 % de la population du périmètre d’étude en 2042 contre 23 % en 2012 (figure 5). Leur nombre devrait augmenter de moitié durant ces trente prochaines années, passant de 23 200 à 35 600. Alors qu’on dénombre 105 jeunes de moins de 25 ans pour 100 seniors de 65 ans et plus en 2012, ce ratio passerait à 59 en 2042.

Dans l’espace périurbain, l’arrivée de jeunes ménages accompagnés de leurs enfants limiterait le vieillissement de la population. En revanche, l’espace rural abrite une population déjà âgée à laquelle s’ajouteraient des arrivées de population retraitée ou proche de l’âge de la retraite. Le maintien de ces populations sur le territoire sera facilité par l’existence d’une offre de services adaptée aux besoins spécifiques de ces tranches d’âges.

Figure 5 – Une accentuation du vieillissement plus marquée pour l’espace rural – Pyramide des âges en 2012 et 2042

Figure 5 - Une accentuation du vieillissement plus marquée pour l’espace rural - Pyramide des âges en 2012 et 2042

Sources : Insee, Recensement de la population 2012, Omphale 2010 scénario tendanciel

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crédit photo : DR

Encadré

Des échanges privilégiés avec le Grand Clermont qui devraient être confortés

Plus du tiers des échanges de population du Parc naturel régional Livradois-Forez se fait avec le Grand Clermont. Avec 71 % des 4 100 personnes venues entre 2007 et 2012 de cette zone, l’espace périurbain du Parc en est le principal bénéficiaire. Sur quatre familles en provenance du Grand Clermont, trois s’installent dans l’espace périurbain. Le solde migratoire de cette partie du Parc est ainsi excédentaire avec le Grand Clermont malgré l’attractivité de ce dernier pour les jeunes.

A contrario, l’espace rural perd des habitants au bénéfice du Grand Clermont. Le départ de nombreux jeunes pour leurs études ou en quête d’un premier travail n’est pas compensé par l’arrivée d’autres générations venant du Grand Clermont. En revanche, les échanges migratoires entre 2007 et 2012 sont excédentaires avec des zones plus éloignées comme les régions du Sud de la France (Provence-Alpes-Côte d’Azur et Midi-Pyrénées – Languedoc-Roussillon), l’Île-de-France ainsi que le département du Rhône. Le solde migratoire positif de l’espace rural avec ces zones repose principalement sur les familles avec enfants mais aussi sur les générations des 55 ans et plus.

Si la tendance des années 2007-2012 se poursuit, les échanges de population du Livradois-Forez avec le Grand Clermont devraient être confortés. L’excédent migratoire du Livradois-Forez avec le territoire du Grand Clermont devrait être ainsi multiplié par trois entre les périodes 2012-2017 et 2037-2042.

L’espace rural profiterait de 84 % de cette progression. Son solde migratoire deviendrait donc excédentaire avec le Grand Clermont à l’horizon 2042 alors qu’il est déficitaire actuellement. Cette amélioration tiendrait notamment au tarissement du nombre de jeunes susceptibles de partir vers l’agglomération clermontoise. De plus, l’espace rural bénéficierait d’une nette amélioration de son solde migratoire avec ses autres zones d’échange.

La dynamique démographique de l’espace périurbain continuerait de dépendre presque exclusivement de l’étalement urbain des agglomérations clermontoise et issoirienne. Dans ce contexte, la ville de Thiers souhaiterait profiter de sa position géographique afin de développer une nouvelle attractivité et séduire des jeunes ou des familles travaillant sur Clermont-Ferrand. Ces projections peuvent cependant être remises en cause par les choix individuels. En outre, l’agglomération clermontoise s’oriente vers une politique de densification urbaine dans le but de préserver les espaces agricoles et naturels et de réduire les émissions carbone.

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