CARTOGRAPHIES

Cartographie mondiale de la science

REVUE MAPPEMONDE

par Denis Eckert, Michel Grossetti, Laurent Jégou, Marion Maisonobe

L’organisation spatiale de la science contemporaine a été relativement peu étudiée dans son ensemble, au niveau mondial. Rares sont finalement les travaux qui dépassent les espaces nationaux: on décrit plus volontiers l’organisation spatiale de la recherche dans le cadre d’un état, par exemple les États-Unis. Et, quand l’ensemble du système scientifique mondial est analysé, c’est pour décrire les différences entre pays à partir de données agrégées au niveau national.

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La série de cartes sur la production mondiale par villes étant publiée pour la première fois, nous avons volontairement choisi une visualisation globale, accompagnée de nombreux zooms régionaux, afin de proposer au lecteur une «promenade visuelle» et cartographique des structures spatiales de la science mondiale. Il est bien évident que l’établissement de ces cartes et leur commentaire plutôt descriptif ne peuvent dispenser d’une analyse de fond, qui fait l’objet d’autres recherches dépassant le cadre de cet article.

 

Répartition internationale des publications

La science, telle que nous pouvons l’appréhender par notre source, est une activité très fortement polarisée dans l’espace mondial. Cinq pays seulement produisent la moitié des articles scientifiques recensés dans le SCI Expanded à la fin de la décennie 2000 (moyenne 2006-2008). Il ne faut additionner que les contributions des 27 premiers pays pour arriver à 90% du total.

On observe néanmoins à la lecture de ce tableau que cette concentration est moins forte aujourd’hui qu’il y a une vingtaine d’années : fait communément admis dans la communauté des Science Studies, la science se déconcentre au fil des décennies et de plus en plus de pays participent à cette activité.

Les villes de la science

Si l’on examine les données cette fois-ci à l’échelle des villes du système scientifique mondial, que peut-on dire de la polarisation de l’activité scientifique? Nos données nous disent qu’un peu plus de 10 000 agglomérations ont une activité de publication minimale (c’est-à-dire au moins un article à un seul auteur ou son équivalent sur la période considérée).

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Dans presque tous les pays du monde, une ville au moins participe ainsi aux publications mondiales. Mais sur ces «dix mille villes», moins de mille (912 sur la période 2006-2008) réalisent 95% des articles publiés. Un petit tableau résume bien cette concentration de l’activité sur des pôles importants.

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Du fait de cette concentration de l’activité dans quelques centaines de pôles urbains, il semble légitime d’essayer de mesurer concrètement le poids, en nombre d’articles publiés, des principaux centres scientifiques. Les plus importants (Tokyo et Beijing) se caractérisent par plus de 20 000 publications en moyenne par an. Sur les 30 premières «villes de la science», 9 sont situées aux États-Unis, ce qui est très représentatif du poids de ce pays dans la science mondiale.

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Ces 30 premières villes représentent un peu moins de 30% (26,7% exactement) de l’activité totale. Si l’on va un peu plus loin dans la liste ordonnée, on se rend compte que les 100 premières agglomérations scientifiques représentent 50% de la production totale d’articles.

La carte mondiale de la répartition des publications (figure 2) montre bien le poids important de grands foyers urbains qui abritent depuis longtemps une activité scientifique, localisés pour une grande part dans les pays de la Triade. Cette carte permet de visualiser de manière très suggestive également les lieux de croissance récente (marqués par une forte augmentation entre 2000 et 2007), que l’on trouve pour l’essentiel dans les pays émergents ayant connu depuis 20 ans une forte croissance économique: à cette échelle mondiale, c’est la Chine, certains pays du Moyen-Orient et dans une moindre mesure l’Amérique du Sud qui sont visibles. La faiblesse de l’activité des villes du continent africain est très frappante.

2. Carte mondiale de la répartition des publications.

Du monde à ses régions: quelques zooms sur des sous-ensembles de la «carte scientifique mondiale»

Europe et bassin méditerranéen

La forte densité de l’activité scientifique en Europe justifie un regard particulier sur cet espace (figure 3). Apparaissent mieux à cette échelle de représentation des concentrations urbaines bien connues, des gradients de densité de population décroissants vers l’Est. Le contraste avec les rivages urbanisés du sud du bassin méditerranéen, beaucoup moins actifs, est net.

3. Activité scientifique en Europe.

Une focalisation plus précise sur l’Europe de l’Ouest (figure 4) rend évidente l’influence de la structure du système de villes sur la répartition de l’activité scientifique, entre la polarisation relativement accentuée repérable pour la France et les structures plus polycentriques de l’Allemagne. Ceci serait bien sûr à affiner pour dépasser le simple effet d’affichage de ces répartitions.

4. Europe de l’Ouest.

Les États-Unis, pays majeur du système mondial, pèsent environ 1/3 de la production d’articles repérés dans le WoS et écrasent visuellement cette carte de l’Amérique du Nord (figure 5). C’est aussi le pays où la production scientifique est la moins concentrée (il faut presque 20 villes pour arriver au seuil de 50% du total national): la répartition des centres montre, au-delà des grandes métropoles, la diversité des lieux, le maillage plutôt dense du territoire. Le contraste est frappant entre ce constat et l’image internationale de la recherche américaine, que l’on associe systématiquement à quelques grands centres et institutions seulement (Harvard ou le MIT à Boston, Columbia à New York, Princeton entre New York et Philadelphie, Stanford, Caltech et UCLA en Californie). Il faut donc sérieusement réviser cette image courante, qui ne reflète que très partiellement la structure du système scientifique américain.

5. Amérique du Nord.

L’Asie dans son ensemble frappe évidemment par ses disparités, entre les systèmes très structurés du Japon, de l’Inde et de la Chine, de Corée et de Taiwan et la modestie de l’activité scientifique dans nombre de pays voisins (figure 6). On voit coexister dans cette vaste zone des situations très contrastées: le Japon est l’exemple type (que l’on retrouverait dans nombre de pays d’Europe), d’évolutions assez lentes du rythme des publications dans ses villes alors que les agglomérations chinoises sont l’exemple même d’une croissance fulgurante. Les publications chinoises sont d’ailleurs au deuxième rang mondial dans le WoS. Il est remarquable de constater (Grossetti et al., 2013b), que cette croissance s’accompagne du renforcement du rôle des grandes capitales provinciales, en croissance beaucoup plus rapide que les centres comme Beijing, Shanghai ou Hong-Kong. Il y a donc une forme de rééquilibrage net de l’activité scientifique. Dans le même temps, et d’après ces données, la concentration métropolitaine reste forte (les 15 plus grands centres comptent pour 80% du total), et le rôle des petits centres très limité.

6. Asie

 

POUR EN SAVOIR PLUS

 

 

 

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