DONNEES ET ANALYSES

Plaine Commune : une place économique essentielle du Grand Paris

INSEE

Par Françoise Jacquesson, Karl Pancarte, Insee Ile-de-France Sandra Laurol, Emma Tizi, Établissement Public Territorial Plaine Commune Nadège Turpin, ville de Saint-Denis

Avec plus de 410 000 habitants, Plaine Commune est un des établissements publics territoriaux les plus peuplés de la métropole du Grand Paris. Situé aux portes de Paris, entre la Défense et Roissy, ses emplois et sa population augmentent fortement depuis quinze ans, générant de nombreux déplacements domicile-travail qui s’intensifient et s’élargissent. L’implantation récente de grands groupes a notamment renforcé la dimension « métropolitaine » des emplois présents sur le territoire. Toutefois, cette dynamique n’exclut pas le maintien d’un tissu économique diversifié tourné vers les services à la population. Cette forte augmentation des emplois pourrait entraîner de nombreuses perspectives d’embauche à moyen terme pour répondre aux besoins locaux et compenser les départs à la retraite.

Anciennement communauté d’agglomération, Plaine Commune est devenu depuis le 1er janvier 2016 l’un des douze établissements publics territoriaux (EPT) de la métropole du Grand Paris (MGP). Composé de neuf communes (Aubervilliers, Épinay-sur-Seine, La Courneuve, L’Île-Saint-Denis, Pierrefitte-sur-Seine, Saint- Denis, Saint-Ouen, Stains et Villetaneuse), il compte 411 000 habitants et 184 000 emplois en 2012. Il fait partie des territoires les plus jeunes de la métropole (28 % de moins de 18 ans) et de ceux connaissant simultanément la plus forte croissance de population et d’emplois (figure 1). Le nombre des emplois présents dépasse largement celui des résidents ayant un emploi (119 emplois pour 100 résidents ayant un emploi) ; ce ratio est le plus élevé de la MGP juste derrière « Paris Ouest La Défense » et Paris (Données complémentaires). Plaine Commune occupe désormais une place importante au sein de l’économie de la nouvelle métropole en attirant notamment de nombreux actifs franciliens. Dans cette étude, ce territoire est comparé à la MGP dans son ensemble ou à un territoire de référence (référentiel), composé de quatre autres EPT aux caractéristiques proches (Méthodologie, source, définition).

Figure_1 – Plaine Commune, un pôle d’emploi avec un fort dynamisme démographique et économique

En %
Plaine Commune, un pôle d’emploi avec un fort dynamisme démographique et économique
Territoire Population 2012 Variation moyenne annuelle de population entre 2007 et 2012 Part des moins de 18 ans en 2012 Taux d’emploi en 2012* Évolution des emplois au lieu de travail entre 2007 et 2012 Part des fonctions métropolitaines en 2012 Taux de chômage en 2012
Plaine Commune 411 400 1,06 28,4 119,0 6,6 37,5 22,3
Référentiel 1 530 900 0,49 24,8 97,0 5,6 43,1 13,3
T2 – Vallée Sud Grand Paris 390 300 0,55 23,2 81,5 3,6 42,0 10,2
T3 – Grand Paris Seine Ouest 310 500 0,72 22,7 116,3 7,9 56,7 8,7
T5 – Boucle Nord de Seine 430 800 0,51 26,2 95,9 7,5 39,6 14,7
T8 – Est Ensemble 399 300 0,22 26,4 97,6 2,9 33,0 18,8
Seine-Saint-Denis 1 538 700 0,48 27,4 88,5 2,9 31,7 18,2
Métropole du Grand Paris 6 945 300 0,49 23,1 122,8 2,6 42,8 13,0
Ile-de-France 11 898 500 0,51 24,5 105,1 1,9 38,7 12,0
  • * Rapport entre le nombre d’emplois au lieu de travail et le nombre d’actifs occupés résidents.
  • Source : Insee, recensements de la population 2007 et 2012.

Des déplacements domicile-travail de plus en plus nombreux et lointains

Le nombre d’emplois a fortement progressé à Plaine Commune entre 2007 et 2012 (6,6 % contre 2,6 % dans la MGP), induisant une intensification des flux domicile-travail. Le nombre de navetteurs entrants, travaillant à Plaine Commune sans y habiter, a augmenté de 8,4 % sur cette même période. Cette croissance est moindre que dans l’EPT Boucle Nord de Seine (+ 9,7 %), mais supérieure à celle des autres EPT du référentiel. Les 131 000 navetteurs entrants occupent sept emplois sur dix et viennent principalement de Paris (21 %), du Val-d’Oise (20 %), du reste de la Seine-Saint-Denis (17 %) et des Hauts-de-Seine (13 %).

Le nombre de navetteurs sortants s’accroît également, mais de façon moindre (+ 4,1 % depuis 2007). En 2012, ces 101 000 actifs résidents vont toujours travailler pour moitié à Paris, puis dans les Hauts-de-Seine (18 %) et dans le reste de leur département (13 %).

Ces dynamiques de flux s’accompagnent d’une légère hausse du nombre d’actifs résidant et travaillant à Plaine Commune : + 2,3 % en cinq ans, soit deux fois moins que dans le référentiel (5,0 %). Globalement, les flux, entrants ou sortants, ont relativement plus augmenté avec des départements non limitrophes comme les Yvelines, l’Essonne et le Val-de-Marne (figure 2). Le développement du réseau de transport (lignes 15, 16, 17 et Tangentielle Nord) est susceptible d’accélérer cette transformation économique, en facilitant le parcours des usagers actuels et en poursuivant le désenclavement du territoire. L’intensification et l’élargissement des navettes vont de pair avec un bassin d’emploi élargi.

Figure_2 – Des échanges à l’échelle de la région, mais prédominants avec Paris

  • Lecture : en 2012, 6 700 habitants des Yvelines travaillent à Plaine Commune, soit une augmentation de 14 %en cinq ans, et 2 200 habitants de Plaine Commune travaillent dans les Yvelines, soit une augmentation de 11 % en cinq ans.
  • Source : Insee, recensements de la population 2007 et 2012, exploitations complémentaires

Des transferts d’établissements, qui témoignent d’une attractivité

Entre 2009 et 2013, Plaine Commune, comme Est Ensemble, se démarque des autres territoires du référentiel par un solde nettement positif de transferts d’établissements (arrivées – sorties) : + 148 établissements employant 7 000 salariés. Cette attractivité s’explique principalement par la proximité de Paris, le moindre coût du foncier et une offre de transport en plein déploiement. Elle s’observe principalement à Aubervilliers, Saint-Denis et Saint-Ouen. Les trois plus grands établissements installés sur cette période (GFI informatique, GDF Suez Énergie Service et Arcade nettoyage) ont emménagé à Saint-Ouen, avec 3 000 salariés.

Comme dans la région francilienne, la construction fait partie des secteurs où le solde de transferts est le plus élevé en nombre d’établissements. Concernant les emplois, les secteurs les plus créateurs sont ceux de l’information et de la communication (+ 3 700 salariés), des activités de services administratifs et de soutien (+ 2 100 salariés), et des activités spécialisées, scientifiques et techniques (+ 1 300 salariés).

Cette dynamique se poursuit depuis 2014 avec l’arrivée des entreprises SFR (8 000 salariés), du groupe SNCF (4 000 salariés), du groupe Allianz (850 salariés) ou encore de l’entreprise Wolters Kluwer (600 salariés). Fin 2015, le ministère de la Justice regroupe près de 1 700 de ses salariés sur le site du Millénaire, à Aubervilliers. Les futures implantations de Veolia à Aubervilliers (2 000 salariés), du siège du Conseil Régional Ile-de-France à Saint-Ouen (environ 2 000 agents), du Campus Condorcet à Aubervilliers (15 000 personnes attendues sur le site) ou encore du pôle fiduciaire de la Banque de France à La Courneuve (environ 500 salariés), laissent augurer d’une poursuite durable de cette tendance, comme en témoignent les projets de construction de bureaux ou d’activités, estimés à plus de 1,4 million de m² à l’horizon de 2024.

Les fonctions métropolitaines et présentielles au cœur de la dynamique d’emploi

À Plaine Commune, 37,5 % des emplois relèvent des fonctions métropolitaines, caractéristiques des grandes intercommunalités (figure 3). Cette part est toutefois plus faible que dans le référentiel et la MGP.

Entre 2007 et 2012, ces emplois ont progressé de 14 % (contre 3 % pour les autres fonctions) grâce notamment à la percée des fonctions de prestations intellectuelles (+ 39 %) et dans une moindre mesure de la fonction culture-loisirs (+ 19 %) et la conception-recherche (+ 18 %). Néanmoins, la moitié des emplois des fonctions métropolitaines se concentre sur la fonction gestion, du fait de la présence accrue de sièges sociaux, d’administration d’entreprises, d’activités financières, de banques ou d’assurances. Le territoire abrite également des fonctions présentielles, à savoir des emplois tournés vers les besoins de la population résidente, à hauteur de 35 %, comme dans le référentiel mais légèrement moins que dans la MGP. Comme dans les autres territoires de la métropole, l’administration publique et les services de proximité y sont les plus représentés. Plaine Commune se caractérise cependant par une proportion plus importante d’emplois dans la distribution, notamment le commerce alimentaire et celui de l’habillement, ainsi que dans l’éducation-formation (nombreux établissements scolaires du fait de la jeunesse de la population).

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Les fonctions transversales très présentes dans l’économie locale

Les fonctions transversales (transport et logistique, entretien et réparation), essentielles au fonctionnement de la métropole, sont davantage représentées à Plaine Commune qu’au sein du référentiel et de la MGP (15 % contre respectivement 11 % et 10 %), notamment la fonction « transport-logistique » qui se place en deuxième position parmi l’ensemble des fonctions exercées dans le territoire alors qu’elle occupe le cinquième rang seulement dans le référentiel et dans la MGP. Cette particularité est due à la présence de nombreuses infrastructures de logistique telles que les sites RATP et SNCF. Les fonctions de production sont également plus présentes sur le territoire (12,5 % contre 10 % pour le référentiel et seulement 9 % pour la MGP). Cette plus grande diversité des emplois de Plaine Commune va de pair avec un éventail de catégories socioprofessionnelles plus équilibré : 28 % de cadres (33 % pour le référentiel), 26 % de professions intermédiaires, 24 % d’employés, 17 % d’ouvriers (12,5 % pour le référentiel) (Données complémentaires).

Les services à la population, première fonction des actifs résidents

Les actifs résidents de Plaine Commune exercent principalement une activité dans les fonctions présentielles du territoire ou des territoires avoisinants (48 % pour les résidents stables et 40 % pour les navetteurs sortants), notamment dans l’administration publique et les services de proximité. Les entrants, quant à eux, travaillent plus souvent dans les fonctions métropolitaines (45 %), et plus particulièrement dans la gestion où ils occupent 84 % des emplois (figure 4). Cependant, le renforcement des emplois des fonctions métropolitaines concerne l’ensemble des actifs, qu’ils soient stables, entrants ou sortants. En cinq ans, les stables et les sortants exercent notamment plus souvent des fonctions « culture-loisirs » (respectivement + 35 % et + 46 %) et les entrants des prestations intellectuelles (+ 42 %).

L’analyse des emplois par catégorie socioprofessionnelle indique une augmentation des cadres pour l’ensemble de ces actifs (notamment cadres de la fonction publique et cadres administratifs et commerciaux pour les actifs stables) et une diminution des ouvriers. Cependant, le décalage persiste entre le profil des actifs résidents et celui des actifs non résidents : les deux tiers des entrants occupent des postes de cadres ou de professions intermédiaires, tandis que les deux tiers des résidents en emploi de Plaine Commune sont des employés ou des ouvriers, personnels de services aux particuliers et agents de service de la fonction publique (figure 5).

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Figure 5 Les cadres et professions intermédaires progressent le plus – Top 3 des effectifs 2012 et évolution 2007-2012 des catégories socioprofessionnelles en 31 postes

  • Pour les trois premières évolutions, n’ont été retenues que les professions avec minimum 200 actifs en plus entre 2007 et 2012.
  • Source : Insee, recensements de la population 2007 et 2012, exploitations complémentaires.

Des besoins potentiels de main-d’œuvre liés au vieillissement des actifs et aux besoins de la population et des entreprises

À Plaine Commune, le quart des emplois est pourvu par des actifs âgés de 50 ans ou plus en 2012 (44 000 salariés et non-salariés). La perspective de leur départ en retraite induit un besoin potentiel de renouvellement d’ici dix ans, notamment chez les cadres des services administratifs, comptables et financiers, les agents d’entretien, les enseignants et les conducteurs de véhicules (Données complémentaires). Par ailleurs, certains métiers connaissent un accroissement de leurs effectifs, en lien avec l’évolution des besoins de la population ou des entreprises. L’accompagnement de cette dynamique induit également des besoins potentiels, particulièrement dans les services à la population (infirmiers et sages-femmes, aides à domicile et aides ménagères, cuisiniers, employés de maison et assistantes maternelles) ou aux entreprises (employés administratifs, cadres du BTP ou de la banque et des assurances, personnels des études et de la recherche). Enfin, les entreprises du bassin d’emploi Seine-Saint-Denis Ouest signalent des besoins de recrutement pour les métiers d’agent de gardiennage et de sécurité, d’attaché commercial, de professionnel des activités artistiques ou de conducteur de véhicules (enquête Besoin de main-d’œuvre de Pôle emploi 2016).

L’ensemble de ces besoins potentiels revêt un double enjeu. Tout d’abord, il s’agit d’accompagner l’évolution des besoins de la population présente (résidente ou non), dont la forte progression génère une demande croissante dans des activités comme l’accueil à la petite enfance, l’enseignement, le bâtiment, les transports en commun, la gestion des déchets et les services de proximité. Ces besoins en recrutements peuvent offrir l’opportunité à la population résidente, fortement touchée par le chômage (22 % au sens du recensement de la population contre 13 % dans le référentiel et la MGP) d’améliorer son insertion sur le marché du travail.

Les outils et les actions mis en place à Plaine Commune, tels que le programme de Gestion prévisionnelle des emplois et des compétences (GPEC) ou la charte Entreprise-territoire, ont pour objectif de créer une synergie entre les besoins des entreprises, des actifs et des organismes de formation, de mieux cibler les formations et mieux orienter les publics concernés. Des opportunités d’emplois semblent aussi se profiler dans l’entreprenariat car l’essor du numérique génère de nombreuses activités économiques chez les non-salariés. En effet, à Plaine Commune, ces actifs sont de plus en plus nombreux (+ 14 % entre 2007 et 2012). En 2012, les 10 000 non-salariés vivant à Plaine Commune travaillent pour moitié au sein de l’EPT, soit un taux de stabilité deux fois plus élevé que chez les salariés. Ce constat s’observe particulièrement dans les professions de l’information et de l’art.

Ces enjeux s’inscrivent par ailleurs dans un contexte plus global, où le développement des transports en commun permettra d’élargir le bassin d’emploi des personnes en recherche d’activité.

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