CLIMAT

Ice Memory : La mémoire des glaciers

SCIENCES ET AVENIR

par Loïc Chauveau

Le programme « Ice Memory » va prélever des échantillons au sein d’une vingtaine de glaciers du monde entier. Ces carottes seront ensuite préservées dans un site de stockage de l’Antarctique pour léguer ces archives scientifiques aux générations futures.

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Photo : AFP

Le 10 mars dernier au siège de l’Unesco à Paris, des glaciologues du monde entier ont élaboré la feuille de route de « Ice Memory ». Et marqué ainsi le vrai départ d’une aventure scientifique hors-normes.  » Il s’agit en effet de préserver pour les générations futures les informations sur le climat passé mais aussi sur la vie biologique des siècles et millénaires précédents contenues dans l’épaisseur de ces glaces continentales « , précise Patrick Ginot, ingénieur de recherche à l’Institut pour la recherche et le développement (IRD) en charge du programme. Or, ces archives sont menacées par le réchauffement climatique. Au rythme actuel, les glaciers situés en dessous de 3500 m dans les Alpes et de 5400m dans les Andes, auront disparu d’ici la fin du siècle.

 

La mission n’est pas simple. Elle consiste à procéder à deux carottages sur toute l’épaisseur d’une vingtaine de glaciers dans le monde. L’un de ces coups de sonde est immédiatement exploité par les chercheurs avec les techniques actuelles. L’autre est confiné dans un container frigorifique pour être acheminé sur la base franco-italienne Concordia située à 1100 kilomètres de la côte la plus proche du continent Antarctique. Ces carottes seront ainsi conservées à -54°C, la température la plus clémente jamais enregistrée sur ce site. Pourquoi cette mise au frigo ? « Les techniques d’analyses vont beaucoup progresser dans les prochaines décennies tant pour les résidus de gaz piégés dans les bulles de glace que pour les analyses biologiques, expose Patrick Ginot. Les glaciologues espèrent notamment que les moyens de caractérisation de traces de vie biologique qui sont encore aujourd’hui peu développés seront à l’avenir beaucoup plus précis « . Jusqu’à présent, aucun organisme de recherche n’a tenté de préserver des échantillons de glace sur plus d’un siècle. Pour cette première scientifique, Ice memory imagine un site de 300 m3 destiné à accueillir une vingtaine de containers enfouis à dix mètres de profondeur dans le névé.

Une urgence: les derniers glaciers africains

ALTITUDE. A l’Unesco, les chercheurs ont ébauché une première feuille de route. Des collaborations internationales existent déjà. Des équipes italiennes, françaises et suisses travaillent sur les glaciers alpins. Les Suisses étudient des glaciers de l’Altaï avec des équipes russes et un partenariat franco-russe se développe sur le Caucase. Les Chinois géreront leurs propres sites avec la volonté de stocker leurs carottes sur leur base antarctique de Kunlun. Mais l’urgence absolue, c’est le dernier glacier africain, celui du Kilimandjaro où les archives climatiques s’évaporent. Le point culminant de l’Afrique va donc faire l’objet d’une large coopération internationale.

« Ice memory » a en réalité débuté à l’été 2016. Les partenaires du projet (CNRS, IRD, Université Grenoble Alpes, le Conseil national de la recherche italien, l’Université de Venise) ont testé sur le glacier du Dôme, au Mont Blanc, la faisabilité technique du projet. Du 15 au 29 août 2016, un hélicoptère a hissé jusqu’au 4300m d’altitude du glacier du Dôme plus d’une tonne d’équipement dont 25 m3 de caissons isothermes pour récupérer les carottes de glace. Les glaciologues ont pu effectuer trois carottages de près de 130 mètres jusqu’au socle rocheux ce qui représente 200 ans d’archives climatiques. Les échantillons ont ensuite été descendus et stockés dans un entrepôt frigorifique de Grenoble. « Ces prélèvements vont permettre de mieux caractériser l’évolution de la pollution par le dioxyde de soufre entre 1925 et 1980 ainsi que les émissions de nitrate provenant du développement de l’agriculture ainsi que l’évolution de la pollution atmosphérique » énumère Patrick Ginot.

18 000 ans d’archives du climat local

PORTEURS. Le deuxième essai, celui de l’Illimani sera bien plus complexe. Situé à deux heures de route de la Paz, ce glacier culmine à 6432m d’altitude. Impossible d’y accéder par hélicoptère. «Nous avons prévu qu’une quinzaine de guides et porteurs vont acheminer le matériel lors des derniers 2000m de dénivelé, précise Patrick Ginot. De même, les carottes de 30 kilos seront descendues à dos d’homme ». Début février, un carottier et 75 caisses isothermes sont partis de France par bateau pour atteindre la Bolivie. Deux équipes internationales de 6 à 8 glaciologues arriveront quelques semaines avant l’expédition prévue en juin pour s’acclimater à l’altitude. Les carottes seront amenées dans un premier temps à la Paz avant de rejoindre Grenoble par bateau.

Les glaciologues attendent beaucoup de l’Illimani. Les apports annuels de neige y sont beaucoup plus faibles si bien que le glacier représente 18 000 ans d’archives alors qu’il fait la même épaisseur que le Dôme. On devrait pouvoir y lire les incendies de la forêt amazonienne proche, les variations locales du réchauffement climatique et l’alternance des phénomènes Nino et Nina de changement de température des eaux de surface de l’Océan Pacifique. Un livre ouvert sur le climat passé de l’Amérique latine dont on sait peu de choses.

 

 

 

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