GEOGRAPHIE HUMAINE

Mozambique : un nouveau « far west » ?

1 – UNE FUTURE PUISSANCE ENERGETIQUE

Comptant parmi les États les plus pauvres de la planète, le Mozambique fait de plus en plus parler de lui pour les importantes ressources de son sous-sol : gaz, charbon… Mais avec son manque criant d’infrastructures et sa gestion erratique, le pays ne risque-t-il pas de voir cet immense potentiel continuer de lui échapper ?

2- REPÈRES GÉOGRAPHIQUES

GRANDS REPORTAGES

Allongée au bord de l’océan Indien, Ilha de Moçambique fut, au XVI e siècle, la capitale portugaise de l’Est africain. Au sortir de plus vingt années de tourmente, ses fastes d’antan ont vécu, mais elle conserve le charme poétique d’une cité cosmopolite et intemporelle.

Enfin, la voilà ! Notre île tant attendue, espérée, guettée… L’océan Indien danse jusqu’à l’horizon. La baie de Mossuril, bras de mer de trois kilomètres de large, nous sépare encore d’Ilha de Moçambique, simple trait posé sur la mer, vieille dame portugaise en vigie sur les côtes orientales et l’histoire de l’Afrique australe. Grandeur et décadence, prestige et ténèbres, télescopage des cultures, nimbent d’un voile quasi mythique ce microcosme redevenu accessible, après des décennies d’affrontements politiques, de violences aveugles et d’isolement international.

L’accent chantant du Portugais africain

Devant nous, le canal du Mozambique, et Madagascar, invisible, à environ cinq cents kilomètres au large. Derrière nous, en écho déjà lointain, le miroir insensé du lac Nyassa, au Malawi, une mer intérieure dont nous sommes séparés par trois grosses journées de piste. Nous venons de traverser le nord du Mozambique dans toute sa largeur. Après la poussière rouge et les savanes infinies de l’intérieur, place à la nonchalance des plages, à l’allure chaloupée des dhows aux voiles triangulaires, à l’animation des marchés aux poissons, à l’accent chantant du Portugais africain… Lena a ouvert, il y a quelques années, un camping sur la plage qui fait face à « Ilha » (l’île), comme tout le monde dit ici familièrement. Elle s’est exilée au Brésil pendant la guerre civile, pour revenir ensuite s’installer face à son île chérie. « J’aime tellement ce lieu enchanté, que je ne peux pas en être éloignée, mais je ne peux pas y vivre non plus. Ici, je la garde tous les jours sous les yeux, sans en subir la pression au quotidien. » Car Ilha, mouchoir de poche de douze mille âmes, vibre de l’énergie d’une fourmilière. Souvent inspirante certes, mais frisant les limites de la surpopulation.

Ilha de Moçambique patrimoine de l’humanité

Un banyan séculaire garde l’entrée de la ville, dont les deux extrémités mitoyennes ne pourraient être davantage aux antipodes architecturaux et culturels. Sous la période coloniale, habiter sur Ilha était le privilège presque exclusif des Portugais, la population indigène étant refoulée sur le continent. Le grand quartier populaire de Makuti, occupant tout le sud, est donc né au début du XX e siècle, quand, avec le déclin de l’île et le désengagement portugais, les Mozambicains furent en mesure de regagner leur île. Entre les huttes de terre et de roseau alignées au cordeau, quelques épiceries de quartier et des petits bazars obstruent le passage. En marchant vers la partie nord de l’île, haricot de trois kilomètres de long sur cinq cents mètres de large en moyenne, on pénètre progressivement dans le quartier historique, appelé Stone Town, où se succèdent belles demeures portugaises, palais du gouverneur, églises et anciennes administrations coloniales. La plupart des édifices ont été bâtis entre les XVI e et XIX e siècles, avec les matériaux rocheux prélevés sur la partie sud de l’île, ce qui explique pourquoi Makuti est aujourd’hui excavée de plusieurs mètres, renforçant l’insalubrité liée à la promiscuité qui y règne déjà. À Stone Town, au contraire, ville fantôme monumentale et hiératique, règne un étonnant sentiment de calme, de vie au ralenti; le charme désuet d’un décor de film d’époque. Ilha de Moçambique a été classée, en 1991, au patrimoine de l’humanité par l’Unesco. Plus qu’une ville muséographique, elle est avant tout un endroit à vivre. Son ambiance latina, entre décontraction et saudade, reste insolite en Afrique. Ses multiples influences – arabe, européenne, indienne et africaine – la gratifient surtout d’une identité multiple pleine de saveur.

3- LA FIEVRE DES MINES DE RUBIS 

AFP

La fièvre s’est emparée de Montepuez et Tania Mabota n’y va pas par quatre chemins pour la décrire: l’essor de la mine de rubis, les convoitises et, surtout, les violences qu’elle suscite ont fait de cette ville le « Far West du Mozambique ».

Des milliers « d’étrangers sont venus de partout en quête de rubis » à Montepuez, petite ville située à plus de 1.500 km au nord de la capitale Maputo, constate le Dr. Mabota. Et « comme c’est souvent leur seul moyen de subsistance, ils se battent pour la moindre pierre ».

La médecin-chef de l’hôpital de Montepuez est aux avant-postes de cette guerre: ses équipes d’urgence en accueillent les victimes, « entre 10 et 13 chaque mois », dit-elle.

« Les mineurs n’hésitent pas à se tuer entre eux », renchérit l’administratrice du district, Etelvina Fevereiro.

Mais ce n’est pas tout. La ruée vers le rubis a attiré à Montepuez des milliers de mineurs informels en quête d’une part du gâteau ainsi qu’une cohorte d’escrocs bien décidés, eux aussi, à en profiter. « Nous avons le crime organisé, des attaques à main armée et du trafic de drogue », énumère Mme Fevereiro.

La criminalité a atteint un niveau tel que les autorités ont lancé en février une vague d’arrestations et d’expulsions sans précédent dans cette région du Mozambique, en Afrique australe. « Nous ramenons l’ordre », promet Mme Fevereiro.

– ‘Gisement exceptionnel’ –

Le destin de Montepuez a basculé en 2009. Jusque-là, ses habitants étaient passés à côté de ces petits cailloux rouges formés il y a 500 millions d’années dans le lit des rivières.

Un géologue trie les rubis extraits à la mine de Montepuez, au Mozambique, le 14 février 2017

Un géologue trie les rubis extraits à la mine de Montepuez, au Mozambique, le 14 février 2017 ( AFP / John Wessels )

Il a fallu attendre que l’une de ces minuscules pierres, découverte par un coupeur de bois, soit identifiée il y a huit ans par un revendeur de Bangkok pour que le Mozambique apparaisse sur la carte mondiale du commerce des pierres précieuses.

Le pays « ne savait pas qu’il était assis sur un gisement aussi exceptionnel », s’étonne encore aujourd’hui Pia Tonna, la directrice du marketing de la compagnie Gemfields, une société britannique qui a pris le contrôle de la Mine de rubis de Montepuez (MRM), principal exploitant du site.

Gemfields possède les trois-quarts du capital de MRM, le reste appartenant à une société dirigée par un ex-général membre de la plus haute instance du parti au pouvoir à Maputo.

Sitôt identifiés, les rubis de Montepuez n’ont pas tardé à inonder le marché mondial. L’an dernier, près de 40% de la production vendue dans le monde provenaient du Mozambique, selon Gemfields, qui a vendu depuis pour plus de 225 millions de dollars de pierres.

Des mineurs illégaux dans une mine de rubis à Montepuez, au Mozambique, le 15 février 2017

Des mineurs illégaux dans une mine de rubis à Montepuez, au Mozambique, le 15 février 2017 ( AFP / John Wessels )

La société s’enorgueillit d’être un producteur « responsable » et « transparent » et de partager localement ses bénéfices. « Si nos ventes sont bonnes, ça aide le pays, ça signifie plus d’écoles, plus d’infrastructures », proclame Pia Tonna, « nous sommes le premier contribuable de la région ».

Mais cette image lisse est entachée de graves accusations.

– Exactions –

Les forces de police et une compagnie de sécurité privée employée par la direction de la mine sont soupçonnées de recourir à la violence pour se débarrasser des mineurs informels. Les travailleurs illégaux ou informels imputent aussi de nombreuses exactions à une milice désignée sous le nom de « nacatanas », les « porteurs de machettes ».

Des rubis extraits à la mine de Montepuez au Mozambique, le 14 février 2017

Des rubis extraits à la mine de Montepuez au Mozambique, le 14 février 2017 ( AFP / John Wessels )

Le patron des opérations de MRM reconnaît que la police et une compagnie de sécurité privée opèrent régulièrement dans sa concession. Mais « en toute légalité », assure Gopal Kumar. « MRM n’encourage jamais les activités violentes, je dis bien: jamais », assure-t-il. « Nous avons une politique de tolérance zéro envers la violence ».

Depuis des années pourtant, les témoignages d’interventions musclées ou de violences caractérisées s’accumulent.

Celestino dos Santos Jesus, un fermier du village de Nacole proche de la concession MRM, affirme à l’AFP que son fils a été abattu par la police en 2014. « Il avait 25 ans, il est allé là-bas pour chercher des rubis », se souvient-il, « il a été tué par un groupe de la Force d’intervention rapide » de la police.

Lui n’a pas porté plainte mais, en 2014 et 2015, la justice mozambicaine s’est saisie d’au moins dix cas d’homicides ou de violences dans la concession, selon les médias locaux.

Sollicité par l’AFP, le procureur local n’a pas donné suite.

Un policier a été condamné pour homicide involontaire à l’issue d’une de ces procédures, a confirmé Gemfields, en rappelant qu’aucun de ses agents de sécurité « n’a jamais été condamné pour le moindre délit ».

Les accusations de violences ont repris de plus belle ces dernières semaines à la faveur de l’offensive engagée par les forces de l’ordre pour ramener l’ordre dans la région.

– Expulsions –

« J’ai été capturé à Namucho, ils m’ont pris comme ça, (et m’ont laissé) sans nourriture, sans rien », raconte Mirando Sagres, 26 ans, en montrant des traces de coups qui zèbrent son dos.

Un géologue trie les rubis extraits à la mine de Montepuez, au Mozambique, le 14 février 2017

Un géologue trie les rubis extraits à la mine de Montepuez, au Mozambique, le 14 février 2017 ( AFP / John Wessels )

Un autre « illégal », Zito Armando, raconte avoir fui par peur de la police. « Ils embarquent les gens dans des voitures et les laissent au milieu de la route à Metero, sans rien. A 100 km de là ».

Les autorités évoquent une opération nécessaire contre le travail au noir et les immigrés clandestins. « Les mineurs informels sont interdits dans le monde entier », plaide Mme Fevereiro.

« Les étrangers sont expulsés et les Mozambicains sont renvoyés dans leur province d’origine », ajoute la porte-parole de la police de la province, Malva Brito. Elle aussi nie toute brutalité. « S’il y en avait eu, elles auraient été signalées au procureur. A ma connaissance, ce n’est pas le cas ».

Ces dernières semaines, plus de 3.700 illégaux ont été arrêtés, dont deux tiers d’étrangers en situation irrégulière, selon la police.

L’efficacité de ces rafles massives reste toutefois à démontrer. Car la plupart des mineurs informels délogés ont promis de revenir.

« Nous n’avons pas de travail, nous n’avons rien », plaide Adolfo Francisco, 28 ans. « Nous n’avons pas d’autre choix que de venir suer ici pour que nos enfants puissent aller à l’école ».

L’épopée du Far West du Mozambique est loin d’être finie.

 

4 – UNE GUERRE SILENCIEUSE ?

JEUNE AFRIQUE 

situation en 2016

Le centre du Mozambique, gangrené par un conflit entre les forces gouvernementales et la milice du parti d’opposition, a poussé plus de 5 000 personnes à quitter leur domicile. Un bilan alarmant, établi mardi par la télévision mozambicaine.

5 000 personnes déplacées, parties loin de leur domicile et surtout des affrontements qui font rage dans le centre du Mozambique. Ce bilan inquiétant a été dressé mardi par la télévision mozambicaine, qui parle de 2 280 habitants de la province de Manica déplacés et de 2 500 autres réfugiés au Malawi, le pays voisin.

Des camps de déplacés sans moyens

Ces chiffres s’appuient sur les études du Haut commissariat des Nations unies pour les réfugiés (HCR) et de l’Institut national pour la gestion des calamités (INGC). L’INGC a ouvert cinq camps de déplacés dans la province de Manica (centre), dont deux depuis le 7 novembre. À noter que quelques milliers de personnes seraient également hébergées dans des familles d’accueil, selon les ONG locales.

Principale raison de cet exode, les persécutions et combats qui opposent les forces gouvernementales à la branche armée du principal parti d’opposition, la Renamo.

« Nous vivons dans des tentes parce qu’il y a la guerre. Mon père a été tué par la guerre, donc je suis toute seule avec ma mère », a expliqué Maria Joaquim, une déplacée de 16 ans dans le camp de Vanduzi (centre), à la télévision indépendante STV.

« J’ai dû tout laisser : mes champs, mes bœufs et mes animaux », a expliqué pour sa part Rafique Calima, qui a fui avec toute sa famille. « Le gouvernement nous a donné des tentes pour que nous restions ici ».

Interrogé sur place par les journalistes, le directeur de l’INGC, Joao Machatine, a reconnu les piètres conditions d’hébergement des déplacés, liées selon lui au manque d’eau et de tentes, ainsi qu’aux problèmes d’hygiène.

La Renamo reprend les armes contre le Frelimo

La Renamo, l’ancienne rébellion de la guerre civile mozambicaine (1976-1992), a repris les armes en 2013 pour contester la mainmise du Frelimo, parti au pouvoir depuis l’indépendance en 1975.

Les rebelles mènent des attaques sur les principales routes nationales et parfois dans des villages, essentiellement dans le centre du pays, et accusent l’armée de vouloir assassiner le chef de l’opposition, Afonso Dhlakama, retranché dans les montagnes de Gorongosa (centre) depuis octobre 2015.

La crise politico-militaire s’est muée en conflit larvé depuis un pic de tension au début de l’année 2016. Des négociations entre la Renamo et le gouvernement ont repris fin mai à Maputo.

 

5- LES DEGATS DE DINEO

Selon un bilan publié par l’Institut national de gestion des catastrophes naturelles (INGC), le passage du cyclone tropical Dineo a fait 7 morts et plus de 130 000 sinistrés dans le sud du Mozambique.

« Plus de 20 000 logements » ont été détruits par des « vents et des précipitations très fortes » précise l’INGC dans un communiqué publié dans la nuit de jeudi à vendredi. Des secouristes sont sur le terrain à la recherche d’autres éventuelles victimes, a déclaré vendredi une porte-parole de l’INGC, Simone Ngomane.

Le cyclone Dineo a causé ses principaux dégâts dans la province touristique d’Inhambane, sur la côte sud du Mozambique. Entre 100 mm et 200 mm de précipitations sont tombées entre les deux stations balnéaires d’Inhambane et Vilanculos.

Suite au passage du cyclone Dineo, des centaines de cas de Choléra ont été recensés dans le pays, notamment à Maputo.
Il est recommandé de respecter de strictes mesures d’hygiène alimentaire et de consulter un médecin en urgence dès l’apparition de premiers signes de l’affection (diarrhée liquide, vomissements, fièvre et faiblesse générale). Pour plus d’informations, se référer à la rubrique santé.

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