GEOGRAPHIE HUMAINE

Le tourisme et ses espaces : quelques exemples

CAISSE DES DEPOTS DES TERRITOIRES

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© L. Grandguillot / REA |

 

A l’occasion de l’Année internationale du tourisme durable, le ministère de l’Environnement vient de publier une étude sur les pressions environnementales qui s’exercent dans les communes touristiques et sur les formes de tourisme durable qui tendent à se développer depuis une vingtaine d’années.

L’organisation des Nations unies a proclamé 2017 Année internationale du tourisme durable et a intégré le tourisme parmi les objectifs du développement durable. A cette occasion, le ministère de l’Environnement vient de publier une étude sur les pressions environnementales exercées par le tourisme en France dans les territoires soumis à de fortes variations démographiques et sur les formes de tourisme durable mises en œuvre pour en diminuer les impacts.
Première destination touristique mondiale, la France a accueilli en 2015 84,5 millions de touristes étrangers en métropole et quelque 400.000 en outre-mer, commence par rappeler le document. Mais si le tourisme constitue une activité économique majeure – la consommation touristique intérieure s’élève à 158,6 milliards d’euros, soit 7,3% du PIB et le secteur emploie plus d’un million de salariés en équivalent temps plein -, il génère de multiples pressions sur l’environnement. D’abord parce que les déplacements touristiques, qu’ils se fassent par les airs ou par la route, contribuent aux émissions de gaz à effet de serre et à la dégradation de la qualité de l’air. Dans les territoires à forte activité touristique, le développement des hébergements occasionne en outre une artificialisation des sols et accroît les pressions sur les ressources naturelles. Ces pressions s’exercent sur une période très concentrée de l’année, particulièrement en juillet et août (40% des nuitées de voyage pour motif personnel en 2014), avec de brusques afflux de visiteurs sur des territoires parfois faiblement peuplés.

Une capacité d’accueil concentrée sur un petit nombre de communes

L’étude s’attache dans un premier temps à identifier ces territoires qui subissent d’importantes variations démographiques liées au tourisme et à définir leurs caractéristiques communes. Ainsi, les communes dont le taux de fonction touristique, autrement dit le rapport entre le nombre de lits touristiques et la population résidente à l’année est élevé sont situées principalement en haute et moyenne montagne et sur le littoral. Environ 6.000 communes ont un taux de fonction touristique supérieur à 100 lits pour 100 habitants et sont donc susceptibles d’accueillir autant de visiteurs que d’habitants permanents. « Alors que seulement 6% de la population nationale y réside à l’année (3,9 millions d’habitants environ), elles concentrent sur leur territoire 60% des lits touristiques en 2016 (soit une capacité d’accueil de près de 12,5 millions de lits touristiques) », relève l’étude qui précise que parmi ces communes, 235 ont une intensité touristique supérieure à 1.000 lits pour 100 habitants.
En outre, la densité touristique s’accroît avec le taux de fonction touristique des communes. Alors que la densité touristique moyenne en France est de 33 lits par km² en 2016, elle s’élève à 115 lits par km² dans les communes au taux de fonction touristique compris entre 200 et 1.000 lits pour 100 habitants (classe 4) et à 300 lits par km² dans celles au taux de fonction touristique supérieur à 1.000 lits pour 100 habitants (classe 5). En métropole, ce phénomène concerne principalement les façades atlantique et méditerranéenne, les territoires insulaires et les Alpes.
Depuis 1999, ce sont les communes ayant déjà la plus forte fonction touristique qui ont connu la hausse la plus rapide de leur capacité d’accueil en hôtels, campings et résidences secondaires : près de 800.000 lits touristiques supplémentaires soit une hausse d’environ 300 lits par commune dans celles de la classe 4 et près de 380.000 lits supplémentaires (+1.628 lits) par commune dans celles de la classe 5. Il s’agit de communes situées sur le littoral breton, la façade atlantique, les îles du Ponant, de Ré et d’Oléron, la façade Manche-mer du Nord et, en montagne, les Alpes et les Hautes-Pyrénées.

Consommation d’eau et d’électricité nettement supérieure à la moyenne

L’étude analyse ensuite les pressions exercées sur l’environnement dans ces territoires. Principalement situés dans des environnements naturels, ils sont confrontés au phénomène d’artificialisation des sols. Dans ces communes, celui-ci progresse à un rythme proche de la moyenne nationale (+2,8%). En revanche, ces collectivités se distinguent nettement en termes de consommation d’eau, d’électricité et de production de déchets. Les 6.000 communes au taux de fonction touristique supérieur à 100 lits pour 100 habitants sont à l’origine de 10% des prélèvements pour l’alimentation en eau potable en 2013 (613 millions de m³ sur les 5,6 milliards de m³ prélevés en France). Alors qu’en moyenne nationale le volume de ces prélèvements atteint 85 m³ par habitant par an, il va jusqu’à tripler dans les communes où l’intensité touristique est supérieure à 1.000 lits pour 100 habitants (classe 5). Entre 2002 et 2013, les plus fortes hausses (supérieures à 10%) ont été observées dans les Hautes-Pyrénées, les Côtes-d’Armor, les Hautes-Alpes, la Haute-Corse et la Vendée. Les prélèvements opérés par les activités sportives et de loisirs pèsent sur la ressource : c’est notamment le cas pour l’arrosage des golfs, le remplissage des piscines, la production de neige artificielle mais également les services d’hébergement et de restauration ainsi que les consommations directes des touristes, souligne l’étude qui note en outre que le traitement des eaux usées peut s’avérer délicat dans les territoires touristiques, surtout dans les communes de petite taille et/ou insulaires qui ont à gérer une forte augmentation de la population et des activités.
La consommation d’électricité croît également en fonction du taux de fonction touristique moyen des communes. Alors que la consommation moyenne d’électricité en basse tension s’élève à 3 MWh par an par habitant en France en 2014, elle est de 4,1 MWh dans les communes au taux compris entre 100 et 200 lits pour 100 habitants, de 5,3 MWh dans celles au taux compris entre 200 et 1.000 lits pour 100 habitants et atteint les 10,5 MWh dans celles à l’intensité touristique supérieure à 1.000 lits pour 100 habitants.

Difficile traitement des déchets

Les variations de populations occasionnées par le tourisme influent également sur la production de déchets ménagers et assimilés, note encore l’étude. Les territoires à forte intensité touristique produisent en moyenne une quantité de déchets ménagers et assimilés par habitant supérieure de 27% à la moyenne nationale, avec une part de déchets stockés dans ces territoires supérieure de 9 points à la moyenne nationale. A l’échelle départementale, les volumes collectés sont supérieurs à la moyenne nationale (573 kg/an par habitant) sur le littoral Nord-Ouest et une partie de la façade atlantique, précise le document. Au Sud, les tonnages sont particulièrement élevés sur le littoral méditerranéen et dans les Alpes, le long de la frontière italienne. Des territoires insulaires comme la Corse, et, outre-mer, la Guadeloupe et la Réunion collectent également des volumes significatifs de déchets.
Le traitement de ces déchets est aussi problématique. D’abord parce qu’il nécessite souvent une augmentation des fréquences de collecte et des surcapacités de stockage temporaires, voire parfois, pour certaines îles, un transfert vers le continent en vue de leur élimination ou de leur valorisation, faute d’installation de stockage adaptée. A ces difficultés liées au dimensionnement des infrastructures s’ajoutent des contraintes naturelles. C’est particulièrement le cas en milieu montagnard. Le relief réduit l’espace disponible et aménageable et l’isolement ou la dispersion de l’habitat compliquent encore les aménagements à réaliser. En outre, l’utilisation du réseau routier est souvent difficile, voire impossible à certaines périodes de l’année. La pluviosité et l’humidité en montagne peuvent par ailleurs aggraver la pollution causée par les déchets, en raison du ruissellement des eaux pluviales.
Un grand nombre de territoires touristiques abritent de surcroît des espaces protégés. « L’affluence des touristes, à proximité ou dans ces aires protégées, a un effet ambivalent, constate l’étude. D’un côté, elle témoigne de l’attractivité des espaces naturels et constitue un vecteur de sensibilisation à l’environnement et au développement durable. De l’autre, une surfréquentation de ces sites peut mettre en péril leur préservation et la capacité du milieu naturel à se régénérer ».

Attrait pour les destinations nature

Pour limiter les pressions sur les ressources naturelles et préserver l’environnement, les initiatives en matière de tourisme durable se développent, notamment depuis une vingtaine d’années, poursuit l’étude qui note qu’en France comme dans le reste de l’Union européenne, les destinations « nature » ont le vent en poupe. L’environnement est même devenu un critère important pour choisir son lieu de vacances. Parmi les pratiques qui contribuent à l’essor du tourisme durable, le document s’intéresse particulièrement à l’itinérance douce (déplacement fluvial, à vélo, à pied, à cheval). La France est ainsi la deuxième destination mondiale du tourisme à vélo, après l’Allemagne. Elle dispose de près de 12.000 km de véloroutes et voies vertes aménagées. Pour les adeptes de la marche, elle compte 65.000 km de sentiers de grande randonnée, 115.000 km d’itinéraires promenade et randonnée et 4.600 km de sentiers littoraux.

Un affichage environnemental disparate

L’étude note enfin que l’affichage « tourisme durable » se développe chez les professionnels (hébergeurs, restaurateurs, voyagistes…) à travers une floraison de labels, logos et marques. Mais cet affichage environnemental est aussi marqué par une forte disparité tant dans les critères et engagements (gestion efficace des ressources en eau et en énergie, achats responsables, non-recours aux pesticides, préservation du cadre de vie environnant…) que par les degrés d’exigence. A l’échelle européenne, la France détient le plus grand nombre d’établissements touristiques titulaires de l’écolabel européen « Service d’hébergement touristique » qui repose sur une démarche volontaire et une approche globale prenant en considération le cycle de vie du service incluant les achats, l’utilisation des installations et la gestion des déchets. 358 établissements l’arborent dans l’Hexagone contre 222 en Italie et 100 en Autriche. L’étude cite également le label Grand Site de France créé par l’Etat en 2002 qui marque la reconnaissance de la qualité de la préservation et de la gestion de ces sites dont le plus fréquenté aujourd’hui est celui de la Baie de Somme (2 millions de visiteurs par an, soit 80 fois la population résidente des communes concernées). Dernier exemple : le label Pavillon bleu, décerné aux communes et aux ports de plaisance qui mènent une politique de développement touristique durable. Avec 400 plages et 98 ports labellisés en 2016, la France est le deuxième pays à détenir le plus grand nombre de Pavillons bleus derrière l’Espagne.

 

EN SAVOIR PLUS

 

 

LE TOURISME ET LE LITTORAL : L’EXEMPLE D’ALICANTE (ESPAGNE)

MEDITERRANÉENNES

PAR Vicente Gozálvez, Juan Antonio Larrosa, Gabino-Antonio Martín-Serrano, S. Palazónet G. Ponce

L’urbanisation touristique qui occupe une bonne partie des 200 km de littoral de la province d’Alicante a permis depuis les années 1960 une diversification de l’économie, mais a provoqué un déséquilibre dans l’usage des sols et une dégradation des paysages naturels. La détérioration des zones humides, le modèle touristique de Benidorm (constructions en hauteur au centre, pavillonnaire dans les alentours, énorme parc thématique de loisirs Terra Mitica) et les politiques d’urbanisme de Santa Pola et de Elche sont autant d’exemples négatifs alimentés par la pression spéculative sur le foncier et la permissivité des autorités locales face à la demande nationale et étrangère.

 

 

Dans la province d’Alicante, le tourisme littoral a commencé son développement contemporain à Benidorm au milieu des années 1950. Durant les décennies suivantes il s’est étendu au reste du littoral de la province, en suivant des formes d’occupation du sol différentes, mais qui ont toujours évolué vers une plus grande densification par suite d’une demande croissante, nationale et d’Europe occidentale, sur des espaces limités.

60Les plus grandes disponibilités en plages de sable ont été en général bordées d’édifices en hauteur, tandis que la construction « horizontale » a été généralisée dans la dernière décennie, occupant des espaces sans cesse plus vastes  en se déplaçant vers les communes rurales d’une large frange pré-littorale et intérieure.

61Pendant les premières décennies, le tourisme a contribué à la nécessaire diversification économique, surtout par l’insuffisance croissante de l’agriculture minifundiaire dans les communes littorales et prélittorales. De son côté, le premier PGOU de Benidorm en 1956 a projeté un urbanisme de faible densité, mais immédiatement les acteurs économiques du tourisme obtinrent des dérogations sans cesse plus importantes en faveur des constructions en hauteur, afin d’augmenter la rentabilité des parcelles.

62Cependant le tourisme littoral, initiateur de la diversification économique, s’est transformé en un secteur d’activité qui dépasse et détruit les équilibres les plus élémentaires dans l’usage du sol, la conservation des paysages naturels et culturels, ou la consommation des ressources naturelles, comme l’eau parmi d’autres.

63Pour illustrer tout cela, nous avons donc analysé schématiquement quelques exemples paradigmatiques des modèles touristiques de la province d’Alicante, ainsi que les législations et les comportements des pouvoirs locaux qui les ont mis en place. Ainsi le modèle discutable de Benidorm, fortement réactivé par la dynamique du parc thématique de loisir de « Terra Mitica ». Le détestable exemple de Santa Pola, qui n’a pas hésité à détruire une bonne partie des magnifiques falaises de sa sierra et la moitié de ses surfaces forestières. L’éveil touristique, tardif et inquiétant, sur le littoral de Elche, où il semble que la défense des zones humides, pourtant déclarées « espaces naturels », importe peu ; alors que cette ville industrielle d’environ 200 000 habitants s’enorgueillit de ce que l’UNESCO ait reconnu deux éléments du Patrimoine de l’Humanité sur son territoire: la palmeraie historique de la ville et l’opéra religieux médieval du « Misteri de Elx ». De même les principaux jalons de la destruction de cinq zones humides sur le littoral sont mis en lumière: cette destruction est toujours liée à l’urbanisme touristique, trop proche où même installé dans certaines parties de ces marais, ce qui en outre met en péril la biodiversité de ces derniers. Ces dernières années, la législation en faveur de ces zones humides a connu des avancées, ainsi que la prise de conscience de l’opinion publique dans ce sens, mais il semble que la spéculation de l’urbanisme touristique, facilitée par la permissivité des autorités locales, ne soit pas près de s’arrêter.

64Finalement, au tournant du millénaire, l’urbanisation pour le tourisme résidentiel a repris, avec la prolifération de grands complexes résidentiels de pavillons (chalés) et de bungalows qui ont envahi de larges zones des communes pré-littorales sur des terrains agricoles  de secano (cultures sèches) et de monte bajo (garrigue). La revalorisation spéculative et le comportement des collectivités territoriales sont des appuis décisifs face à une demande nationale et internationale qui ne cesse de croître.

Le développement des économies locales des sports de nature dans les territoires touristiques et ruraux : L’exemple Ardéchois

TOURISME.REVUES.ORG

par Marc Langenbach

Le marché du tourisme sportif de nature est essentiellement constitué d’une part, par les entrepreneurs des sports de nature (professionnels de l’encadrement voire de la location de matériels spécifiques), ainsi que par les opérateurs du marché touristique qui utilisent les sports de nature comme des aménités (Langenbach, 2012). Toutefois, dans le milieu rural analysé ici, les principaux acteurs de l’économie spécifique aux sports de nature sont les entrepreneurs de l’encadrement marchand (Langenbach, 2012). Ce marché fonctionne suivant les mécanismes d’un système local, il fonctionne en référence à un territoire, à ses acteurs et à ses projets communs. Ce système est maintenu dans une dynamique par les actions de l’ensemble des éléments, qui tendent individuellement ou collectivement à marchandiser leurs activités (les sports de nature), à les mettre en tourisme, et ce faisant à maintenir un point de rencontre en leur offre et la demande.

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Au sein du marché, vu ici comme une organisation géographique, les caractéristiques de l’espace induisent des variations dans la localisation des entrepreneurs de l’encadrement : l’intensité de la demande, les cadres physiques de la ressource naturelle, la culture entrepreneuriale ou encore les politiques publiques d’accès aux sites de pratique (Mao et Bourdeau, 2008 ; Falaix, 2015). Ces caractéristiques interagissent pour construire un territoire autour du marché du tourisme sportif de nature.

L’hétérogénéité spatiale du tourisme sportif de nature (Corneloup et Bourdeau, 2004) permet de se concentrer sur le rôle de certaines variables dans le développement des sports de nature marchands : les ressources territoriales du tourisme sportif de nature. Le territoire et le tourisme sportif de nature se coconstruisent de manière complexe et l’approche par les ressources territoriales (Gumuchian et Pecqueur, 2007) permet d’intégrer cette complexité dans une analyse des caractéristiques de ces territoires.

La notion de ressource territoriale dans le tourisme sportif de nature

7L’économie du tourisme sportif de nature n’est pas un ensemble parfaitement homogène, mais un phénomène présentant de fortes spécificités locales. Les territoires ne possèdent pas tous les mêmes actifs pour fonder le développement du tourisme sportif de nature (Mao et al., 2009 ; Langenbach, 2012). Dès lors, ces éléments constituent autant d’indicateurs diffus, “les actifs territoriaux” (Gumuchian et Pecqueur, 2007), qui sont traités collectivement, activés par des acteurs ancrés territorialement pour en faire une ressource territoriale. Ce processus permet de les lier au sein d’un système et de les transformer en un élément moteur pour leur développement.

La notion d’actif territorial se définit par “des facteurs ‘en activité’, alors que par ressources il s’agira de facteurs à exploiter, à organiser, ou encore à révéler” (Colletis et Pecqueur, 2004). Les ressources constituent donc une réserve, un potentiel latent sur lequel les acteurs territorialisés agissent, opèrent. L’actif devient une ressource une fois valorisée et il permet à un espace de se spécifier, de se démarquer des espaces et des lieux génériques.

Les ressources ou actifs génériques se définissent aussi par leur totale transférabilité et transposabilité. C’est sur la base des ressources territorialisées que les acteurs locaux vont s’organiser entre eux afin de construire un projet de territoire et faire de ce dernier une “entité active” (Leloup et al., 2005). Ce postulat inscrit le concept de la ressource territoriale et ses actifs dans le cadre de l’économie territoriale où la compétitivité est en grande partie conditionnée par la spécificité et l’ancrage. Les actifs sont donc bien des indicateurs qui peuvent être à la fois transposés et modifiés pour devenir des piliers qui fonderont la ressource localement. L’échelle locale est ici l’échelle de base du développement et de la constitution des ressources territoriales.

Les outils fournis par le cadre d’analyse de la ressource territoriale permettent d’identifier les forces et faiblesses des territoires et plus particulièrement ici celles du tourisme sportif de nature. Dans ce cadre, la réalisation d’un diagnostic initial est un préalable essentiel (Mao et Dupuy, 2002). L’apport tient ici à la comparaison, sur la base de critères stables et complémentaires, de plusieurs territoires sous forme d’un “benchmarking territorial” (Carluer, 2007). Cette étape est une approche quantitative multivariée et croisée des actifs territoriaux thématisés qui caractérisent localement le tourisme sportif de nature. Les sports de nature se développent dans les espaces ruraux de manière globalement irrégulière et suivant un ensemble de critères spatiaux, économiques, environnementaux et sociaux ou politiques (Mao et al., 2009). Ces éléments se combinent et se recombinent localement pour former des territoires où les sports de nature sont attractifs sur les plans touristiques et sportifs, et économiquement compétitifs. Dès lors, les éléments qui caractérisent ces activités peuvent être quantifiés pour analyser le marquage qu’ils apportent aux filières locales (Mao et al., 2009).

La problématique est donc ici d’identifier la composition des configurations spatiales permettant le passage d’une ressource latente à une ressource spécifique, en s’appuyant sur le tourisme sportif de nature.

Le dispositif méthodologique utilisé dans le cadre de cet article doit donc permettre de comparer systématiquement les rôles des actifs territoriaux dans le développement des territoires du tourisme sportif de nature. Ce travail se base sur le cas du département rural de l’Ardèche en premier lieu suivant ses caractéristiques touristiques et sportives de nature intrinsèques (Langenbach, 2012). De plus, celui-ci est un département où, de manière globale, la constitution des ressources territoriales du tourisme sportif de nature est très fortement conditionnée par l’intervention de la sphère publique, puis son environnement naturel et dans une moindre mesure, mais toujours fortement par un tissu économique et une culture sportive de nature (Mao et al., 2009). Néanmoins, la sphère publique y agit de manière moins marquée que dans les départements touristiques, montagnards (Savoie et Haute-Savoie) ou littoraux (Alpes-Maritimes ; Mao et al., 2009). Les acteurs publics en charge des sports de nature et du tourisme sportif de nature axent dans ces départements le développement de leur territoire sur une filière touristique et sportive de nature large via un effet d’opportunité (Bourdeau, 2007). Ils se positionnent, dans ce cadre, comme coordinateurs, animateurs des projets de dynamisation de la filière. Plus spécifiquement, l’Ardèche est un département touristique français, non littoral ou montagnard, où le marché du tourisme sportif de nature est structuré et installé de manière forte et homogène (dans les quatre piliers des actifs territoriaux ; Langenbach, 2012). La mise en place précoce d’une commission territoriale de gestion de l’accès aux espaces sportifs de nature (la Cdesi ou Commission départementale des espaces, sites et itinéraires) démontre une volonté de la collectivité départementale ardéchoise de piloter une concertation tendant à promouvoir un développement maîtrisé loisirs sportifs de nature et notamment leur volet marchand. Le cas de ce département va donc permettre d’identifier des dynamiques micro-locales, territoriales, d’activation des ressources territoriales du tourisme sportif de nature.

La commune est l’échelon local retenu ici ; elle est privilégiée à l’intercommunalité comme référent géographique des indicateurs utilisés puisque, d’une part, les intercommunalités ne sont pas homogènes (les enjeux politiques, économiques voire environnementaux ou paysagers locaux engendrent des regroupements très hétérogènes) et, d’autre part, les compétences en matière de tourisme ou de sports de nature n’y sont pas intégrées de manières égales et transversales (Mao et Bourdeau, 2008). La commune a historiquement des missions touristiques (accueil, information, promotion, développement, exploitation d’équipements ; Vlès, 2003) qui lui confèrent naturellement une place importante dans l’accompagnement du développement de du tourisme sportif de nature. Les structures institutionnelles (conseils départementaux, délégations ministérielles) et sportives (comités départementaux des fédérations sportives) du département collectent des données au niveau communal dans un souci de transversalité de l’aménagement du territoire. Il n’existe pas de structures spatiales plus petites rassemblant des données à la fois homogènes localement et pertinentes à des fins de comparaison. En outre, les communes constituent des référents institutionnels très prégnants dans le développement des territoires ruraux. A ce titre, elles permettent une approche comparative fine des logiques à l’œuvre localement à l’intérieur de l’ensemble des sports de nature et entre l’économie locale des sports de nature et les autres économies locales. Enfin, cet échelon constitue le référent géographique le plus fin, le plus exhaustif et le plus utile dans l’approche spatiale des hétérogénéités dans la valorisation des actifs.

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Tourisme d’affaires : maximiser les retombées économiques sur les territoires

LAB TERRITORIAL

Tourisme d’affaires : maximiser les retombées économiques sur les territoires

Le Contrat de Filière « Rencontres d’affaires et événementiel », signé le 20 octobre 2016 par Matthias Felk, Secrétaire d’Etat au commerce extérieur, à la promotion du tourisme et aux Français de l’étranger et par Christophe Sirugue, alors Secrétaire d’Etat à l’Industrie, a reconnu l’importance du tourisme d’affaires pour les territoires français. La première signature du Contrat en Région par Provence Cote d’Azur Event le 3 février dernier nous donne l’occasion de revenir sur les perspectives de développement économique qu’offre cette industrie aux territoires.

Le tourisme d’affaires, un levier de développement économique réel pour les territoires

Un marché à 7,5 Milliard d’euros…

Si ses résultats sont moins largement médiatisés que pour le tourisme de loisirs, le tourisme d’affaires s’affiche pourtant comme une industrie très intéressante et très présente sur les territoires. C’est en effet un secteur qui pèse 3,5Mds€ de CA cumulé, 7 000 entreprises et 13 000 salariés. Au-delà des retombées pour les acteurs de la filière, c’est également un secteur qui génère aujourd’hui 7,5 Mds€ de retombées économiques et qui représente 120 000 emplois en France Métropolitaine. C’est également un secteur particulièrement intéressant pour les territoires car un touriste d’affaires dépense davantage qu’un touriste de loisirs (des études datant de quelques années chiffrent ce multiple entre 1,8 et 5 selon les estimations). Ainsi, à Montpellier, par exemple, un touriste d’affaires dépense 150€ par jour contre 60€ pour un touriste de loisirs.

Dépendant de la bonne santé des entreprises consommatrices de tourisme d’affaires, le secteur a beaucoup souffert de la crise de 2008-2009, les entreprises revoyant à la baisse leurs budgets dédiés au tourisme d’affaires. D’après Coach Omnium, qui réalise chaque année une étude conjoncturelle sur l’activité du secteur, il en résulte depuis une activité variable, en dents de scie, sans visibilité d’une année sur l’autre. Cette conjoncture imprévisible a rendu ce marché très concurrentiel, les destinations devant surperformer leurs concurrents français, européens ou mondiaux pour espérer attirer les évènements chez eux.

… aux retombées économiques doublement territorialisées

Pour un territoire, l’intérêt de cette industrie réside dans sa capacité à générer deux types de retombées : au travers des bénéfices réalisés par les acteurs de la filière locale mais également des bénéfices réalisés par les entreprises locales participant à des rencontres professionnelles.

D’une part, le tourisme d’affaires, de par l’organisation d’évènements territorialisés, génère un chiffre d’affaires qui bénéficie aux professionnels de l’organisation (dépenses engagées pour réaliser une manifestation) et aux professionnels du tourisme (dépenses engagées par les touristes d’affaires chez les hébergeurs, restaurateurs…). A ces retombées directes, il faut également ajouter les retombées indirectes et induites, comme pour toute autre activité.

  • Les retombées indirectes se caractérisent par la réalisation de dépenses auprès de professionnels non-affiliés à la filière ou non-touristique mais qui bénéficient à l’économie locale (services à la personne, commerce…).
  • Les retombées induites, quant à elle, désignent les dépenses réalisées par les entreprises bénéficiaires de retombées directes ou indirectes, voire par leurs salariés (dépenses de consommation courantes).

D’autre part, le tourisme d’affaires stimule la rencontre entre entreprises, la mise en œuvre de démarches commerciales privilégiées lorsque tel ou tel évènement rassemble l’ensemble de la chaine de valeur d’un marché. Ces espaces apparaissent ainsi comme des

accélérateurs du développement des entreprises.
Ainsi, même si un événement ne se déroule pas sur un territoire considéré, celui-ci en bénéficiera tout de même, au travers des succès commerciaux que ses entreprises locales pourront obtenir, qui se traduiront localement par davantage de création de valeur et in fine d’emplois (qui eux-mêmes auront pour retombées induites de stimuler la consommation locale). Unimev estime ainsi que les salons et les foires ont permis de générer 30,5 milliards d’euros de chiffre d’affaires en 2015, avec 17,5 millions de contrats signés. Pour les entreprises exposantes, Unimev estime un ROI de 2 en sortie d’évènements et de 8, 2 à 10 mois après l’évènements.Sur le plan territorial, ce sont les entreprises d’Ile de France (qui représente 57% de l’ensemble de l’activité avec plus 17 milliards d’€ de CA générés), d’Auvergne-Rhône-Alpes et de PACA qui réalisent les chiffres d’affaires les plus importants lors d’évènements professionnels.

Les chiffres présentés ci-dessus atteste du poids du tourisme d’affaires dans le développement économique du territoire. C’est toutefois un secteur très concurrentiel, dont l’évolution de l’activité est peu prévisible d’une année sur l’autre.

Un marché très concurrentiel qui pousse les destinations à se professionnaliser

Quelle place des territoires français sur le marché du tourisme d’affaires ?

La France apparaît comme l’une des premières destinations mondiales de tourisme d’affaires, se plaçant à la 5e place du classement ICCA en 2016 et Paris ayant longtemps tenu la première place (2e en 2016). Par ailleurs, la France propose une des premières offres d’Europe en matière d’équipements disponibles pour le tourisme d’affaires et comptabilise 120 centres de congrès sur le territoire, témoin d’un engouement des élus locaux pour le tourisme d’affaires et ses retombées multiples.

Malheureusement, l’ensemble de ces équipements ne présente pas la même attractivité et on observe une grande hétérogénéité dans leur taux d’occupation annuelle. L’OJS, observatoire de la filière événement, indique qu’en 2015, le taux moyen d’utilisation était de 34%, peu représentatif de la majorité des sites d’accueil professionnels interrogés. L’activité nationale se concentre par ailleurs sur les évènements de moins de 500 participants, qui représentent 61,5% des évènements professionnels organisés en France.

Ainsi, face à un marché tendu et imprévisible, la réalité de l’activité des territoires en matière de tourisme d’affaires est circonscrite à une zone de rayonnement local ou régional.

Les grands évènements (à partir de 300 participants selon l’Union of International Association) ou évènements internationaux ne sont la réalité que de quelques destinations, concentrées en Ile de France et sur le bassin méditerranéen. En conséquence, ces destinations françaises font avant tout face à une concurrence européenne et mondiale dans l’attraction de ces grands évènements et qui déploient des moyens et des stratégies particulièrement efficaces.

Une concurrence européenne et mondiale qui pousse à la mise en œuvre de stratégies agressives pour attirer les organisateurs d’évènements

Singapour, Dubaï, Barcelone, Bruxelles… autant de destinations qui s’affichent comme les leaders du tourisme d’affaires mondial.

Ces positionnements sont généralement le résultat de politiques publiques de long terme mise en oeuvre en faveur du développement du tourisme d’affaires. On observe ainsi la création d’agences ou d’associations qui bénéficient d’équipes dédiées (entre 10 et 20 personnes dans les exemples cités ci-dessous), de budgets significatifs (subventions publiques et recettes issues des prestations réalisées par les équipes dédiées au tourisme d’affaires), qui s’affichent comme le point d’entrée unique de tout opérateur-organisateur et en charge de délivrer un premier niveau de services d’accompagnement à la réalisation du projet de l’opérateur-organisateur.

Si l’offre de services est souvent classique, le niveau de professionnalisme, lui, est à retenir.

A Barcelone, les organisateurs témoignent d’un suivi et d’une assistance du début à la fin du projet. L’équipe du Barcelona Convention Bureau devient alors un centre de ressources pour l’opérateur. Même si celui-ci ne réalise pas lui-même le service, il est en capacité, de par sa connaissance de l’écosystème touristique local et de par ses partenariats privilégiés, d’indiquer le contact, la marche à suivre à l’opérateur. Cette offre de services est parfois renforcée de modules spécifiques à la destination. A Bruxelles, par exemple, il est proposé un accès privilégié aux institutions et personnalités politiques européennes.

Plus généralement, l’action des acteurs publics dans ces destinations phares du tourisme d’affaires est déployée à trois échelles :

  • Promotion de la destination avec des partenaires locaux : à titre d’exemple, en 2014, le Dubaï Business Event a lancé une campagne de communication et marketing commune avec la compagnie aérienne Emirates pour un montant total de $20M.
  • Mise en place d’une offre de services à destination de clients souhaitant organiser un événement sur le territoire en partenariat avec les professionnels du tourisme d’affaires locaux (opérateurs d’évènements, palais des congrès, hébergement, restauration…). L’offre de services a vocation à faciliter le parcours client de l’organisateur et par la même, l’expérience utilisateur du congressiste (points d’informations en gare ou à l’aéroport, navettes reliant les points d’arrivée aux hôtels, wifi disponible dans les espaces de congrès/conventions…). Par exemple, à Paris, le Comité Régional de Tourisme, Viparis et Aéroports de Paris ont développé un Pack Accueil incluant des navettes gratuites, des opérations de pavoisement pour les évènements les plus importants, un service de conciergerie…
  • Mobilisation et accompagnement à la montée en gamme de l’écosystème de professionnels locaux. Dans cette optique, le Singapore Exhibitions & Convention Bureau a ainsi créé le Kickstart Fund récompensant jusqu’à 100 000€ les évènements innovants ou les innovations développées pour améliorer l’expérience utilisateur des évènements organisés à Singapour. L’agence gouvernementale est également à l’origine de la création du Training Industry Professional in Tourism qui encourage la formation continue des professionnels du tourisme.

L’étude des modes d’organisation et de travail des destinations phares du tourisme d’affaires mondial doit permettre d’inspirer les territoires. Il est certain qu’il ne s’agit pas de penser que tous les territoires pourront s’organiser de manière à attirer de grands évènements. Il est toutefois possible d’identifier quelques facteurs clés de succès qui peuvent être mis en place pour maximiser les retombées économiques territoriales des évènements professionnels.

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