POINTS DE VUES CRITIQUES

Chine : la « nouvelle route de la soie » est-elle viable ?

GLOBALVOICES

La Chine a frappé les esprits avec le forum mondial très médiatisé qu’elle a consacré à son projet “One Belt, One Road” ou nouvelle Route de la soie, tenu à Pékin les 14 et 15 mai 2017. Le schéma d’investissements, intéressant quelque 65 pays, se propose de réaliser une collection d’infrastructures et d’échanges commerciaux qui stimuleront la croissance économique mondiale et relieront les continents asiatique, africain et européen.

Le Président chinois Xi Jinping s’est engagé pour 124 milliards de dollars US lors du forum pour asseoir le rôle moteur de la Chine dans cette nouvelle mondialisation.

Malgré le battage de la presse et de la télévision, les censeurs ont commencé au lendemain du forum à empêcher les Chinois de commenter le plan sur les médias sociaux. Bon nombre d’internautes avaient exprimé leur scepticisme sur ce projet pharaonique au moment où l’économie se débat avec les surcapacités, la hausse vertigineuse des prix de l’immobilier et la bulle du crédit.

A part les réactions sceptiques, de nombreux blogueurs chinois ont discuté du projet de manière positive. Ainsi, “Lucky Star No. 1”, écrivant sur le forum en ligne Tianya, a expliqué en mots simples comment la Chine pouvait redémarrer l’ordre économique mondial et devenir le patron grâce au projet de Nouvelle Route de la Soie (aussi appelé “One Belt, One Road”) :

Le principe de “One Belt, One Road” est d’investir dans les infrastructures des pays environnants et de les transformer en fournisseurs de matières premières et de marchés pour nos produits. Il y a un énorme gain économique généré par ce rôle moteur dans le projet et un retour sur investissement raisonnable.

On peut voir que l’investissement est énorme, le risque est énorme, et le retour est super-énorme. Seule une entité économique super forte (condition nécessaire) équipée de la puissance politique et militaire peut entreprendre ce projet. Si vous n’avez pas la puissance économique, l’investissement de départ vous entraîne au fond…De même, si vous n’avez pas la force politique et militaire, et que votre main n’est pas assez ferme, vous ne pouvez pas entreprendre le projet. L’Histoire a prouvé que seul le pays fort a des “amis”. Si vous êtes faible, quelqu’un d’autre prend les commandes.

La stratégie est de se transformer en patron du village global plutôt qu’en ouvrier.

Si beaucoup d’utilisateurs du forum Tianya ont répété le rêve ci-dessus de dépasser les USA et l’Europe dans l’ordre économique mondial grâce au projet Belt and Road, certains ont souligné dans le fil  de discussion les problèmes économiques intérieurs non résolus. Pendant l’écriture de cet article, le fil de commentaires a été rendu inaccessible à ceux qui n’étaient pas enregistrés, signe peut-être que le sujet est sensible.

Une personne a écrit :

La Chine n’a pas réglé les problèmes de son secteur productif. Tout l’argent est piégé dans l’immobilier, et la restructuration industrielle marque le pas. Les projets d’investissement à l’étranger ne peuvent pas résoudre le problème du chômage interne, cessons de nous vanter. Pourquoi les États-Unis doivent-ils baisser les impôts et développer un secteur productif ? Est-ce qu’ils sont idiots ? Ils ont une longueur d’avance. Ce dont il faut avoir peur, c’est d’un concurrent plus fort et plus travailleur que soi.

L’argent est gelé sur le marché des actions, dans l’immobilier, l’argent des gens ordinaires est gelé et d’où à part cela peut venir l’argent pour One Bell One Road ? La promesse de la convertibilité du yuan a-t-elle été tenue ? Si la planche à billets continue à fonctionner, comment la libre circulation du yuan sera-t-elle possible ?

Un autre utilisateur a commenté :

L’économie de la Chine est maintenant “en forme de L”, la principale raison en est qu’elle n’a pas modernisé ses industries…

La seule route conduisant à la réalisation du rêve chinois est la modernisation industrielle, la concentration des efforts sur les produits de technologie avancée de façon à pouvoir nous extraire du cercle vicieux de la forte consommation énergétique, de la grave pollution, et de la faible rentabilité.

Malheureusement, c’est toujours le chemin de l’investissement dans les infrastructures que nous prenons. la construction d’infrastructures est saturée, avec pour résultat une dette intérieure stratosphérique, nous dessinons alors un cercle hors du pays pour exporter du béton. Sans parler du risque dans l’investissement, pouvons-nous accéder au stade de pays avancé avec des projets de travaux publics ? … Le résultat le plus probable de l’investissement en infrastructures à l’étranger est que le projet les rendra compétitifs sur le marché manufacturier de bas de gamme. Ces pays sont pauvres et ils ont une main d’œuvre abondante. Comme le Vietnam et l’Indonésie. Quand le temps est venu, vos amis deviennent vos ennemis sur le marché du bas de gamme.

Le gouvernement dit avancer de puis des années dans la restructuration de son modèle économique obsolète et la réduction des surcapacités et de l’endettement, mais selon toutes apparences la croissance chinoise reste tirée par le boom de l’immobilier.

Le plan One Belt, One Road pourrait aussi compliquer les efforts de Pékin pour juguler la fuite des capitaux qui pèse sur l’économie. De nombreux internautes ont rappelé l’article d’un organe de presse officiel écrit en 2015, selon lequel 90 % des compagnies chinoises qui investissent à l’étranger perdent de l’argent au lieu de faire des profits. Citant l’article, l’utilisateur de Twitter @szeyan1220 pense que les investissements à l’étranger sont utilisés par les fonctionnaires corrompus pour transférer une immense part de leur richesse hors de Chine :

Wang Wenli, le vice-président de l’Association de Promotion de l’économie et du commerce de la Chine a dit que, “Dans l’ensemble, les investissements à l’étranger des compagnies chinoises sont infructueux. Il y a environ 20.000 compagnies chinoises qui investissent à l’étranger, et 90 % d’entre elles perdent de l’argent”. Si la majeure partie de l’investissement à l’étranger est à perte, pourquoi continuer ? A des fins de blanchiment ? Pour transférer ses actifs hors de Chine ? Nouvelle Route de la Soie. Ceux qui prennent l’argent trouvent leur route, et l’argent est pris aux gens ordinaires.

L’énormité des investissements et le flux continu des sorties de capitaux auront pour résultat l’inflation, a déclaré l’universitaire chinois Zhang Lifan à Voice of America, média financé par les USA :

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Zhang Lifan : L’effet négatif de Belt and Road c’est la dépense. Depuis de longues années, le pays est riche et les gens sont pauvres. L’inégale distribution de la richesse conduit à un très grave problème de disparité. Sur l’internet, les gens se plaignent constamment que l’argent dépensé est celui des contribuables et qu’il devrait servir à la santé. Beaucoup d’économistes doutent de la viabilité de la Nouvelle Route de la Soie et prédisent les divers risques potentiels. Mon avis est que cela ressemble à dépenser de l’argent.

Zhang a ensuite explicité sur Twitter ce qu’il entendait par “dépenser de l’argent” :

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Je suis un simple observateur, plutôt qu’un opposant [au projet]. Le spectacle ressemble trop au gala annuel de la Fête du Printemps [càd trop idéologique] et je donne un avis négatif. En disant “dépense de l’argent” je ne vise pas la dette étasunienne détenue par la Chine mais l’impression excessive de yuans. Le bloc de l’élite au pouvoir dévalue le yuan, d’où l’inflation et la disparité entre riches et pauvres. La richesse confisquée au peuple sera changée en monnaie étrangère, investie hors frontières ou déposée dans des comptes bancaires de paradis fiscaux aux Caraïbes, au Panama ou en Suisse. Le projet de Nouvelle Route de la Soie offre une nouvelle opportunité de dépenser de l’argent.

De fait, le projet promet de dépenser 5.000 milliards de dollars US rien que dans les cinq prochaines années, et en Asie, l’investissement atteindra 2.5000 milliards de dollars US dans la prochaine décennie. Mais selon certaines estimations, plus de la moitié des pays qui ont accepté chez eux des infrastructures de la nouvelle Route de la Soie ont de mauvaises notes de crédit et le risque de défaillances est très élevé. Si les pays partenaires peuvent aisément reculer, la Chine, en tant qu’initiatrice du projet, devra rester en piste jusqu’au bout.

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