DECORTIQUAGES

Egypte : 2e place économique en Afrique ?

SENAT

rapport de MM. Jérôme Baconin, chef du service économique en Égypte de la direction générale du Trésor, et Ludovic Prévost, directeur de Business France en Égypte.

M. Arnaud FLEURY – Nous allons à présent faire un point sur la situation économique de l’Égypte et sur le potentiel de son marché, avec MM. Jérôme Baconin, chef du service économique en Égypte de la direction générale du Trésor, et Ludovic Prévost, directeur de Business France en Égypte.

M. Jérôme BACONIN, chef du service économique en Égypte de la direction générale du Trésor – Monsieur le ministre du commerce et de l’industrie, Madame la présidente du groupe interparlementaire d’amitié France-Égypte, Monsieur l’ambassadeur, Mesdames et Messieurs, j’ai pris mon poste au Caire en septembre dernier, au moment où tout était en train de changer.

On vous a dit que ce pays avait vécu deux révolutions politiques, la première en 2011, la seconde en 2013. Nous sommes en train d’en vivre une troisième – au moins aussi importante – la révolution économique. Elle sera peut-être un peu plus longue à réaliser que les révolutions politiques. Le ministre des finances égyptien disait il y a peu que le pays avait trois ans pour faire ce qui aurait dû être fait il y a trente ans.

On est en train de démarrer la phase des trois ans, et c’est une véritable révolution puisque ce pays va passer d’une économie très largement administrée à une économie utilisant le secteur privé comme moteur de la croissance.

On a beaucoup insisté sur le fait que la population égyptienne croît de deux millions de personnes par an. C’est à la fois un atout, mais aussi un défi.

L’autre grand défi, c’est la proportion de terres habitables et de désert. Imaginez 90 millions d’habitants dans une région équivalente à la Bourgogne-Franche-Comté, avec le désert autour : c’est tout le défi auquel est aujourd’hui confrontée l’Égypte en termes de terres viables. Il s’agit d’un défi phénoménal, d’où les grands projets d’infrastructures qu’évoquait tout à l’heure M. Tarek Kabil.

Le PIB égyptien reste l’un des plus importants d’Afrique – c’est le second derrière celui d’Afrique du Sud, devant le Nigeria. L’Égypte a un taux de croissance régulier, sans disposer des atouts en hydrocarbures dont a pu disposer le Nigeria, d’où une plus forte résilience que le Nigeria.

Le PIB est peu élevé à l’échelle européenne mais, en parité de pouvoir d’achat (PPA), on « flirte » avec les niveaux de l’Albanie.

L’économie est en outre diversifiée, et chacun peut y trouver sa place.

Je parlais de résilience : même lorsque l’Égypte a été confrontée à des difficultés très profondes, durant les révolutions de 2011 et de 2013, durant les périodes laquelle la gestion économique du pays n’était alors pas la priorité des gouvernants de l’époque, nous n’avons jamais connu une situation de récession. L’existence d’une légère croissance a permis au pays de maintenir la tête hors de l’eau. Néanmoins, on était alors largement en-dessous des potentiels.

On répare aujourd’hui les dégâts. Pour créer des emplois et absorber la population qui entre tous les ans sur le marché du travail, il faudrait atteindre une croissance de 7 %. On en est loin. C’est ce qui explique un taux de chômage structurel assez élevé. On espère que le retour d’une croissance plus structurée permettra d’améliorer la situation.

M. Arnaud FLEURY – Peut-on parvenir à 7 % ?

M. Jérôme BACONIN – Le FMI assure que le potentiel actuel, avec les réformes envisagées, va tourner autour de 6 %. On devrait y arriver vers 2020.

La croissance a été essentiellement portée par la consommation durant des années. L’enjeu de l’Égypte est aujourd’hui d’inverser la tendance pour obtenir une croissance plus portée pas les investissements, où les exportations ne pèsent plus sur le PIB de manière négative, comme durant des décennies, afin de reprendre un cours positif. C’est l’enjeu du pays pour les années à venir.

Ce pays est structurellement desservi par un déficit public trop important pour sa capacité réelle d’absorption, compte tenu d’un taux de fiscalité très faible. L’Égypte avait pour habitude de financer son déficit par une émission de dette sur les marchés essentiellement domestiques, dette in fine financée contre le développement de l’économie, le secteur bancaire préférant financer la dette plutôt que l’économie.

La difficulté est d’inverser la tendance, 80 % des dépenses budgétaires faisant partie des dépenses récurrentes. L’objectif est donc de les réduire, notamment les subventions, de manière à consolider les finances publiques et réduire ce déficit de manière structurelle. C’est l’un des grands enjeux du moment.

Aujourd’hui, le déficit de l’Égypte est supérieur à ce que l’on retrouve dans les pays qui ont le même type de notation souveraine, soit B stable, pour mémoire, selon Standard & Poor’s.

Comment la crise que traverse aujourd’hui l’Égypte est-elle survenue ? Le pays était assis sur une série de rentes en dollars et en vivait confortablement.

Il exportait peu et voyait les dollars entrer pour financer ses exportations, grâce à un solde positif des hydrocarbures, des recettes touristiques conséquentes, au transfert en grand nombre de ses immigrés établis dans la péninsule Arabique ou les pays du golfe Persique, et aux redevances du canal de Suez.

Pour son malheur – mais c’est aussi sa chance – ces sources de dollars et de devises étrangères, toutes soumises à des aléas externes et à une conjoncture que le pays ne maîtrisait pas, se sont taries à peu près en même temps.

Pour l’instant, la crise des devises est profonde. Les soldes d’hydrocarbures sont devenus négatifs vers 2013-2014, au moment où les gisements de gaz ont fini par s’épuiser. Il a donc fallu se mettre à en réimporter. Ceci a motivé l’Égypte au moins sur un point : il a fallu développer presque en urgence une politique de prospection.

Par chance, on a très vite découvert le gisement de Zohr. Il faut en attendant gérer une période de transition durant laquelle l’Égypte sera structurellement importatrice en devises fortes.

Le second aléa, à peu près à la même époque, a été touristique. Malgré les révolutions, les choses avaient repris en 2014, après un gros creux en 2013.

En octobre 2015, après l’attentat contre l’avion russe, le tourisme en Égypte a été divisé de moitié pendant un an.

M. Arnaud FLEURY – Les choses repartent-elles à présent ?

M. Jérôme BACONIN – On l’espère. Pour l’instant, seuls les Chinois reviennent, pour dire la vérité. On ressent un frémissement.

La troisième source de devises qui soit restée à peu près stable, après avoir été longtemps en croissance, est celle des émigrés égyptiens dans le golfe Persique et en Arabie saoudite. Tant qu’il y avait du travail dans ces pays et que le baril de pétrole était au taux que nous avons connu, les choses allaient bien. Quand le prix du baril s’est effondré, les remittancies des migrants se sont elles aussi effondrées. Le volume des transferts a donc fortement baissé durant cette période.

Enfin, le dernier aléa concerne les revenus du canal de Suez. Comme le ministre l’a déjà dit, on a doublé la capacité du canal, mais on a oublié que le commerce mondial a eu au même moment tendance à se rétrécir. Les revenus n’ont donc pas augmenté. Ils se sont tout au plus stabilisés, mais la fin de la période a connu un infléchissement.

D’avril à juin 2016, les ressources en dollars de l’Égypte se sont peu à peu dégradées, jusqu’à parvenir à la situation qu’on a connue du courant de l’été à octobre 2016, période durant laquelle on ne trouvait plus de dollars sur le marché égyptien.

La balance des comptes courants s’est effondrée elle aussi. Elle s’est très gravement infléchie de fin 2014 jusqu’en 2016, ce qui correspondait au moment où tous les voyants de rentes en dollars ont commencé à s’afficher en orange, puis en rouge.

Pour mémoire, le déficit de la balance des comptes courants était, fin 2016, de l’ordre de 14 %, pour un déficit de la balance des paiements de 2,8 milliards de dollars. L’Égypte n’était absolument pas capable d’absorber ce choc.

Fonctionnant selon un régime de parité fixe entre la livre égyptienne et le dollar, forte de son système de rentes, l’Égypte a, durant toute la période révolutionnaire, de 2011 à 2013, administré son économie suivant un système de caisse et non de comptabilité. On a puisé dans les réserves, sans penser qu’elles n’allaient pas forcément se renouveler automatiquement.

Entre fin 2010 et fin 2014, moment où l’on sort de ces périodes troublées, les réserves de la Banque centrale d’Égypte ont chuté de 35 milliards à 16 milliards de dollars, sans que les rentes ne reprennent pour reconstituer les réserves.

À un moment donné, il n’y a plus suffisamment de ressources pour défendre la parité fixe avec le dollar. Le marché parallèle se développe et, en même temps, la crédibilité de la parité devient nulle en fin de période. C’est le marché noir, devenu le marché tout court, qui dicte le taux de la livre égyptienne par rapport au dollar.

L’Égypte, en juin-juillet 2016, après l’échec de la dévaluation du mois de mars, s’est trouvée confrontée à une disparité complète entre marché parallèle et taux officiel. Elle a fini par faire appel au FMI, ne pouvant plus reconstituer ses rentes au moment où elle en avait besoin. C’est en cela que cette crise a constitué une chance pour l’Égypte, puisqu’on a pris conscience que les choses ne pouvaient plus durer ainsi : on ne peut continuellement vivre avec des rentes en dollars soumises à des aléas externes. Il faut, à un moment donné, rebâtir l’économie.

L’Égypte, ainsi que l’expliquait M. Kabil tout à l’heure, est donc en train de rebâtir une économie, et bénéficie de différents avantages tirés de la crise : gain de compétitivité, consolidation des infrastructures et des finances publiques, et développement d’une industrie productrice afin de transformer l’Égypte en pays exportateur, ce qu’elle n’est pas encore suffisamment aujourd’hui.

L’intervention du FMI traduit la confiance qu’inspire l’Égypte. On a la certitude que le pays va être obligé de réaliser les réformes auxquelles elle s’est engagée. Il s’agit d’un aiguillon qui va l’aider à accomplir ce changement.

L’Égypte commence à réaliser quelques-unes des réformes qu’elle doit mettre en place. La plus importante est la décision de laisser totalement flotter la devise, prise le 3 novembre dernier. À partir de ce moment, l’Égypte a déclaré faire confiance aux marchés pour fixer la parité entre la devise nationale et les devises étrangères. La Banque centrale d’Égypte s’est engagée à ne pas intervenir concernant l’évolution de la parité de sa devise nationale. La parité par rapport au dollar ou à l’euro est donc chaque jour différente. « So far, so good » ! L’Égypte tient sa parole, et c’est bel et bien le marché qui fixe aujourd’hui le taux de parité entre la devise égyptienne et les devises étrangères.

Tout le reste en découle : en effet, le fait d’administrer l’économie comme auparavant fait perdre toute crédibilité à la fixation de la parité par le marché. Toute une série de lois ont été engagées, sur lesquelles je ne reviendrai pas. Parmi elles, un volet est lié à la consolidation budgétaire. C’est une question de crédibilité vis-à-vis des marchés financiers : on s’engage sur une réduction du déficit structurel, en échange de quoi on peut revenir sur les marchés internationaux pour commencer à financer la dette sur le marché international.

L’Égypte est en effet revenue sur les marchés, après une absence de plus de deux ans, avec un très grand succès, pour lever 4 milliards d’eurobonds fin janvier. Preuve de son succès, cette émission a connu trois fois plus de demandes que ce que l’Égypte était prête à accepter.

Effet positif, la signature de l’Égypte est maintenant prise au sérieux sur les marchés. Le taux d’intérêt de ses émissions a par ailleurs été bien inférieur à ce qui était attendu et, surtout, le pays a placé plus d’un milliard et demi de ses émissions à trente ans, ce qui est un joli pari sur le potentiel et l’avenir de sa croissance. C’est là la plus belle des démonstrations pour l’avenir de l’Égypte.

M. Arnaud FLEURY – La contrepartie réside quand même dans l’inflation. Comment la voyez-vous ?

M. Jérôme BACONIN – Elle atteint en effet aujourd’hui 30 %, ce qui est difficile pour l’Égyptien moyen. Le point positif réside dans le fait que cette inflation est essentiellement tirée par l’effet de change, et non par la demande. Quand celui-ci s’atténuera – ce qui devrait être bientôt le cas – la baisse devrait s’enclencher.

Cette inflation a progressé très rapidement. Un grand nombre d’augmentations liées à la baisse des subventions sur l’énergie ont été enregistrées les premiers mois. Elles sont à présent digérées. Le pic d’inflation reste à venir d’ici la fin du trimestre, mais l’effet de cloche devrait commencer à aller dans le bon sens à partir de mars-avril.

M. Arnaud FLEURY – À combien pourrait-on arriver ?

M. Jérôme BACONIN – Il est difficile de le savoir. Le FMI prévoit 18 % en moyenne annuelle. On sera probablement un peu au-dessus, aux alentours de 20 %.

M. Arnaud FLEURY – Ceci ne doit être guère facile à vivre pour la population…

M. Jérôme BACONIN – Il faut en effet que tout ceci soit absorbé par la population. 30 % d’entre elle vit sous le seuil de pauvreté, et 20 % est pauvre, soit 50 millions d’habitants. Il ne faut pas qu’elle subisse un trop fort impact. Toute une politique d’augmentation des subventions alimentaires et numéraires leur est destinée pour leur permettre d’assimiler le choc et éviter que cette révolution économique ne se transforme en révolution sociale.

Après presque quatre mois, les choses semblent tenir. On n’a pas enregistré de remous dans la population, qui s’exprime dans les médias, mais pas encore dans la rue. Il semble que les mesures qui ont été prises et la communication du gouvernement les aient fait patienter. Il ne faut toutefois pas que cela dure trop longtemps. Ce qui devrait être le cas, l’effet positif des réformes engagées depuis novembre commençant à se faire sentir.

Tout d’abord – et c’est la source du succès – les dollars reviennent dans le système bancaire. En novembre, on n’en trouvait plus. Même les dollars qui circulaient au marché noir restaient à un niveau très faible. Les transferts des migrants réintègrent le système bancaire, ce qui n’était pas le cas il y a trois ou quatre mois, avec un niveau supérieur à il y a un an.

De plus, le flottement a finalement eu pour effet d’éliminer quasiment le marché parallèle. C’est le système bancaire qui a pris la relève.

En outre, depuis maintenant deux semaines, toute une série d’indicateurs très positifs apparaissent. Les non-résidents commencent à revenir sur le marché égyptien des bons du trésor pour en acheter de manière significative.

Le marché domestique ne va plus être seul à absorber les émissions de dettes publiques sur le marché national, et les investisseurs étrangers vont s’intéresser à nouveau significativement à la dette égyptienne en devises nationales.

Par conséquent, les taux d’intérêt sur les bons du Trésor commencent à s’infléchir.

Les étrangers non-résidents reviennent aussi sur le marché boursier du Caire.

Enfin, la livre égyptienne se renforce régulièrement depuis deux semaines, signe qu’on a probablement absorbé une partie des demandes des entreprises en dollars dans les banques. Aujourd’hui, c’est bel et bien l’offre et la demande qui régit l’évolution du taux, de manière positive à ce stade.

M. Arnaud FLEURY – Qu’en est-il du secteur financier ?

M. Jérôme BACONIN – Le secteur bancaire continue à être rentable et solide, avec des ratios de solvabilité qui répondent aux obligations réglementaires.

De plus, l’Égypte a des ambitions en matière d’attractivité économique, notamment pour améliorer son classement en matière d’attractivité vis-à-vis des investisseurs. Le pays, qui a aujourd’hui beaucoup de retard, affiche des ambitions assez fortes.

Mon bureau à l’ambassade est toujours ouvert. J’accueille déjà beaucoup d’entreprises, mais on peut en accueillir davantage. Vous êtes les bienvenus au Caire si vous avez besoin de renseignements sur l’évolution de l’Égypte. Cela ne va pas durer éternellement. On finira par entrer dans un rythme de croisière. Pour le moment, il existe des opportunités. Il faut les saisir.

M. Arnaud FLEURY – Merci pour cette présentation relativement optimiste. M. Ludovic Prévost va à présent nous entretenir des opportunités sectorielles que l’on trouve dans le pays.

M. Ludovic PRÉVOST, directeur de Business France pour l’Égypte – Je ne pourrai être exhaustif, mais je suis à la disposition des entreprises pour discuter plus particulièrement d’un secteur ou d’un autre.

L’Égypte est une économie diversifiée. Il est important de le dire, car cela constitue des opportunités sectorielles pour les entreprises, mais je voulais également relever le poids du secteur public dans l’économie égyptienne, qui pèse pour 10,5 % de l’activité et représente 30 % des investissements du pays.

Les accords de libre-échange actuellement en vigueur dans le pays sont nombreux. Cela en fait un tremplin pour se projeter vers le Moyen-Orient et l’Afrique, comme l’a déjà indiqué le ministre du Commerce et de l’Industrie égyptien.

Enfin, grâce à un accord d’association entre l’Union européenne et l’Égypte, la quasi-totalité des biens originaires de l’Union européenne entrent aujourd’hui en franchise de droits de douane sur le marché égyptien. C’est un fait que ne connaissent pas toujours les entreprises.

Quant au commerce extérieur, le principal partenaire de l’Égypte reste l’Union européenne, avec un peu plus de 31 % des échanges, les pays arabes et les pays d’Asie pesant pour un peu moins de 20 % et la Chine représentant elle-même 35 % du total.

Sur l’exercice fiscal 2015-2016, ce sont les Émirats arabes unis qui étaient redevenus le premier partenaire de l’Égypte, suivis par la Chine et l’Allemagne, qui reprend la troisième place, qu’elle n’avait plus occupée depuis 2010.

Les États-Unis, encore premier partenaire de l’Égypte l’année dernière, ont fortement reculé, pour atteindre la cinquième place, avec une diminution des échanges de près de 37 %.

La France, quant à elle, constitue un partenaire économique de premier plan pour l’Égypte. Le commerce bilatéral s’élevait à environ 2 milliards d’euros l’an dernier, dont 1,5 milliard d’euros d’exportations françaises, hors armement. Les flux d’investissements directs à l’étranger sont importants, et on comptait un stock de 3,5 milliards d’euros en 2015. Environ cent soixante filiales françaises sont établies en Égypte et interviennent dans des secteurs très variés (Air Liquide, Servier, Seb, Danone, Axa, Orange, etc.).

M. Arnaud FLEURY – Il existe également de belles ETI…

M. Ludovic PRÉVOST – En effet, le groupe Atlantic, dans le domaine de l’électroménager, produit aujourd’hui en Égypte.

On l’a dit, les relations bilatérales sont excellentes. Nous sommes accueillis en Égypte avec beaucoup de bienveillance et d’intérêt. Cela se traduit dans les chiffres. En 2013, environ 3 128 entreprises françaises exportaient vers l’Égypte, dont 2 800 PME et ETI. Ce chiffre est passé à plus de 3 400 en 2015, dont 3 100 PME et ETI.

Le nombre d’entreprises que Business France accompagne depuis trois ans augmente. Les marques d’intérêt que nous recevons de la part des entreprises sont de plus en plus nombreuses.

S’agissant de l’agroalimentaire, et plus particulièrement du secteur de la production agricole, l’Égypte est aujourd’hui dans une dynamique d’extension des surfaces cultivées et d’augmentation des rendements.

L’agriculture égyptienne est fortement atomisée, et dépend presque totalement des importations en matière de semences, fertilisants, machines agricoles, etc. C’est également un secteur réceptif aux investissements étrangers des pays de la région, comme ceux du golfe Persique, mais pas seulement : Danone détient par exemple en Égypte la plus grosse ferme laitière du pays.

Cela se traduit par des importations qui sont, dans ce domaine, en progression importante – + 35 % par rapport à l’année précédente – et qui s’élèvent à 246 millions en 2015.

La France est très appréciée dans ce domaine, bien qu’elle fasse face à une concurrence assez féroce de l’Italie, de la Chine, de l’Allemagne mais aussi des États-Unis.

L’industrie agroalimentaire est en forte augmentation en Égypte, notamment en raison de la modification des habitudes alimentaires des Égyptiens, qui sont de plus en plus consommateur de conserves, de boissons, de produits manufacturés et emballés. Les prévisions de croissance sont de l’ordre de 9 % jusqu’en 2019.

Environ 4 000 entreprises travaillent dans ce secteur en Égypte aujourd’hui. Les importations sont également en croissance, de l’ordre de 160 millions en 2015.

Les principales productions alimentaires en Égypte sont : le sucre, les produits laitiers, les jus de fruits, les boissons et les légumes transformés. Tous les secteurs majeurs sont représentés sur le territoire égyptien. C’est un secteur qui a radicalement évolué depuis quinze ans. Il se concentre autour de grandes entreprises comme Edita, Americana, voire Coca-Cola ou Danone, dont j’ai déjà parlé.

M. Arnaud FLEURY – On peut également citer Bel ou Bongrain.

M. Ludovic PRÉVOST – En effet. Les importations sont en croissance grâce aux lignes de production développées par ces entreprises.

Le secteur de la santé est par ailleurs aujourd’hui majeur en Égypte, notamment compte tenu de l’évolution de la population et des besoins que cela suscite en termes d’infrastructures de santé. L’Égypte est quasiment le premier importateur d’équipements médicaux du Moyen-Orient, la production locale étant quasi inexistante dans ce domaine.

C’est un marché qui pèse environ 550 millions de dollars par an. Il est soutenu par beaucoup de projets de construction ou de rénovation. Le gouvernement égyptien a annoncé la construction de cent soixante centres médicaux, d’une trentaine d’hôpitaux et d’environ quatre cents centres de santé répartis sur l’ensemble du territoire. Les partenaires bilatéraux du pays, notamment les pays du golfe Persique, ont annoncé vouloir soutenir la politique égyptienne par le développement et la construction de nouveaux hôpitaux. Les opportunités sont nombreuses, tant en matière d’appareils que de conseils, de conception, ou de constitution de structures de santé. Business France monte une opération dédiée aux équipements médicaux et se rendra en Égypte au mois d’avril.

Quant aux industries et aux cleantech (services industriels qui utilisent les ressources naturelles dans une perspective d’amélioration de l’efficacité), l’Égypte fait l’objet d’une expansion extrêmement rapide du tissu urbain sur une partie restreinte du territoire, avec un taux d’urbanisation très élevé, source de beaucoup d’enjeux et de problématiques tournant autour de la gestion des quartiers informels, de la pollution, de la gestion des centres villes et du patrimoine, des services urbains – transport, collecte des déchets, distribution d’eau et d’électricité. Ce sont autant d’opportunités pour les entreprises de développer des partenariats avec le secteur privé égyptien, mais pas uniquement.

On a évoqué la nouvelle capitale, près du Caire, mais il existe également deux programmes de construction de logements sociaux en Égypte, un million d’unités sur cinq ans dans l’ensemble du pays, soutenus par un prêt de la Banque mondiale. On construit également une centaine de milliers d’unités de logements sociaux dans la périphérie du Caire.

Le développement de villes nouvelles autour du Caire a été évoqué. Le ministre a cité tout à l’heure le triangle d’or, ainsi que la zone du canal de Suez.

M. Arnaud FLEURY – La construction de la nouvelle capitale, située à cinquante kilomètres du Caire, est en cours…

M. Ludovic PRÉVOST – Les travaux ont en effet commencé. Ce projet pèsera à terme entre 40 milliards et 80 milliards de dollars.

Le métro est par ailleurs un chantier historique pour les entreprises françaises. Un certain nombre de contrats ont été signés. Le dernier en date concerne la troisième phase de la ligne numéro 3. Il s’agit d’un consortium mené par Vinci, pour un montant de plus d’un milliard de dollars.

Plus récemment, Alstom a signé un contrat pour du matériel roulant. Il existe également des projets de tramways au Caire et à Alexandrie, en partie financés par l’AFD.

Le ferroviaire est également une priorité pour l’Égypte. Il s’agit d’améliorer les conditions de sécurité en rénovant les voies, ainsi que les systèmes de signalisation et de télécommunication y afférent.

On a également parlé du domaine portuaire. Il existe des projets pour le port d’Alexandrie, ainsi que pour le port de Damiette, et dans la zone économique spéciale du canal de Suez, qui constitue un projet bien plus large de développement des infrastructures industrielles dans cette zone. Celui-ci passe par les ports, mais également par l’industrie moyenne, la logistique, l’emballage.

M. Arnaud FLEURY – Le représentant du groupe d’action financière General Authority for Investirent and free zones (GAFI), qui aurait dû être parmi nous, n’est malheureusement pas là. C’est un projet considérable.

M. Ludovic PRÉVOST – Absolument. Beaucoup de choses se font dans des domaines très variés.

Il y a peu, les représentants de l’autorité du canal de Suez étaient dans nos locaux pour nous vanter les mérites des chaînes aquacoles dans la zone du canal.

M. Arnaud FLEURY – Les Français ont-ils conscience que l’Égypte essaye de mettre en place une plate-forme gigantesque ?

M. Ludovic PRÉVOST – Je pense que oui. Si ce n’est pas le cas, on est là pour le leur rappeler.

Je ne peux pas passer sous silence le secteur du pétrole et du gaz. L’Égypte détient environ quinze ans de réserves. Le pays ne souhaite pas augmenter la production, mais conserver cette autonomie une quinzaine d’années. En revanche, l’idée est que le pays devienne autosuffisant sur la partie concernant les produits raffinés.

En effet, aujourd’hui, malgré une production de l’ordre de 700 000 barils par jour, les raffineries égyptiennes ne permettent pas de couvrir la totalité des besoins. Seuls 60 % à 70 % le sont.

Il existe aujourd’hui beaucoup de projets de rénovation et d’amélioration des capacités de production des raffineries en Égypte. Je citerai l’exemple de celle d’Assiout, qui est aujourd’hui menée par Technip. Il existe également un certain nombre de projets d’exploration, ainsi qu’on l’a déjà dit.

M. Arnaud FLEURY – L’association Evolen, qui regroupe les entreprises françaises du secteur parapétrolier, a effectué en Égypte une visite organisée par Total la semaine dernière…

M. Ludovic PRÉVOST – En effet. La France a d’ailleurs eu un pavillon dans le cadre de la première édition de l’Egypt Petroleum Show, qui était assez réussie.

S’agissant du gaz, on a parlé de la découverte du champ de Zohr, qui représente environ 7 milliards à 8 milliards d’investissements, et qui devrait commencer à produire à partir de l’année prochaine.

Depuis, d’autres gisements ont été découverts, notamment dans le delta du Nil. D’autres sociétés explorent d’autres pistes. Je pense à Apache, qui étudie la possibilité d’exploiter le gaz de schiste. Les Égyptiens veulent redevenir autosuffisants, voire exporter à court terme.

On retrouve dans tous les secteurs cette volonté de diminuer les importations, d’augmenter les exportations et de développer la structure industrielle du pays, ce qui représente des opportunités pour nos entreprises.

M. Arnaud FLEURY – Qu’en est-il des services et des cleantech ?

M. Ludovic PRÉVOST – Plus spécifiquement, le secteur des technologies de l’information et de la communication (TIC) pèse aujourd’hui environ 14 milliards de livres égyptiennes par an, soit 3 % du PIB. Les services numériques représentent quant à eux 1,6 milliard de livres égyptiennes d’exportations par an.

La volonté des autorités égyptiennes est de porter le poids de ce secteur à 8 % du PIB d’ici à 2020, et de faire passer les exportations de services numériques de 1,6 milliard de livres égyptiennes à 2,5 milliards de livres égyptiennes sur cette même période.

Plusieurs axes peuvent permettre d’y parvenir. Le premier consiste à développer dans le pays des infrastructures comme la 4G, pour laquelle Orange a obtenu une licence il y a quelques mois. Il faut aussi appuyer le développement de l’industrie des TIC, en particulier en attirant les entreprises qui cherchent à externaliser leurs activités. Elles peuvent en effet profiter des dispositifs de soutien mis en place par ITIDA (Information Technology Industry Development Agency), l’agence publique de développement du secteur, notamment grâce à la prise en charge de la formation des employés, à des systèmes de subventions, à l’amélioration du cadre légal du secteur ou au développement de zones économiques spéciales.

L’Égypte développe aujourd’hui des « tech parks ». Deux ont ouvert l’année dernière, et huit autres sont « dans les tuyaux ». Deux autres devraient voir le jour prochainement et offrir aux entreprises du secteur toutes les infrastructures nécessaires au développement de leurs activités, ainsi que des facilités fiscales.

Enfin, énormément de grands groupes ont décidé d’installer leurs centres régionaux en Égypte : Microsoft, IBM, HSBC et, parmi les français, Orange, dont on a déjà parlé, Teleperformance, Jumia, ou Valeo, qui s’est implanté en Égypte en 2005, et qui emploie aujourd’hui près de six cents ingénieurs égyptiens dans le plus grand centre de R & D du pays en matière de programmation informatique.

M. Arnaud FLEURY – Le ministre parlait de 1 600 personnes. On peut également citer l’outsourcing (l’externalisation vers un prestataire spécialisé de certaines tâches dans le domaine du marketing et de la relation client), qui est très développé.

M. Ludovic PRÉVOST – Nos portes sont bien entendu ouvertes. Nous sommes prêts à vous accueillir et à vous aider à vous développer sur le marché égyptien, qui n’attend que vous ! Venez, sinon d’autres prendront la place.

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