GEOGRAPHIE HUMAINE

Pékin : Les mutations urbaines depuis 50 ans

CYBERGEO

par Antoine Lefebvre

Capture d_écran 2017-05-30 à 15.43.19

Le développement économique de la Chine a considérablement modifié l’espace urbain depuis l’ouverture du pays en 1978. À Pékin, la rapide mutation de la cité historique témoigne d’un changement de société, de politique et d’économie. En effet, les quartiers anciens abritant un patrimoine architectural et social unique ont laissé place à de grands ensembles mêlant bureaux, centres commerciaux et habitations de luxe. Cet article propose de suivre les mutations de la cité historique de Pékin à partir d’images satellites. Les résultats permettent de dater, quantifier et spatialiser précisément les changements de morphologie urbaine. Une lecture chronologique croisée avec des références bibliographiques permet de retrouver les faits marquants des politiques d’aménagement urbain tels que la réforme du logement en 1991 et la préparation aux Jeux olympiques de 2008. Avec plus de la moitié des quartiers anciens démolis, les résultats mettent en évidence les difficultés des autorités chinoises à préserver son patrimoine tout en répondant au besoin de modernité.

Lire l’article complet

Dans cet article, on a daté, quantifié et spatialisé les mutations de la cité historique de Pékin de 1966 à 2016 à partir d’images satellites. On a montré que plus de 50 % du tissu urbain originel a disparu et ces destructions ont été particulièrement intenses à partir de 1991, à la suite de la réforme du logement en 2001 et de l’annonce des JO de 2008.

Le rythme moyen des destructions entre 1991 et 2016 est 70 ha/an. Cependant, la vitesse des démolitions s’est considérablement réduite depuis les années 2010. La mise en place des zones protégées en 2004 a certainement contribué à ce ralentissement.

Le tissu urbain correspondant à la morphologie de la cité historique originelle est majoritairement au nord de la Cité interdite et respecte globalement la délimitation des zones protégées. Cependant, ce patrimoine est à son tour menacé par l’industrie du tourisme. L’authenticité et le tissu social se perdent à leur tour. Certains quartiers préservés ont été détruits pour être reconstruits non pas à l’identique, mais dans leur état vernaculaire, avant qu’ils ne soient soumis à la subdivision et la surpopulation de l’ère maoïste (Figure 14). Ces quartiers n’ont pas été identifiés dans cet article ; cependant des changements de vie locale et d’activités ont bien eu lieu. Ils n’abritent plus les populations locales, mais ont laissé place à des marchands de souvenirs, des bars et des restaurants pour touristes. D’autres sont reconvertis en habitation de luxe comme NanChiZi à l’ouest de la Cité interdite (Goldman, 2003).

Figure 14 – La reconstruction du quartier NanChiZhi : le quartier a été rasé pour être reconstruit dans son état vernaculaire, il est désormais moins dense, mieux organisé et dédié à des habitations de luxe

Capture d_écran 2017-05-30 à 15.46.28

On peut alors s’interroger sur le devenir des quartiers « authentiques » restants comme ceux localisés au nord de JingRongJie ou au sud du moderne complexe SOHO Zaha-Hadid. Que les quartiers soient protégés ou non, les images satellites ont montré qu’ils pouvaient être démolis. Seront-ils les prochains quartiers à disparaître au profit d’une ville moderne, mais de plus en plus banalisée ? Les données de télédétection continueront à nous fournir une information objective et homogène pour y répondre.

Antoine Lefebvre, « Pékin entre patrimoine et modernité : une mutation de la morphologie urbaine observée par satellite depuis 50 ans », Cybergeo : European Journal of Geography

PEUT-ON RÉINVENTER PEKIN ?

GEOGRAPHIE ET CULTURE

par Sylvie Ragueneau

Les transformations spectaculaires qui ont touché Pékin ces dernières années, notamment juste avant les jeux Olympiques de 2008, ont choqué de nombreux visiteurs, particulièrement ceux qui avaient connu la ville il y a dix ou vingt ans. Les nouveaux développements se manifestent par la prolifération des autoroutes et des gratte-ciel et par la fièvre du commerce et de la finance… Est-ce là le monde et le rêve désignés par le slogan olympique : « un seul monde, un seul rêve » ? La ville réelle actuelle de Pékin est le résultat d’un processus articulant comportement culturel, lutte pour la vie et quête d’une reconnaissance mondiale. Après l’industrialisation de la période maoïste, faire de l’argent est devenu le but principal proposé aux Chinois par la Politique de réforme et d’ouverture de Deng Xiaoping. Mais une dimension semble oubliée, celle de l’homme. Un double hiatus apparaît et grandit entre le projet urbain, la ville réellement construite et le vécu, l’habiter humain.

Lire l’article complet

Sylvie Ragueneau, « Peut-on réinventer Pékin ? », Géographie et cultures, 65 | 2008, 111-132.

LE GRAND PEKIN

TDG

Par Cathy Macherel

Comment désengorger Pékin, ville de 22 millions d’habitants qui souffre des embouteillages, de pollution chronique de l’air, de spéculation immobilière et de l’épuisement de ses ressources? Début avril, les autorités chinoises annonçaient un plan radical: elles entendent construire une annexe à la capitale, 100 km plus au sud, pour y déménager notamment des pans entiers de l’administration publique et encourager de grandes entreprises à y déménager.

La zone, appelée Nouvelle Aire de Xiongan, se veut une zone économique spéciale, à l’instar de Pudong à Shanghai, et une ville laboratoire de développement urbain, optimisant le rapport entre activités économiques et densité de population. C’est aussi là que battrait le cœur de l’innovation chinoise. La construction de cette métropole modèle, grande comme trois fois New York et portée par le président Xi Jinping, devrait représenter quelque 573 milliards de francs suisses d‘investissements ces deux prochaines décennies.

«C’est un nouveau chapitre pour la transition historique du pays vers une croissance coordonnée, inclusive et durable», écrivait Xinhua, la plus grande agence de presse chinoise, au lendemain de l’annonce. Depuis, les médias officiels relaient les bienfaits de la cité du futur et l’engouement qu’elle suscite déjà. «La nouvelle zone est une enseigne en lettres d’or», témoigne Guo Yonghong. Ce directeur général d’une entreprise de vêtements déjà installée dans la zone dit avoir reçu ces dernières semaines des centaines d’appels téléphoniques de personnes en recherche de partenariat. Selon Xinhua, la zone voit ainsi affluer des personnes qui viennent prendre des photos, échanger des informations et rechercher des opportunités d’affaires. L’intérêt est tel que les autorités ont récemment interdit les transactions immobilières, craignant un emballement spéculatif, soit précisément l’un des maux dont souffre Pékin.

«C’est un nouveau chapitre pour la transition historique du pays vers une croissance coordonnée, inclusive et durable»Xinhua, la plus grande agence de presse chinoise

La «ville idéale» parviendra-t-elle à ses objectifs? Alors que les autorités insistent sur l’écologie, le joli tableau a déjà été noirci par quelques révélations embarrassantes. Une ONG chinoise, Liangjiang Huanbao, publiait le 18 avril un rapport faisant état d’une inquiétante pollution des sols dans la région. L’équivalent de 42 terrains de football d’eaux usées a été déversé sans traitement dans la périphérie d’une petite ville toute proche de la Nouvelle Aire de Xiongan. Des photos aériennes montrent des champs entièrement recouverts d’une eau brunâtre, contaminée à l’acide sulfurique. Le gouvernement a reconnu la pollution, connue depuis 2013, et a admis que l’assainissement de la zone serait long et coûteux.

La province de Hebei, où est sis le projet de la cité modèle, est de manière générale l’une des plus polluées (air, sols, eaux) du pays, selon le magazine The Diplomat, qui cite des sources chinoises. La pollution chronique de l’air de la capitale est d’ailleurs largement attribuée à une pollution qui dépasse la région urbaine pékinoise, soit à l’activité de toute la région. La ville viendra-t-elle simplement ajouter à cette intense activité? L’un des défis résidera dans la capacité ou non de Xiongan d’agir comme un pôle de transfert des activités de Pékin. Par le passé, d’autres villes chinoises érigées de manière totalement artificielle se sont transformées en villes fantôme. A la différence qu’elles ne bénéficiaient sans doute pas du même engouement présidentiel.

Laisser un commentaire

Entrez vos coordonnées ci-dessous ou cliquez sur une icône pour vous connecter:

Logo WordPress.com

Vous commentez à l'aide de votre compte WordPress.com. Déconnexion / Changer )

Image Twitter

Vous commentez à l'aide de votre compte Twitter. Déconnexion / Changer )

Photo Facebook

Vous commentez à l'aide de votre compte Facebook. Déconnexion / Changer )

Photo Google+

Vous commentez à l'aide de votre compte Google+. Déconnexion / Changer )

Connexion à %s