POINTS DE VUES CRITIQUES

Alain Rousset : « La décentralisation, la mère de toutes les réformes »

LES ECHOS

par Alain Rousset, président du conseil régional de Nouvelle-Aquitaine

 

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photo : journal Sud-Ouest

 

Notre capacité à gouverner les territoires au plus près des citoyens est le levier de notre efficacité collective. Il faut en finir avec les doublons administratifs et franchir un nouveau cap dans le transfert des pouvoirs aux régions.

La France est le pays du verbe. Mais il n’a pas suffi d’écrire le mot «décentralisation» dans la Constitution pour que celle-ci soit aboutie dans les faits. Ce dossier a été l’oublié de la campagne de l’élection présidentielle. Comme à chaque fois, il ne passionne guère. Pourtant, notre capacité à gouverner demain les territoires de France au plus près de nos concitoyens est le levier de notre efficacité collective.

L’approfondissement de la décentralisation sera déterminante dans la lutte contre le sentiment d’abandon de certains territoires comme pour le redressement productif. Le temps nous paraît venu que le pouvoir central donne enfin aux pouvoirs locaux la responsabilité pleine et entière des compétences qui leur ont été transférées.

Que l’on ne s’y trompe pas. Nous sommes, présidents de région, d’authentiques républicains attachés à l’unité de notre pays et au renforcement de ses positions politiques, économiques et culturelles en Europe et dans le monde. Oui, nous voulons un Etat efficace, recentré sur ses missions régaliennes. Mais renforcer les compétences de l’Etat suppose aussi de réelles économies sur ses interventions, encore trop souvent en doublon de compétences pourtant transférées aux pouvoirs publics territoriaux.

Il est bien des domaines où les régions, plus grandes et enfin clairement responsabilisées sur le développement économique, pourraient gagner en capacité d’initiative. N’en déplaise à Bercy, les régions ont déjà pris la main sur le développement de l’industrie et de l’agriculture du futur.

Moderniser la gouvernance

Combien de PME innovantes sont accompagnées au niveau régional ? Combien d’entrepreneurs petits et grands trouvent au quotidien dans nos directions économiques l’accompagnement sur mesure dont ils ont besoin ?

La modernité dans la gouvernance est dans ces réponses apportées au plus près des besoins des entreprises, plus efficaces, selon nous, que les mesures générales de type CICE , qui ont bénéficié comme automatiquement aux mégisseries et aux cliniques privées, aux supermarchés ou aux banques ou aux sous-traitants de l’aéronautique, sans appréciation fine des besoins.

La force de l’économie allemande, ce sont les aides ciblées accordées par les Länder aux entreprises, quatre à cinq fois supérieures à celles des régions françaises et adaptées à chaque secteur d’activité. Il est plus que temps de s’inspirer en France de ce modèle qui marche.

La modernité dans la gouvernance est aussi dans la capacité des régions à intervenir avec discernement mais plus puissamment dans les fonds propres des entreprises. Bercy voit cela de trop loin. Nous avons raté la régionalisation de la Banque publique d’investissement. Elle court aujourd’hui vers les entreprises déjà en forte croissance quand nous nous battons, sur le terrain, pour les PME qui veulent devenir des entreprises de taille intermédiaire ou des entreprises en rebond souvent en panne d’interlocuteurs. Pendant ce temps, nos start-up des biotechnologies filent aux Etats-Unis.

Faisons confiance aux régions. Elles ont réussi la décentralisation des lycées, dopé les capacités de recherche de nos universités, travaillé finement avec les entreprises, les partenaires sociaux et les acteurs de l’orientation au plus près des bassins d’emploi.

Décentraliser le service public de l’emploi et de l’orientation

La modernité dans la gouvernance, c’est enfin franchir un dernier cap dans la décentralisation du service public de l’emploi et de l’orientation. Nous savons les syndicats de Pôle emploi et l’Etat réticents. Mais nous avons démontré, en Nouvelle-Aquitaine comme ailleurs, que les régions savent travailler avec le service public de l’emploi dans la remise en selle de très nombreux demandeurs d’emploi.

C’est bien ici, dans les régions, que se gèrent, en circuits courts et avec tous les partenaires, la formation professionnelle pour tous, l’orientation des plus jeunes, la modernisation de l’apprentissage. Les lycées professionnels de nos régions se sont réformés à bas bruit. Le taux d’insertion de leurs diplômés atteste de l’efficacité d’un modèle complètement décentralisé.

Comment justifier encore longtemps et sérieusement un tel émiettement des responsabilités entre l’Etat, Pôle emploi, les missions locales, les Maisons de l’emploi, les plans locaux d’insertion par l’économie (Plie) sans qu’un vrai pilote ne prenne enfin le manche ?

C’est avec un Etat fort que les Français retrouveront du sens et de l’attachement à cette notion désuète, mais tellement précieuse, de bien commun. Mais c’est avec des régions complètement responsabilisées que notre pays retrouvera les chemins de la croissance, de l’innovation et des emplois de demain. Et si la décentralisation devenait enfin la mère de toutes les réformes ? Une bonne fois pour toutes…

 

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