DONNEES ET ANALYSES

Normandie : 20 grandes aires urbaines structurent le territoire

INSEE

par Isabelle Bigot, Bruno Dardaillon, Catherine Fichot, Jérôme Letournel et Michel Moisan (Insee Normandie).

 

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photo Dominique Milliez

 

 

1- Vingt grandes aires urbaines normandes aux trajectoires diversifiées

En Normandie, vingt grandes aires urbaines structurent le territoire. Elles concentrent la population et l’emploi. Elles sont le lieu de déplacements domicile-travail importants. Si, globalement, la croissance de la population des grandes aires urbaines a ralenti, certaines continuent de croître en population, notamment Caen et Rouen qui, dans la période récente, ont renforcé leur place centrale au sein des territoires de la région. D’autres perdent des habitants, parfois sous l’effet des difficultés économiques.

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En regroupant 2 181 700 habitants en 2013, les vingt grandes aires urbaines (GAU) de Normandie englobent les trois quarts de la population régionale. Pour importante qu’elle soit, la concentration de la population normande dans les espaces les plus urbanisés reste un peu inférieure à celle observée dans la France de province où, en moyenne, les grandes aires urbaines abritent 79 % des habitants. Cette moindre concentration de la population dans les GAU traduit l’importance du maillage territorial par les petites villes et les gros bourgs qui, à bien des égards, reste une particularité normande. Les pôles urbains moyens et petits ainsi que les communes rurales qu’ils polarisent concentrent en effet 19 % de la population en Normandie, contre 16 % en province. Cette permanence du maillage territorial constitué par les petites villes s’observe tout particulièrement dans les trois départements de l’ancienne Basse-Normandie (illustration 1).

Depuis les années 1970, l’extension des couronnes et leur densification (« l’étalement urbain ») ont permis aux grandes villes d’accroître leur emprise territoriale. Au sein de ce mouvement général, les systèmes urbains normands se distinguent par certains traits. Les Normands qui habitent dans une grande aire urbaine vivent pour les deux tiers dans le pôle urbain (voir définitions), et pour un tiers dans la couronne urbaine. Dans la France de province, la part des couronnes n’est que de 29 %. Les couronnes, tout comme les pôles, sont plus densément peuplés en Normandie qu’en moyenne au sein des autres régions.

L’étalement urbain s’est traduit par la forte augmentation de la population dans les couronnes, mais aussi par la fin de la croissance des pôles. En Normandie, la population des pôles diminue (illustration 2), cette baisse contribuant fortement à la décélération de la croissance démographique des grandes aires urbaines normandes observée depuis les années 1990. De fait, la croissance démographique desGAU est passée en deçà de celle de la région au début des années 2000.

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La population des pôles urbains baisse, celle des couronnes augmente. L’évolution différente entre les pôles et les couronnes s’explique par deux phénomènes.

En premier lieu, les jeunes couples se sont installés et s’installent encore, nombreux, dans les couronnes urbaines, venant des villes-centres ou des zones rurales. Le rythme de croissance de la population des couronnes due aux « entrées-sorties » a certes faibli dans la période récente (+ 0,4 % par an entre 2008 et 2013, contre + 0,6 % entre 1999 et 2008), mais l’excédent des naissances sur les décès reste, quant à lui, important, et contribue à la hausse de la population à raison de + 0,5 % par an sur la période 1999-2008. Les deux contributions (solde naturel et solde des entrées-sorties) cumulent donc leurs effets pour faire croître la population des couronnes.

Au sein des pôles, à l’inverse, le vieillissement de la population fait que les naissances y sont moindres. La croissance permise par l’excédent des naissances sur les décès est ainsi passée de + 1,1 % par an du début des années 1960 au milieu des années 1970, à + 0,6 % par an dans les années 1990, puis à + 0,4 % par an entre 2008 et 2013. D’autre part, des habitants quittent les villes-centres pour se loger dans les périphéries. L’afflux dans les villes-centres a laissé place à un mouvement contraire dès le milieu des années 1970. Après avoir culminé à – 0,8 %par an, la contribution du solde des « entrées-sorties » des pôles des grandes aires urbaines à l’évolution de la population se situe à – 0,6 % par an depuis le début des années 2000.

En 2014, seules cinq grandes aires urbaines normandes dépassent 100 000 habitants : ce sont les aires urbaines de Rouen (660 000 habitants) et de Caen (405 000 habitants), également les plus étendues ; celles du Havre (290 000 habitants) et de Cherbourg-Octeville (117 000 habitants)(1), les deux grandes villes portuaires normandes; enfin, celle d’Évreux (112 000 habitants), le chef-lieu du département de l’Eure. L’aire urbaine d’Alençon, préfecture de l’Orne, n’abrite que 68 000 habitants. Celle de Saint-Lô, préfecture de la Manche, en compte 53 000. Ces trois dernières aires urbaines sont très marquées par la fonction administrative de la ville-centre.

Sept grandes aires urbaines conservent une forte vocation industrielle : Vire et Flers, dans l’ancienne Basse-Normandie, Eu, Dieppe, Louviers et Vernon, qui font partie d’un vaste ensemble de villes centré sur Rouen, et Lillebonne, plutôt tournée vers le Havre. À elles sept, elles ne concentrent toutefois que 16 % de l’emploi industriel régional. Trois autres vivent largement du tourisme : Granville, Dives-sur-Mer et Avranches.

Huit grandes aires urbaines en croissance démographique

Le caractère de chaque aire urbaine influe sur son développement. Ainsi, parmi les huit grandes aires urbaines dont la population croit entre 2008 et 2013 figurent les deux anciennes capitales régionales, Rouen et Caen, deux sièges de préfectures, Evreux et Saint-Lô, et deux villes touristiques, Granville et Avranches (annexe 1). Figurent aussi dans ce groupe Pont-Audemer et Bayeux, géographiquement proches des plus grandes aires urbaines. En revanche, aucune ville industrielle n’entre dans ce groupe.

Au sein de ces aires urbaines les plus dynamiques, Pont-Audemer et Granville (groupe 5) font figure d’exception. Pont-Audemer affiche une croissance annuelle de sa population de + 2 %par an entre 2008 et 2013 (illustration 3), de très loin la plus importante des grandes aires urbaines normandes. C’est l’excédent des arrivées sur les départs qui en explique l’essentiel. Peu éloignée tant de Rouen que du Havre et même de Caen, sa situation géographique explique largement cette forte croissance. L’évolution de l’emploi accompagne celle de la population : la croissance démographique entraîne en effet le dynamisme de la construction, du commerce et des services. Granville se signale aussi par une forte progression de l’emploi entre 2008 et 2013. L’économie locale se développe grâce au tourisme et aux services de santé. Au total, les effectifs dans le tertiaire ont bondi de 10 %. Granville se distingue par la part importante des résidents de plus de 65 ans : 28 %, soit le record des grandes aires urbaines normandes. L’une des conséquences de ce succès auprès des retraités est toutefois un solde naturel très négatif, le plus bas des aires urbaines normandes.

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Les deux anciennes capitales régionales, Caen et Rouen (groupe 1), affichent elles aussi une croissance de la population supérieure à la croissance normande. Mais à Caen, cette croissance ne cesse de faiblir. De l’ordre de + 2 %par an des années 1960 au début des années 1970, elle passe à + 0,5 %entre 1999 et 2008 et + 0,4 % entre 2008 et 2013, sous l’effet cumulé de la moindre attractivité de la couronne et du dépeuplement du pôle central. A Rouen, la croissance se maintient autour de + 0,3 % depuis le début des années 1990, grâce à une attractivité croissante de la couronne et au maintien de l’excédent naturel au sein du pôle.

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Ensemble, ces deux aires urbaines concentrent près d’un emploi sur deux localisé en Normandie. En 2013, l’emploi a dépassé son niveau de 2008 à Caen, mais pas encore  à Rouen, où il reste en retrait de – 0,7 %. La faiblesse du rebond d’après-crise à Rouen s’y traduit par une aggravation du chômage plus forte qu’à Caen. A Saint-Lô et à Évreux, la population croît au rythme annuel de + 0,5 % pour la première et + 0,3 % pour la seconde. Évreux attire peu de nouveaux habitants. Le dynamisme démographique de l’aire urbaine repose exclusivement sur la jeunesse de sa population et l’excédent des naissances sur les décès qu’elle entraîne. À Saint-Lô, la situation est inverse : l’aire urbaine profite d’une certaine attractivité, alors que le solde naturel est négatif. Il existe un point commun, cependant, entre ces deux chefs-lieux de département : tous deux restent à la recherche d’un nouveau souffle économique. Avranches, la plus petite des vingt grandes aires urbaines normandes, augmente sa population entre 2008 et 2013 (+1,5%), comme Granville sa voisine (+2,2%). Elle affiche le taux de chômage le plus faible de Normandie (9 %). Quant à l’aire urbaine de Bayeux, elle évolue dans le sillage de Caen, sa population croissant à la faveur d’une attractivité retrouvée, notamment auprès d’actifs travaillant à Caen. En revanche, l’emploi sur place ne suit pas. En 2013, il est même en recul de près de 4 %par rapport à 2008.

Dans six grandes aires urbaines :baisse de la population et reprise hésitante de l’emploi après la crise

À Vire (groupe 2), la baisse de population est très faible, les naissances compensant les décès et les arrivées étant presque aussi nombreuses que les départs. L’industrie locale, assez diversifiée et bien implantée, avec l’agroalimentaire comme secteur dominant, a permis à ce territoire rural et industriel de relativement bien traverser la crise. À Dieppe, septième aire urbaine de Normandie en termes d’habitants, la baisse de la population est plus prononcée. Elle s’explique par des départs assez importants.

Ces départs modifient peu à peu la structure de la population : ils accentuent son vieillissement, ce qui conduit à la dégradation du solde naturel. D’autre part, l’emploi baisse également. Le recul y est toutefois moins fort que dans d’autres bassins industriels, en raison du poids du secteur de l’énergie qui, lui, crée des emplois.

Au Havre et à Cherbourg-Octeville, la baisse de la population est de – 0,2 % à -0,3 % par an entre 2008 et 2013. Cette baisse prolonge une tendance ancienne, explicable par un manque d’attractivité. Au Havre, le dépeuplement engendré par ces départs est même important. Par ailleurs, au Havre comme à Cherbourg-Octeville, l’emploi baisse. Au Havre, la crise de 2008-2009 a accéléré les pertes d’emplois dans certains bastions industriels (pétrochimie, automobile). S’y ajoutent celles dans le tertiaire marchand liées aux fluctuations de l’activité portuaire. À Cherbourg-Octeville, même si la construction navale a continué de perdre des emplois, l’industrie a globalement mieux résisté. Localement, l’agroalimentaire y est même en croissance. À Lisieux et à Alençon, le recul démographique s’explique surtout par l’effritement de l’attractivité des couronnes urbaines, auquel s’ajoute un lent dépeuplement du pôle central. Malgré cela, à Lisieux, la baisse de l’emploi est presque imperceptible. À Alençon, elle est plus importante, des pertes d’emplois dans le tertiaire et dans la construction s’ajoutant aux suppressions de postes dans l’industrie.

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Dans quatre grandes aires urbaines de tradition industrielle : baisse de population, recul important de l’emploi et fort taux de chômage

À Flers, Vernon, Eu et Lillebonne (groupe 3), les indicateurs traduisent une baisse de la population et une perte d’emplois, parmi lesquels de nombreux emplois industriels (illustration 4). Difficultés économiques, vieillissement de la population et départs se conjuguent, voire s’alimentent. À Eu, territoire de forte implantation d’une industrie traditionnelle, la baisse de la population est visible depuis les années 1980. L’accélération est brutale depuis 2008. Le pôle urbain vieillit et se dépeuple fortement. Flers est dans une situation similaire, même si la baisse de la population est moins accentuée. L’emploi diminue au même rythme à Eu et à Flers : entre 2008 et 2013, la baisse est de – 6 %. La crise de 2008-2009 a accéléré les pertes d’emplois dans l’industrie. À Vernon, la baisse de la population est plus récente, due en partie au manque d’emplois sur place, que la crise a aggravé et que dénote aussi la forte croissance du taux de chômage entre 2008 et 2013. Ce taux de chômage atteint 18 % en 2013, le deuxième le plus important en Normandie. À Lillebonne également, la baisse de population est récente. Sous l’effet de la crise, l’emploi industriel y baisse fortement, en premier lieu dans l’industrie chimique, le secteur dominant dans cette zone. Ces difficultés économiques ne favorisent pas l’installation de nouveaux actifs.

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Deux grandes aires urbaines dont l’emploi est en croissance mais l’évolution de la population incertaine

Louviers et Dives-sur-Mer (groupe 4) sont très différentes. La première est dans l’orbite de Rouen et représente un pôle industriel majeur dans la région, quoique affecté d’un chômage chronique, tandis que la seconde, assez indépendante des métropoles normandes que sont Caen, Rouen et Le Havre, vit du tourisme et de l’installation de populations âgées venant souvent de la région parisienne. Dans la première aire urbaine réside une population plutôt jeune, dans la seconde une population plutôt âgée. Les deux aires urbaines connaissent des changements notables ces dernières années. À Dives-sur-Mer, les années récentes ont été marquées par des départs aussi importants que les arrivées. Pour la première fois depuis la fin des années 1970, la population de cette aire urbaine a baissé entre 2008 et 2013 (-1,6%). À Louviers, jusqu’au milieu des années 2000, le moteur de la croissance démographique était l’excédent des naissances sur les décès, mais le solde naturel est désormais négatif. Louviers a ainsi basculé dans la catégorie des aires urbaines qui perdent des habitants. Si ces deux aires urbaines sont confrontées pour la première fois à la baisse de la population, elles se portent relativement bien du point de vue de l’économie. L’emploi augmente, y compris dans certaines branches industrielles, comme la pharmacie à Louviers. De plus, la croissance de la population antérieure au milieu des années 2000 a favorisé l’expansion des services non marchands. Cependant, cette bonne santé économique, profitant relativement peu à la population active locale, n’a pas stoppé la croissance du chômage. Le taux de chômage atteint 18,5 % à Louviers en 2013, plus de quatre points de plus qu’à Rouen. À Dives-sur-Mer, il reste proche de la moyenne régionale.

2- Rouen, Caen, Le Havre : quel degré de métropolisation ?

La Normandie compte trois aires urbaines de plus de 250 000 habitants. Rouen, la plus peuplée, est officiellement métropole depuis le 1er janvier 2015. Caen et Le Havre n’ont pas ce statut mais ont développé, par leur population et leurs fonctions, certains attributs métropolitains. Comparativement à des aires urbaines de même taille et de statut équivalent, le phénomène demétropolisation à Caen et Rouen apparaît relativement peu développé, ces deux villes se trouvant en retrait sur de nombreux indicateurs caractérisant les métropoles. En revanche, si l’on compare ces deux villes à celles situées à proximité de Paris, peu de différences apparaissent. Pour sa part, Le Havre présente un positionnement favorable sur de nombreux indicateurs de métropolisation par rapport à des villes comparables. À l’intérieur de la région normande, le développement de ces trois grandes aires urbaines ne se traduit pas par un creusement des écarts avec les autres villes.

À la différence d’autres régions polarisées par une seule métropole, la Normandie compte trois grands pôles urbains d’importance qui structurent son territoire. Rouen, aire urbaine la plus peuplée de Normandie, s’est vu reconnaître par la loi le statut de métropole au 1er janvier 2015, mais deux autres villes importantes, Caen et le Havre, polarisent aussi une grande partie de la région. À elles trois, et avec les aires urbaines qui leur sont contiguës, Rouen, Caen et Le Havre forment un important espace d’urbanisation, qui tient une place prépondérante dans la région.

Un territoire métropolisé peut être défini comme un espace marqué par une accumulation de population et de richesse économique, un centre décisionnel caractérisé par une concentration des pouvoirs économiques et politiques, ainsi qu’un lieu d’innovation doté d’une ouverture sur l’international.

Il bénéficie généralement de la présence de pôles universitaires d’envergure, d’infrastructures de communication structurantes (TGV, aéroport…) et d’équipements culturels rares (comme un opéra, un centre des congrès, un musée à fréquentation internationale, …). À cette aune, le degré de métropolisation des aires urbaines de Caen et de Rouen apparaît moins important que dans de nombreuses villes au statut et aux fonctions comparables. La proximité géographique avec Paris, notamment pour Rouen, semble jouer négativement sur le potentiel de développement des deux grandes villes de Normandie. En revanche, ces dernières ne présentent pas de faiblesse marquée sur les indicateurs de métropolisation par rapport à la plupart des aires urbainessises à même distance de la capitale. Le Havre, pour sa part, se révèle plutôt bien positionné comparativement à des villes ayant une importance comparable à la sienne. Au sein de la région, la trajectoire de développement des aires urbaines les plus importantes et celle des autres aires urbaines ne présentent pas de divergences marquées, conséquence probable du degré relativement réduit du phénomène de métropolisation à Caen, Rouen et Le Havre, d’une part, de certains atouts propres à d’autres villes normandes, d’autre part.

Rouen, Caen et Le Havre : des visages différents

Les trois aires urbaines de Rouen, Caen et Le Havre concentrent 41 % de la population régionale, 43 % des emplois, 53 % des cadres des fonctions métropolitaines (CFM) et 48 % de la richesse dégagée. La proportion de la richesse dégagée régionale et des CFM régionaux concentrée par les trois grandes aires urbaines normandes s’avère inférieure à celle des grandes villes dans les régions voisines. La faiblesse est manifeste pour ce qui concerne la part des CFM, les trois principales aires urbaines des Pays-de-la-Loire (Nantes, Angers, Le Mans) et celles de Bretagne (Rennes, Brest, Lorient) regroupant respectivement 65 % et 56 % des CFM de leur région. En revanche, lorsqu’on compare le poids de ces aires en termes de population ou d’emploi, les aires urbaines normandes pèsent davantage que leurs consoeurs de Bretagne (mais moins que celles des Pays de la Loire). Les aires urbaines de Rouen, Caen et le Havre présentent des visages différents.

Ainsi, avec une part de l’industrie dans l’emploi nettement plus forte et, entre autres, une part d’emplois publics plus faible, Le Havre se distingue de Rouen et Caen par une économie davantage tournée vers la sphère productive. Rouen et Caen sont plus tertiaires, les trois quarts de leurs emplois se trouvant dans les activités de services, notamment marchands. Avec 660 000 habitants en 2013, Rouen, 12e aire urbaine française, est, de loin, la plus peuplée des trois. Caen abrite 405 000 personnes et Le Havre, 290 000. À titre de comparaison, les autres aires urbaines normandes regroupent une population bien moindre : en quatrième et cinquième position, Cherbourg-Octeville et Évreux comptent chacune 115 000 habitants en 2013. Avec 428 habitants au km2, Le Havre affiche la densité la plus forte. La densité au Havre est 1,5 fois plus élevée qu’à Rouen (279 hab/kmÇ) et le double de celle observée à Caen (224 hab/kmÇ).

Un degré de métropolisation moindre à Caen et à Rouen que dans la plupart des grandes aires urbaines françaises

Mesurer le degré de métropolisation d’une aire urbaine implique des comparaisons, réalisées par rapport à des référentiels pertinents. Dans cette étude, quatre référentiels de comparaison ont été sélectionnés (voir encadré), dont trois servent à analyser la situation de Caen et Rouen : un groupe de « grandes villes » regroupant les capitales régionales et les métropoles (référentiel n°1) ; un groupe de villes qui, au sein du premier ensemble, sont de taille comparable aux deux grandes aires urbaines normandes par la population (référentiel n°2); enfin, des villes partageant avec Rouen et, dans une moindre mesure, Caen, la particularité d’être géographiquement proches de Paris (référentiel n°3).

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Caen et Rouen affichent un degré de métropolisation qui peut être jugé faible au regard de la plupart des grandes villes de province (illustrations 5). En effet, comparées aux 28 autres villes de province ayant un statut de capitale régionale ou de métropole (référentiel n°1 « grandes villes »), Rouen se classe dans la première moitié du référentiel pour le seul indicateur de la densité de population (illustration 6). Caen y figure pour sa densité, mais aussi pour son attractivité touristique, la part des effectifs de têtes de groupe implantées sur son territoire et son accroissement démographique.

Le constat ne change guère lorsque l’on réduit la comparaison aux seules capitales régionales ou métropoles ayant une importance démographique relativement proches de celle de Caen et Rouen (référentiel n°2 « villes de taille comparable») (illustration 7).

Les deux grandes aires urbaines normandes se signalent notamment par un moindre dynamisme démographique que celui de nombreuses métropoles ou grandes aires urbaines de province. Les grandes villes françaises (référentiel n°1) atteignent en moyenne une croissance démographique de 0,7 % par an entre 2008 et 2013, alors que Rouen et Caen ne progressent que de 0,3 % et 0,4 %. Elles enregistrent pour la plupart un solde migratoire positif, ce qui n’est pas le cas des deux principales villes normandes. La situation de Caen et Rouen est donc très différente de celle des métropoles de Rennes, Toulouse, Nantes, Montpellier, Lyon et Bordeaux, qui, éloignéesde Paris pour la plupart, enregistrent l’essentiel de la croissance démographique des 28 aires urbaines du référentiel.

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Le degré de métropolisation des deux grandes villes de Normandie apparaît encore plus en retrait dans les domaines de l’accumulation des savoirs et de l’innovation. Ainsi, la part des cadres des fonctions métropolitaines dans l’emploi n’atteint pas les 8 %à Caen et Rouen, alors qu’elle est de 11 % en moyenne dans les grandes villes capitales de région ou métropoles. Sur ce critère, où de fortes disparités existent entre les aires urbaines (dans celles de Toulouse et Grenoble, la proportion des CFM atteint 15 %, alors qu’à Châlons-en-Champagne ou Limoges, elle n’est que de 5 %), Rouen et Caen se classent 19e et 20e parmi les 30 aires urbaines du référentiel. De surcroît, le développement de ces fonctions à Caen et Rouen s’effectue à un rythme relativement réduit. Le nombre de CFM n’a en effet progressé que de 8 %à Rouen et Caen entre 2008 et 2013, contre 15 % dans les autres grandes villes de province. De même, pour la part des emplois à forte intensité de connaissance (high-tech), Rouen et Caen se situent respectivement en 22e et 17e positions parmi les 30 aires urbaines du référentiel n°1, loin des aires urbaines les plus en pointe dans ce domaine que sont Toulouse et Grenoble.

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En revanche, le positionnement relatif des deux grandes urbaines normandes apparaît moins en retrait concernant la part des cadres et des professions intermédiaires dans l’emploi et il se situe dans la moyenne pour la proportion d’étudiants dans la population. Par ailleurs, l’aire urbaine de Caen tire son épingle du jeu en matière d’attractivité, notamment pour ce qui concerne le taux de fonction touristique et les effectifs dépendant d’un centre de décision implanté sur le territoire.

Outre des facteurs endogènes (faible dynamisme démographique, attractivité réduite vis-à-vis des hauts diplômés, développement limité de certaines fonctions économiques comme la conception-recherche…), la faible distance par rapport à Paris contribue à expliquer le moindre développement du processus de métropolisation en Normandie. La plus ou moins grande proximité avec l’aire urbaine parisienne n’est pas sans effet sur le potentiel de développement et de rayonnement des villes de province. Ainsi, les « aires urbaines métropolisées» se trouvent toutes situées en périphérie du territoire national, celles figurant dans le voisinage immédiat de Paris n’atteignant pas ce statut. Or, comparativement aux grandes villes deprovince proches de la capitale, les deux grandes aires urbaines normandes apparaissent beaucoup moins en retrait sur les indicateurs de métropolisation.

A Caen et Rouen, une métropolisation comparable à celle des grandes aires urbaines proches de la capitale

Parmi les 7 aires urbaines situées à moins de 250 km de Paris (référentiel n°3), Caen se classe dans les 3 premiers rangs pour 7 indicateurs sur 12, bénéficiant sans doute du fait qu’elle est plus éloignée de Paris que les autres villes du groupe concerné (illustration 8). Profitant de l’attrait du littoral de la Côte de Nacre, Caen est ainsi la plus attractive des villes du référentiel sur le plan touristique. Elle figure en 3e position pour la part de diplômés du supérieur, la proportion d’étudiants dans la population et celle d’emplois high-tech dans l’emploi total. Quant à l’aire urbaine de Rouen, la plus densément peuplée parmi les grandes villes proches de Paris, elle occupe une place intermédiaire pour la richesse dégagée par emploi et la part des CFM, et s’avère bien positionnée sur un indicateur d’ouverture internationale tel que l’accueil des étudiants étrangers.

Le Havre : un positionnement favorable sur de nombreux indicateurs de métropolisation par rapport à des villes comparables

Compte-tenu de sa taille et de son statut, Le Havre ne peut guère être comparée avec des capitales régionales et des métropoles. Ce sont donc 10 grandes villes sous-préfectures, portuaires pour une part, d’importance démographique comparable, qui ont servi de référentiel (voir méthodologie). Dans ce groupe, le port normand occupe fréquemment les premiers rangs sur les différents indicateurs de concentration de population, d’activités et d’innovation. Du fait de la présence d’activités industrielles fortement capitalistiques, notamment dans le secteur du raffinage, la richesse dégagée par emploi est très élevée au Havre. L’aire urbaine havraise se place ainsi en 1ère position, devant celle de Saint-Nazaire, pour la richesse dégagée par emploi et le nombre d’emplois pour 100 actifs occupés (illustration 9). Avec plus de 15 % d’effectifs de tête de groupe implantées sur le territoire, l’aire urbaine du Havre dispose également d’un poids décisionnel plus fort que les villes de son référentiel (12 %). Ayant développé un pôle universitaire et disposant d’un secteur industriel à même d’offrir des débouchés à une population diplômée, l’aire urbaine havraise se trouve bien positionnée pour la part des étudiants et la proportion des diplômés du supérieur dans la population (illustration 10). En revanche, Le Havre se distingue défavorablement par sa démographie. L’évolution de sa population est en effet négative, comme à Douai-Lens et à Dunkerque, et le recul de la population havraise est plus prononcé que dans toutes les autres villes du référentiel. De ce point de vue, la situation havraise se trouve très éloignée de celle observée à Bayonne, Saint-Nazaire et Lorient, qui sont les aires urbaines dont la population s’accroît le plus au sein du groupe de villes considéré.

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En Normandie, les écarts de développement entre les grandes aires urbaines et les autres espaces urbains sont peu marqués

Le développement d’espaces métropolisés au sein d’un territoire donné peut, en théorie, se traduire par un creusement des écarts entre les villes les plus importantes et les autres, et donc par un renforcement des déséquilibres territoriaux. Cette situation ne s’observe guère au sein de la Normandie, du fait, d’une part, du degré relativement réduit de métropolisation atteint par les trois grandes aires urbaines régionales, d’autre part, de certains atouts propres aux autres villes normandes.

Si Rouen, Caen et Le Havre sont les aires urbaines les plus peuplées et concentrent une part conséquente de la population régionale, elles ne s’inscrivent pas dans une dynamique forte d’accroissement démographique, à l’inverse d’aires urbaines de moindre importance. Rouen et Caen font partie des huit grandes aires urbaines normandes dont la population augmente (cf. partie 1), mais leur croissance démographique n’est que de 0,3 % et 0,4 % par an entre 2008 et 2013, quand celles de Granville, Pont-Audemer, Avranches et Bayeux affichent, respectivement, une augmentation de population de 2,2 %, 2,0 %, 1,5 % et 1,1 % par an. Le Havre perd chaque année 0,3 % de sa population.

Dans les trois grandes villes, le solde migratoire est déficitaire. Celles-ci se révèlent donc faiblement attractives, notamment vis-à-vis des actifs, qui ont tendance à se tourner vers d’autres lieux de résidence (Bayeux pour ceux travaillant à Caen, Pont-Audemer pour ceux ayant un emploi au Havre ou à Rouen).

Sur un autre plan, avec respectivement 98 et 101 emplois pour 100 actifs occupés, les aires urbaines de Rouen et Caen disposent, proportionnellement, de moins d’emplois que les 17 autres grandes aires de la région, qui ont en moyenne 109 emplois pour 100 actifs occupés. Mieux dotée, le Havre dispose de 108 emplois pour 100 actifs, davantage de personnes habitant à l’extérieur de l’aire urbaine venant chaque jour y travailler.

Le niveau de concentration des CFM au sein des trois principales aires urbaines de la région reste limité, contribuant à faire de cet indicateur l’un des principaux « points faibles » du fait métropolitain en Normandie. En 2013, la part de ces cadres dans l’emploi est seulement un peu plus élevée dans les aires urbaines de Caen (7,5%), Rouen (7,5%) et Le Havre (6,5%) que dans les autres grandes aires normandes (5,5%). Depuis 1999, cette proportion a toutefois progressé plus rapidement dans les trois plus grandes aires urbaines (+1,9 points) que dans l’ensemble des aires de la région (+1,6 point).

Par ailleurs, la prédominance des trois plus grandes aires urbaines ne se vérifie pas systématiquement sur les indicateurs de métropolisation. Des aires urbaines normandes tirent parti de leur situation géographique ou des particularités de leur tissu productif pour apparaître bien positionnées sur quelques critères tels que la présence d’emplois « high-tech » (voir définition), la concentration d’emplois dépendant d’un centre de décision implanté sur le territoire ou l’activité touristique. Ainsi, les aires urbaines de Louviers et de Vernon, dans l’ancienne Haute-Normandie, disposent de la plus grande part d’emplois high-tech ainsi que d’une forte proportion de CFM et de cadres intermédiaires dans l’emploi, grâce à la présence de plusieurs laboratoires pharmaceutiques à Louviers et du secteur aéronautique et spatial (Snecma, Goodrich Actuation) à Vernon. Au sein des aires urbaines d’Évreux et de Vire, les effectifs dépendant de têtes de groupe implantées sur le territoire représentent la même part dans l’emploi total qu’à Caen et davantage qu’à Rouen.

3- Caen et Rouen, des réseaux d’échanges encore adossés l’un à l’autre

Les aires urbaines normandes entretiennent des relations d’échanges privilégiés visibles au travers de nombreux flux (économiques ou de personnes). Ces relations d’échange sont marquées par l’influence de l’aire urbaine de Paris, la capitale polarisant une partie notable des déplacements professionnels des Normands ainsi que les échanges économiques. Les relations entre les deux anciennes régions administratives constituant la Normandie sont ténues.

Quels que soient les flux retenus, Rouen et Caen structurent chacune une zone d’échanges privilégiés importante en nombre d’habitants et d’emplois. Ces zones apparaissent aujourd’hui bien distinctes l’une de l’autre. Les aires urbaines de la Manche constituent une constellation de communautés d’échanges peu reliées à celles de Caen et de Rouen. Le sud de l’Orne, notamment l’aire urbaine d’Alençon, regarde vers l’aire urbaine du Mans davantage que vers les systèmes urbains normands.

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Les 67 aires urbaines normandes entretiennent des relations d’échanges privilégiés, que l’on peut appréhender au travers des nombreux flux existant entre-elles. Ces flux concernent la mobilité des personnes. Il s’agit notamment des déplacements domicile-travail de l’ensemble des actifs, de ceux des cadres des fonctions métropolitaines et, plus marginalement, des migrations résidentielles d’étudiants. Les flux économiques constituent également des marqueurs de fonctionnement en réseau des aires urbaines. Ceux-ci prennent la forme de transferts d’établissements ou reflètent l’intensité des relations entre établissement siège et établissement. Les réseaux d’échanges dessinés par ces flux économiques et par la mobilité des personnes sont structurés par un certain nombre de facteurs comme les influences extérieures, les effets de l’histoire administrative ou les spécificités du tissu économique.

Peu d’échanges entre les deux anciennes capitales régionales normandes

En Normandie, les échanges intra-régionaux, notamment entre les aires urbaines des deux anciennes régions administratives, s’avèrent relativement faibles, quelle que soit la nature du flux étudié (mobilité de personnes ou flux économiques). Les réseaux de Caen et Rouen sont relativement adossés l’un à l’autre. Les influences extérieures, et notamment parisienne, contribuent fortement à ce phénomène. En effet, Paris polarise les déplacements professionnels des Normands, les mobilités résidentielles de même que les flux économiques.

Ce constat ne constitue évidemment pas en soi une spécificité régionale compte-tenu du poids de la capitale, mais la proximité géographique entre la Normandie et Paris exacerbe le niveau de cette influence. L’ensemble des aires urbaines de Seine-Maritime et de l’Eure font ainsi partie de l’aire d’influence polarisée par Paris. L’attraction parisienne est également effective sur les aires urbaines du Perche Ornais, tant du point de vue des déplacements domicile- travail que des migrations résidentielles d’étudiants. Si les espaces urbains du Calvados sont moins soumis à l’attraction de la capitale, celle-ci n’en est pas moins réelle concernant les cadres des fonctions métropolitaines ou les étudiants.

Paris n’est pas le seul territoire exerçant une attraction sur la Normandie. Les aires urbaines situées aux abords des régions limitrophes subissent parfois des influences extra régionales. C’est le cas de l’aire urbaine d’Alençon et sa périphérie, située aux franges des Pays de la Loire, dont les flux domicile-travail sont principalement dirigés vers l’aire urbaine du Mans. Les territoires situés au sud-ouest de la Normandie (Avranches, Mont-Saint-Michel), aux franges de la Bretagne, sont plutôt tournés vers Rennes. Cette connexion est sensible dans les réseaux dessinés par les flux d’étudiants, les migrations résidentielles et par les rares transferts d’établissements.

Ces influences extérieures contribuent au fait que les deux espaces d’échanges privilégiés polarisés par Rouen et par Caen soient faiblement reliés entre-eux. Ces derniers entretiennent peu de relations d’échanges, que ce soit en termes de mobilités résidentielles, de déplacements domicile-travail ou de flux économiques. Cette juxtaposition se lit de façon très nette, par exemple, dans l’organisation des mobilités résidentielles des étudiants. L’enseignement supérieur normand reste en effet articulé autour de deux systèmes infra régionaux, l’un structuré par l’aire urbaine de Caen, l’autre par celle de Rouen. L’espace d’échange polarisé par l’aire urbaine du Havre (398 000 habitants et 167 000 emplois) joue pour les déplacements professionnels le rôle de pont entre ces deux réseaux en bonne partie adossés. Il s’agit du seul espace à englober des aires urbaines de Seine-Maritime et du Calvados.

Dans leurs zones d’influences respectives, les aires urbaines de Rouen et de Caen jouent un rôle prépondérant.

Les flux d’échanges se dirigent vers ces deux principales aires urbaines, en partant de l’ensemble des aires urbaines faisant partie de leur zone d’influence. Au-delà, le réseau polarisé par Rouen est fortement connecté avec celui de Paris et avec celui du Havre, ce qui correspond aux contours de l’axe Seine. De par sa taille, l’espace d’échanges polarisé par l’aire urbaine de Rouen joue un rôle central dans la structuration de cette zone (cf Insee Analyse Ile-de-France n°55). L’aire urbaine de Rouen est également fortement connectée avec Lille et Amiens pour ce qui est des migrations résidentielles d’étudiants. Pour sa part, l’aire urbaine de Caen joue le rôle de tête de réseau concernant les navettes domicile-travail sur l’ensemble du Calvados et le nord de l’Orne. Elle est étroitement connectée avec les petites et moyennes aires qui structurent les vastes espaces ruraux situés autour de Caen, phénomène de longue date. L’intensité des flux domicile-travail a en effet fortement évolué entre 1999 et 2012 mais le périmètre des zones d’échanges préférentiels entre les aires urbaines normandes est, lui, resté inchangé au cours de cette période.

Déplacements domicile-travail : les aires urbaines de Seine-Maritime et de l’Eure tournées vers Paris

Suivant la nature des flux étudiés et l’espace analysé, les sous-ensembles d’échanges préférentiels peuvent prendre des contours différents. À l’échelle de la France métropolitaine, les déplacements domicile-travail entre les aires urbaines, qui sont les flux les plus structurants dans les réseaux d’échange, mettent en évidence 16 réseaux d’aires urbaines (illustration 11).

Leur périmètre dépasse parfois le contour des régions et peuvent se décomposer en sous-réseaux à une échelle plus locale. L’espace polarisé par Paris, le plus important de tous, rayonne ainsi autour de la capitale, absorbant les aires urbaines des départements limitrophes, dont celle de Rouen, mais également Orléans, Tours, etc.

Cette énorme zone d’échange, qui regroupe près de 17 millions d’habitants, polarise toutes les aires urbaines de la Seine-Maritime et de l’Eure, et déborde même sur une partie de l’ancienne Basse-Normandie en absorbant L’Aigle et Honfleur. Toutefois, la grande majorité des aires urbaines du Calvados, de la Manche et de l’Orne demeurent à l’écart de cette zone. Fonctionnant en lien étroit, elles constituent un réseau à part entière, articulé autour de Caen. Au total, 29 aires urbaines normandes sur 67 se trouvent sous l’influence de Paris, dont 9 grandes aires urbaines. Parmi ces dernières figurent certaines des aires urbaines les plus importantes de Normandie (Rouen, Le Havre, Évreux).

Si l’on exclut l’influence de l’aire urbaine de Paris et que l’on considère un territoire couvrant toutes les aires urbaines du quart Nord-Ouest de la France (Normandie, Bretagne, Pays de la Loire, Hauts-de-France), d’autres réseaux d’échanges apparaissent, dans lesquels s’insèrent les villes normandes. Les déplacements domicile-travail dessinent 8 zones d’échanges privilégiés et constituent un espace dans lequel Nantes et Rennes jouent le rôle de têtes de réseaux, mais où les aires urbaines de Rouen, Angers et Caen occupent également une place significative. Au sein de cet espace, la partie occidentale de la région et sa partie orientale forment deux systèmes d’échanges distincts, organisés autour de Caen pour le premier, de Rouen pour le second. Au sud de l’Orne, l’aire urbaine d’Alençon regarde moins vers la Normandie que vers le réseau d’échanges structuré autour du Mans, auquel elle appartient.

Enfin, à l’échelle plus fine de la Normandie, les déplacements domicile-travail font émerger cinq réseaux d’échanges privilégiés entre les 67 aires urbaines du territoire (illustration 12).

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L’aire urbaine de Rouen et celle de Caen structurent une zone d’échanges privilégiés importante en nombre d’habitants et en nombre d’emplois. Les autres zones d’échanges sont de taille beaucoup plus modeste.

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Le plus important réseau d’échanges au sein de la Normandie est organisé autour de Rouen

Les 5 zones d’échanges privilégiés qui sont structurés par les déplacements domicile-travail au sein de la Normandie sont polarisées par les principales aires urbaines de Normandie. Leur structuration reflète l’absence de liens forts entre la partie occidentale et le versant oriental de la Normandie (illustration 13).

L’espace d’échanges privilégiés organisé autour de l’aire urbaine de Rouen recouvre une grande partie de la Seine-Maritime et de l’Eure. C’est un espace mono-centrique dans lequel Rouen joue très nettement un rôle de tête de réseau devant 6 autres grandes aires urbaines dont Evreux, Dieppe et Louviers. Il comprend 3 aires moyennes (Bernay, Yvetot et Gournay en Bray) et 11 petites aires. Cet espace d’échange accueille, en 2012, 1 116 000 résidents et 466 000 emplois.

L’espace d’échange qui s’organise autour de l’aire urbaine de Caen, s’étend sur l’ensemble du Calvados et le nord de l’Orne. Il comprend 6 grandes aires urbaines (dont Lisieux et Flers), une moyenne aire urbaine (Falaise) et 6 petites aires urbaines. Dans cet espace d’échange à caractère mono-centrique, qui abrite 626 000 habitants et 266 000 emplois en 2012, Caen joue le rôle de tête de réseau.

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La troisième communauté, dans la Manche, est de nature polycentrique. Elle est constituée par un archipel d’espaces d’échanges privilégiés. Elle est constituée de 4 grandes aires urbaines (Saint-Lô, Cherbourg-Octeville, Granville, Avranches), 1 moyenne aire urbaine (Coutances) et 11 petites aires urbaines. Dans cet espace, Cherbourg-Octeville polarise le nord du territoire, Saint-Lô concentre les flux dans le centre Manche et l’aire urbaine de Granville polarise le Sud du département. Cet espace d’échanges privilégiés accueille 298 000 habitants et 130 000 emplois.

Un quatrième espace d’échange est polarisé autour de l’aire urbaine du Havre. Il s’étend sur la partie sud du littoral de Seine-Maritime (aire urbaine de Fécamp, de Saint-Valery en Caux et Cany-Barville) et empiète sur le Calvados, en englobant l’aire urbaine de Honfleur, ainsi que sur l’Eure (aire urbaine de Pont-Audemer). Il s’agit de l’unique communauté d’échanges qui regroupe des aires urbaines appartenant aux deux anciennes régions administratives.

Au total, cet espace comprend 3 grandes aires urbaines (Le Havre,Pont-Audemer, Lillebonne), 2 moyennes aires urbaines (Fécamp et Honfleur) et deux petites aires urbaines (Saint-Valery en Caux et Cany-Barville). Il accueille 398 000 habitants et 167 000 emplois en 2012.

Le cinquième espace d’échanges privilégiés s’organise autour de l’aire urbaine d’Alençon. Cet espace s’étend sur la quasi totalité du département de l’Orne. Il englobe une seule grande aire urbaine (Alençon), 3 moyennes aires urbaines (l’Aigle, Argentan, Nogent-le-Rotrou) et 6 petites aires urbaines. Il déborde légèrement sur les départements limitrophes (Eure, Eure et Loir, Sarthe) en raison du périmètre des aires de Nogent-le-Rotrou, Verneuil-sur-Avre et Mamers.

Entre ces 5 communautés, le principal axe d’échanges relie la communauté de Rouen à celle du Havre : 5 840 personnes font ce trajet pour aller travailler tandis que 4 600 font le trajet inverse. Le second axe d’échanges le plus important relie la communauté de Caen à celle de Saint-Lô : 2 300 personnes font le trajet de l’aire d’influence de Caen vers celle de Saint-Lô tandis que 2 500 font le trajet inverse pour aller travailler.

Du fait de sa masse démographique, la communauté Rouen est celle qui enregistre le plus grand nombre de flux d’entrées et de sorties (13 900), devant la communauté de Caen qui en totalise 12 250. Toutefois, en raison de sa position géographique assez centrale, c’est le réseau Caen qui s’avère le plus fortement connecté avec les autres communautés. Les flux avec chacune des 4 autres communautés d’aires urbaines sont supérieurs à 1000. Au total, ce réseau envoie 6 200 actifs vers les aires urbaines des autres réseaux et en reçoit 6 100. La communauté Rouen est surtout reliée à celle du Havre et, à un degré moindre, à celle de Caen. Les flux d’échanges avec Alençon et avec Saint-Lô sont très faibles. L’aire urbaine de Rouen et celle de Caen structurent une zone d’échanges privilégiés importante en nombre d’habitants et en nombre d’emplois Trajets domicile-travail des cadres des fonctions métropolitaines : forte polarisation par le réseau de Paris, peu d’échanges au sein de la Normandie

Les emplois de cadres des fonctions métropolitaines sont considérés comme un indicateur du développement et de l’attractivité des aires urbaines. Ces actifs, qui se révèlent plus mobiles que les autres et parcourent des distances plus longues pour rejoindre leur emploi, représentent une faible part de l’emploi total normand.

À l’échelle de la Normandie et des aires urbaines des départements limitrophes à cette région (y compris l’aire urbaine de Paris), les flux domicile-travail des cadres des fonctions métropolitaines font apparaître 5 réseaux d’aires urbaines (illustration 14). Le réseau le plus vaste est polarisé par Paris et rayonne sur un vaste ensemble qui déborde sur les régions Hauts-de-France et Centre.

Deux réseaux couvrent la majeure partie de la Normandie et sont polarisés respectivement par l’aire urbaine de Caen et celle de Rouen. Celui organisé autour de l’aire urbaine de Caen attire les cadres des fonctions métropolitaines venant de 29 aires urbaines, dont Cherbourg-Octeville, Saint-Lô, Flers, ou Lisieux. Le réseau organisé autour de l’aire urbaine de Rouen est également constitué de 29 aires urbaines. Il comprend notamment les aires du Havre, Evreux, Dieppe, Louviers et Eu (aires urbaines de plus de 3 000 habitants). Lorsqu’ils résident à la frange du département de l’Orne, les cadres des fonctions métropolitaines ne regardent guère vers la Normandie et vont principalement travailler dans le territoire limitrophe de la Sarthe.

Les aires d’Alençon (qui déborde sur la Sarthe), l’Aigle, Mortagne-au-Perche, Sées, Bellême et Le Theil appartiennent au réseau organisé autour du Mans. Dans le Sud Manche, l’aire de Saint-James se tourne vers le réseau d’échanges privilégiés polarisé par l’aire urbaine de Rennes.

L’attraction parisienne sur la Normandie se révèle très forte concernant cette catégorie d’actifs. Elle est plus importante encore que pour les autres flux de personnes et son étendue dépasse largement l’ancienne Haute-Normandie. L’espace d’échanges de Rouen est presque totalement et exclusivement tourné vers celui de Paris, où il envoie 3 900 cadres des fonctions métropolitaines.

Les flux les plus nombreux relient l’aire urbaine de Rouen à celle de Paris : 1 960 cadres résidant dans l’aire de Rouen se dirigent vers Paris pour aller travailler. L’espace d’échanges polarisé par Caen est également très fortement connecté avec celui de Paris vers lequel se dirigent 1 040 cadres des fonctions métropolitaines.

Conséquence de cette influence de l’aire parisienne, ainsi que du faible développement des fonctions métropolitaines dans les grandes villes de Normandie, les échanges concernant cette catégorie d’actifs entre les réseaux internes à la région sont très réduits. Seuls 200 cadres des fonctions métropolitaines résidant dans le réseau polarisé par Rouen en sortent pour aller travailler dans le réseau d’influence de Caen. Même constat pour le réseau structuré par l’aire urbaine de Caen. Seuls 370 cadres quittent le réseau de Caen pour rejoindre leur lieu de travail situé dans le réseau polarisé par Rouen. Les chiffres sont encore plus faibles à destination du réseau polarisé par Rennes et de celui structuré par l’aire urbaine du Mans.

Les flux de cadres des fonctions métropolitaines à l’intérieur du réseau structuré par l’aire urbaine de Rouen sont plus importants qu’au sein du réseau structuré par l’aire urbaine de Caen, en raison de l’effet taille de chaque réseau.

16 600 cadres des fonctions métropolitaines résident et travaillent dans l’aire urbaine de Rouen. Au sein de son espace d’échanges, l’aire urbaine de Rouen est surtout connectée avec les aires urbaines de Louviers, Le Havre, Évreux et Dieppe. L’aire de Louviers est celle avec laquelle Rouen est le plus fortement connecté après Paris.

10 600 cadres des fonctions métropolitaines résident et travaillent dans l’aire urbaine de Caen. Au sein de son espace d’échanges, l’aire urbaine de Caen est principalement connectée avec Dives-sur-Mer, puis avec Bayeux et Lisieux.

Migrations résidentielles d’étudiants : des relations étroites avec Paris et les régions limitrophes

De même qu’elle polarise les déplacements domicile-travail effectués par les actifs de la Normandie, l’aire urbaine de Paris capte l’essentiel des flux d’étudiants qui quittent la région. Quand ils ne vont pas à Paris, les étudiants de l’ex Basse-Normandie se dirigent surtout vers Rennes ou Nantes, tandis que ceux de l’ex Haute-Normandie choisissent de façon privilégiée Lille ou Amiens.

Les étudiants de l’Orne ont également tendance à choisir Le Mans, plus proche.(illustration 15). A l’échelle de la région Normandie, ce sont les aires urbaines de Caen et de Rouen qui polarisent les flux d’étudiants en provenance des autres aires urbaines. Les deux grandes zones d’échanges privilégiés dessinées par les migrations résidentielles d’étudiants recouvrent approximativement les contours administratifs des deux anciennes régions Haute et Basse-Normandie.

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Flux économiques : polarisation par l’aire d’influence de Paris et quasi absence de flux entre les communautés d’aires urbaines normandes

En Normandie comme ailleurs, les flux économiques entre établissements et établissement sièges sont fortement polarisés par l’aire urbaine de Paris, où sont localisés les sièges sociaux des grandes entreprises. L’influence parisienne en la matière s’étend au-delà des aires urbaines de l’Eure ou de la Seine-Maritime et englobe l’ensemble de la Normandie.

Pour leur part, les flux internes à la région, très peu denses, dessinent un réseau constitué de quatre communautés d’échanges. Les deux plus importantes s’organisent autour de l’aire urbaine de Caen et de celle de Rouen, auxquelles s’ajoutent deux autres communautés de taille plus modeste, l’une réduite à Pont-Audemer et Honfleur, l’autre organisée autour de Louviers et comprenant Verneuil, Fleury sur Andelle et le Neubourg. Le territoire est surtout polarisé par les aires de Caen et de Rouen.

Parmi les quatre communautés d’aires urbaines résultant des flux économiques, celles de Rouen et de Caen sont celles qui entretiennent les liens les plus forts entre établissements et établissement sièges, en raison de leur tissu économique. Ces liens sont cependant ténus, comparativement au nombre d’établissements et au nombre total d’emplois dans chacune de ces zones. Ainsi, près de 2 900 ETP travaillant dans les aires de la communauté de Rouen sont employés dans des établissements dont le siège est situé dans les aires de la communauté de Caen. 3 800 ETP travaillant dans les aires de la communauté de Caen sont employés dans des établissements dont le siège est situé dans les aires de la communauté de Rouen. Les deux autres communautés ont peu de liens.

Les flux économiques prennent aussi la forme de transferts d’établissements. L’analyse de ce type de flux entre 2012 et 2014, également très faibles, révèle une partition des aires urbaines de Normandie en six communautés. Ce sont les territoires polarisés par l’aire urbaine de Rouen et celle de Caen qui sont le plus étroitement liés. Caen échange également avec la communauté polarisée par l’aire de Saint-Lô.

 

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