CLIMAT

Climat : Hong Kong, une ville éponge

Le TEMPS

par Julie Zaugg

La cité portuaire est l’une des plus menacées par le réchauffement climatique. Mais elle a adopté une série de mesures innovantes pour se protéger des inondations et de la montée des eaux

 

photo/ Dominique Milliez

 

Hongkong est l’une des villes les plus exposées au changement climatique. Chaque année, elle subit plusieurs typhons et reçoit 2400 millimètres de pluie, ce qui en fait l’une des villes les plus humides du monde. A titre de comparaison, la pluviométrie annuelle de Genève s’élève en moyenne à 917 millimètres.

Sa topographie – une fine bande de terre ultra-urbanisée bordée d’un côté par la mer et de l’autre par des collines escarpées – la rend particulièrement vulnérable aux inondations et aux glissements de terrain. Plus de 15% de son territoire se trouve en outre au-dessous du niveau de la mer, notamment une partie du centre-ville et l’aéroport, composés de terres reprises à la mer.

«Avec le réchauffement climatique, Hongkong subira moins de jours de pluie mais ils seront plus intenses, relève David Chen, climatologue à l’Université de Hongkong. Les typhons vont également devenir plus féroces.» Un rapport publié par le gouvernement en 2015 a calculé que Hongkong recevrait 180 millimètres de pluie en plus par an à la fin du XXIe siècle, comparé à 1986-2005.

photo : Dominique Milliez

 

Températures en hausse

A cela s’ajoute la montée du niveau des mers: la baie de Hongkong gagne en moyenne 31 millimètres par décennie. D’ici à la fin du siècle, elle aura crû de 0,63 à 1,07 mètre. En 2008, le village de pêcheurs de Tai O s’est retrouvé sous l’eau en raison des marées provoquées par l’ouragan Hagupit. Les vagues ont démoli plusieurs structures, emporté des véhicules et blessé 58 personnes.

La ville-Etat subira aussi les effets de la chaleur. Alors que les températures oscillent déjà fréquemment autour des 35 degrés durant l’été, la métropole devrait encore gagner entre 1,5 et 3 degrés d’ici à 2100. «Cet effet est accentué par la densité du bâti, détaille David Chen. Hongkong possède énormément de blocs de tours qui empêchent l’air de circuler.»

Les plus touchés seront les malades et les pauvres. «Ils ont davantage de risques de faire un malaise ou de développer de l’asthme, et ils verront leur facture d’électricité exploser à cause de l’usage accru d’air conditionné», précise Paul Harris, professeur d’études environnementales à l’Université pour l’éducation de Hongkong. Certaines maladies propagées par les moustiques, comme la dengue ou la malaria, pourraient faire leur apparition.

Mais si Hongkong est l’une des villes les plus à risque, elle est également l’une des mieux préparées. Sous le gigantesque terrain ovale qui abrite l’hippodrome de Happy Valley et plusieurs terrains de foot, au milieu des gratte-ciel, se trouve une grande halle caverneuse éclairée au néon. Son sol en pente est recouvert de petits monticules de terre et de flaques d’eau. Ici ou là, une plante a germé. «Cet espace, dont la construction a été achevée en mars 2017, sert à récolter les eaux de pluie, en cas de grosse tempête», explique Kan Hon-shing, l’ingénieur en chef du Département hongkongais en charge du drainage.

«Hongkong peut désormais survivre à une tempête du type de celles qui ne se déroulent que tous les 150 ans»

Kan Hon-shing, ingénieur hongkongais

Un tuyau les happe au sommet de la colline recouverte de jungle qui surplombe ce quartier, avant qu’elles puissent inonder la ville en contrebas. Lorsque l’eau atteint un certain niveau dans ce conduit, des capteurs activent automatiquement l’ouverture d’une porte coulissante donnant sur la halle souterraine, ce qui permet au surplus de liquide de s’y déverser. «Nous pouvons entreposer ici l’équivalent de 24 piscines, soit 60 000 m3 d’eau», précise Kan Hon-shing. Quand la pluie cesse, l’eau est pompée et rejetée à la mer.

La ville possède deux autres tanks de ce type et elle est en train de construire un lac artificiel destiné à la rétention des eaux de pluie. «Grâce à ce dispositif, Hongkong peut désormais survivre à une tempête du type de celles qui ne se déroulent que tous les 150 ans», souligne l’ingénieur. Depuis sa création en 1989, le Département en charge du drainage est parvenu à faire passer le nombre de lieux à risque pour une inondation de plus de 90 à 7.

photo : Dominique Milliez

 

Pavés et tuyaux poreux

Plus ambitieux encore, la métropole a pour but de se transformer en ville-éponge. «Il s’agit de reproduire l’infiltration d’eau de pluie dans les sols, qui se déroule normalement dans la nature et que le bétonnage urbain empêche», indique David Chen. A cet effet, Hongkong a installé dans plusieurs lieux des pavés poreux. «Ils sont composés de ciment agrémenté de morceaux de verre, ce qui crée des micropores sur leur surface, capables d’absorber l’eau», explique Ellen Cheng, du Département en charge du drainage.

L’eau ruisselle jusque dans le sous-sol, où elle est captée par des tuyaux, eux aussi poreux, puis acheminée dans un tank. «Elle est ensuite retraitée et utilisée pour alimenter les chasses d’eau, nettoyer les rues ou arroser les terrains de football et les parcs», précise Kan Hon-shing. Cela permet d’économiser 264 000 m3 d’eau par an.

Les toits de 70 bâtiments municipaux ont en outre été équipés de jardins aériens, ce qui favorise l’absorption d’eau. Et plusieurs canaux ont été construits avec les attributs de «vraies» rivières, comme des virages, des berges recouvertes de végétation ou un fond rocailleux, afin de capter une partie de la pluie et l’amener jusqu’à la mer. D’anciens étangs de pisciculture ont été transformés en terrain marécageux recouvert de passerelles en bois.

Pour contrer les effets de la hausse des températures, Hongkong a en revanche encore du chemin à accomplir. «La plupart des nouveaux bâtiments sont composés de ciment et complètement dépourvus d’isolation, note Paul Harris. Ils possèdent en outre de larges surfaces vitrées.» Ils se transforment donc rapidement en prisons de verre surchauffées.

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