DONNEES ET ANALYSES

Nouvelle Aquitaine : le numérique en plein essor

INSEE

par Sébastien Dumartin, Didier Lampin, Insee

L’économie numérique en Nouvelle-Aquitaine emploie 60 000 personnes réparties dans 21 000 établissements. Néanmoins, la région demeure encore peu spécialisée dans ce secteur. Les entreprises régionales, majoritairement de petites tailles, dépendent en grande partie de centres de décision extérieurs. L’activité numérique néo-aquitaine s’oriente principalement vers l’immatériel au détriment de la fabrication, comme au niveau national. La zone d’emploi de Bordeaux dispose d’un environnement économique particulièrement favorable à cette mutation. Cependant, l’emploi se développe aussi dans d’autres zones telles qu’Angoulême, Bayonne, Pau, Niort et La Rochelle. Les nouveaux métiers du numérique emploient essentiellement des hommes, des jeunes et des diplômés. Ils attirent aussi des non-salariés.

 

Une région encore peu spécialisée dans l’économie numérique

L’économie numérique regroupe un ensemble d’activités qui englobe les technologies de l’information et de la communication (TIC) et la création de contenus numériques (figure 1). Elle modifie en profondeur les façons de générer et d’échanger l’information, et les changements induits dans les modes de production et de consommation touchent l’ensemble des secteurs économiques. Compte tenu des enjeux sur la croissance ainsi que sur la compétitivité des entreprises et l’emploi, l’accompagnement des transitions numériques est au cœur des orientations stratégiques de développement économique et d’innovation, portées aussi bien par l’État que la Région.

Figure 1 – Les TIC, principale composante de l’économie numériqueLes composantes de l’économie numérique en Nouvelle-Aquitaine

  • Source : Insee, RP 2014 exploitation complémentaire au lieu de travail, Clap 2015

En Nouvelle-Aquitaine, l’économie numérique représente 60 000 emplois (dont environ 10 000 non salariés) dans 21 000 établissements. Les activités des TIC, cœur du numérique, captent la plus grande part de ces emplois. Les autres composantes se répartissent dans les domaines des contenus et supports culturels, dans la publicité et la communication et dans les activités industrielles connexes aux TIC, instrumentation scientifique et technique et équipement d’aide à la navigation.

Comme la position de la France, parmi l’ensemble des pays de l’Union européenne, le poids de l’économie numérique dans l’emploi total en Nouvelle-Aquitaine se situe en dessous de la moyenne des régions (2,6 % des emplois contre 3,0 % pour la France de province) ; ce qui la classe au 8e rang des régions métropolitaines. Ce positionnement modeste relève en partie de la concentration des activités du numérique dans la métropole bordelaise, labellisée « French Tech » (pour en savoir plus), de l’étendue de la région et de la structure de l’appareil productif local où les entreprises de taille intermédiaire (ETI) restent peu nombreuses. Néanmoins, la Nouvelle-Aquitaine est mieux positionnée en matière d’évolution d’emplois : c’est la 5e région la plus dynamique sur la période 2009-2014 (figure 2).

 

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Peu de structures de taille intermédiaire et forte dépendance à l’extérieur

Le tissu économique régional du numérique se compose principalement de petites structures. Neuf entreprises sur dix sont des microentreprises : néanmoins, elles représentent seulement 13 % des emplois du numérique, soit un peu plus que la moyenne des régions (11 %). En revanche, les structures « intermédiaires » (PME, ETI), peu nombreuses, en concentrent 45 %, à un niveau cependant plus faible qu’en France métropolitaine (52 %). Enfin, les entreprises de grande taille, comme Thales, Orange, Sud-Ouest, Capgemini, Bouygues, Sfr, Atos, France Télévisions, SoLocal Group, Sopra Steria Group, Gfi informatique ou encore Safran, en regroupent 42 % contre 37 % au niveau national.

Une part importante de l’emploi régional du numérique est localisée dans des établissements appartenant à des entreprises ou des groupes dont les centres de décision sont éloignés : 45 %, contre 33 % dans l’ensemble des secteurs. Pour 35 %, cet emploi dépend de centres de décision situés en France, principalement en Île-de-France, et pour 10 % à l’étranger, tels CGI, groupe canadien dans le domaine des TIC ou Sage, multinationale éditrice de logiciels.

Un secteur en mutation tourné de plus en plus vers l’immatériel

Si le poids de l’économie numérique en Nouvelle-Aquitaine reste modéré, un dynamisme est cependant à l’œuvre dans certains segments d’activité (figure 3). Entre 2009 et 2014, l’emploi de l’économie numérique régionale croît plus que celui de l’économie tous secteurs confondus (+ 3,5 % contre + 0,8 %), soit une création nette de 2 000 postes. Cette croissance n’est pas uniforme : elle se réalise dans le cadre de la recomposition du secteur du « numérique » et se traduit par une nouvelle répartition des emplois au sein de ses composantes. Excepté dans les « autres technologies numériques », l’emploi se replie globalement dans la sphère de production matérielle, tandis qu’il se renforce fortement dans la sphère de production immatérielle grâce principalement aux hausses de l’emploi dans les segments de la « programmation, conseil et autres activités informatiques » et du « traitement des données, hébergement, portail internet », au cœur de l’économie numérique, ainsi que dans celui de la « communication, activités de design et photo ».

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Figure 3 – Des gains d’emplois surtout dans les services informatiques et les activités de communication et de designL’emploi total du secteur numérique en Nouvelle-Aquitaine : évolution entre 2009 et 2014 et répartition en 2014 par composante du secteur

A contrario, les activités de fabrication des TIC, les télécommunications et « l’édition de livres, périodiques et autres activités d’édition » sont touchées par d’importantes pertes d’emploi.

La mutation numérique s’accompagne d’une dynamique de créations d’entreprises portée essentiellement par les deux composantes les plus dynamiques : les activités de publicité et communication (45 % des créations de 2009 à 2014) et la « programmation, conseil et autres activités informatiques » (33 % des créations).

Un écosystème plus favorable à l’emploi dans la métropole bordelaise

Les avantages de l’agglomération – où la densité des réseaux professionnels est forte – ceux de la proximité des marchés, des infrastructures et atouts techniques proposés ainsi que les opportunités en matière immobilière (espace de travail partagé, incubateur, pépinière…) constituent des éléments déterminants dans les choix de localisation.

En 2014, 43 % des emplois numériques néo-aquitains sont implantés dans la zone d’emploi bordelaise, contre 23 % des autres emplois. Dans les zones d’emploi de Poitiers et de Niort, l’emploi numérique est aussi « surreprésenté », mais dans une moindre mesure. Dans celles de Brive-la-Gaillarde, La Rochelle, Bayonne et Pau, son poids équivaut à celui du reste de l’économie régionale. Dans les autres zones, le numérique est partout moins représenté : c’est le cas de celle de Limoges, mais aussi de celle d’Angoulême malgré le développement marqué de l’emploi dans ce secteur.

Entre 2009 et 2014, le poids de la zone d’emploi de Bordeaux s’affirme et soutient la croissance régionale de l’emploi dans l’économie numérique (+ 3,5 %) : cette zone y apporte la plus forte contribution (+ 2,4 points) (figure 4). En 2014, les 26 000 emplois numériques y représentent 4,8 % de l’emploi total. C’est moins que les zones d’emploi de Rennes, Nantes et Toulouse (toutes à 6,3 %) mais plus que Marseille-Aubagne (3,6 %), Orléans (4,0 %) ou Strasbourg (4,5 %). Dans la zone bordelaise, entre 2009 et 2014, l’emploi est particulièrement dynamique dans les activités de la « programmation, conseil et autres activités informatiques » et de la « communication, activités de design et photo ».

Figure 4 – La zone d’emploi de Bordeaux, principal moteur du dynamisme de l’emploiEmplois salariés de l’économie numérique par commune en 2014 et contribution à leur évolution par zone d’emploi entre 2009 et 2014 en Nouvelle-Aquitaine

  • Lecture : L’emploi du secteur numérique en Nouvelle-Aquitaine s’accroît de 3,5 % entre 2009 et 2014. La zone d’emploi de Bayonne contribue pour + 0,9 point à cette croissance.
  • Source : Insee, RP2009 et RP2014 exploitations complémentaires au lieu de travail, Clap 2015

À côté du tropisme bordelais, la zone d’emploi d’Angoulême, grâce aux « supports audiovisuels », et celle de Bayonne, grâce à la « communication, activités de design et photo » gagnent en représentativité régionale. Dans une moindre mesure, celle de Pau, dans les « activités industrielles connexes » et la « communication, activités de design et photo », celle de Niort dans la « programmation, conseil et autres activités informatiques », portée par le secteur des assurances, et celle de La Rochelle dans le « traitement des données, hébergement, portail internet » contribuent également au dynamisme de l’emploi. À l’opposé, les zones de Limoges et Poitiers perdent significativement des emplois dans le « numérique », en raison principalement d’un fort retrait dans les « télécommunications », ainsi que dans la « fabrication des TIC » pour Poitiers et dans les « éditions, livres et périodiques » pour Limoges.

Le développement des activités numériques dans les territoires néo-aquitains se fait progressivement. Les initiatives publiques et privées (schémas départementaux d’aménagement numérique, crédits d’impôts recherche et innovation, dynamique collaborative, clusters…) se multiplient sur la période. Cependant, l’implantation des entreprises du numérique reste très tributaire du besoin en main-d’œuvre qualifiée, ce qui les concentre davantage dans les grandes agglomérations ou à leur proximité immédiate.

Les non-salariés renforcent leur présence

Le statut de non-salarié indépendant se développe considérablement au sein de l’activité numérique régionale (+ 35 %), bien plus rapidement que dans l’économie néo-aquitaine entière (+ 7 %). La création en 2009 du statut d’auto-entrepreneur a contribué à alimenter ce mouvement. En 2014, la part des non-salariés atteint 16 % dans le numérique, soit 4 points de plus qu’en 2009. Les besoins du secteur, ciblés en partie sur des contrats de projets particuliers, contribuent à l’essor de nouvelles formes de travail. Les entreprises, notamment dans les activités de « programmation, conseil et autres activités informatiques » et de « communication, activités de design et photo » recourent à l’externalisation de certains travaux en faisant appel aux indépendants, tels que les développeurs free lance, ou encore des consultants – dans les domaines de la robotique, par exemple – du speed trading ou de l’intelligence artificielle.

Cependant, les actifs sont encore largement des salariés, travaillant sous CDI et généralement à plein temps. Les secteurs porteurs comme la « programmation, conseil et autres activités informatiques » et le « traitement des données, hébergement, portail internet » créent de l’emploi dans les deux statuts. En revanche, dans la « communication, activités de design et photo », l’emploi se développe essentiellement grâce aux non-salariés.

Des hommes cadres plutôt jeunes et très diplômés

Les hommes sont très majoritaires dans le numérique (figure 5) ; ce caractère tend à se renforcer avec le temps. Entre 2009 et 2014, la part de l’emploi féminin s’y dégrade (– 2 points). En 2014, les femmes ne représentent plus que 35 % des actifs occupés alors qu’elles ont pris de l’importance dans l’économie néo-aquitaine (49 %). Leur déficit est particulièrement marqué dans les TIC et les industries connexes. En effet, les jeunes femmes s’orientent peu vers les formations dans les domaines de l’informatique et des technologies numériques. En revanche, elles sont aussi nombreuses que les hommes dans les « éditions, livres et périodiques » et également très présentes dans la publicité et la communication (46 %).

Figure 5 – Plus de cadres, d’hommes et de jeunes diplômés du supérieur dans le « numérique »Comparaison des principales caractéristiques des actifs occupés dans le « numérique » et dans l’ensemble de l’économie en 2014 en Nouvelle-Aquitaine

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  • Source : Insee, RP2009 et RP2014 exploitations complémentaires au lieu de travail, DADS 201

Si le nombre de femmes dans l’économie numérique chute fortement chez les « employées » et les « ouvrières », entre 2009 et 2014, il augmente au contraire chez les cadres (+ 15,5 %) quasiment au même rythme que les hommes.

Tous sexes confondus, les cadres et les professions intellectuelles supérieures représentent 38 % des emplois du numérique, contre 13 % dans l’ensemble des secteurs ; ce qui explique un niveau de rémunération horaire moyen supérieur à celui de l’ensemble de l’économie. Ils sont particulièrement nombreux dans les TIC et les activités connexes (42 %) où leur part atteint son maximum dans la composante « programmation, conseil et autres activités informatiques » (59 %). Leurs métiers se dessinent alors autour de l’ingénierie de développement. L’acquisition de compétences et de techniques nécessite souvent la poursuite d’études dans des cycles longs. En 2014, 60 % des actifs occupés dans ce secteur sont diplômés du supérieur en Nouvelle-Aquitaine, bien plus qu’au niveau de l’ensemble de l’économie régionale (34 %). Dans la « programmation, conseil et autres activités informatiques », cette part atteint même 81 %. Les activités de la « publicité et de la communication » accueillent moins de diplômés du supérieur (44 %), mais leur part s’est accrue de 9 points depuis 2009. En contrepartie, ces activités mobilisent encore davantage les professions intermédiaires (graphistes, stylistes, photographes…).

En outre, les emplois de l’économie numérique sont occupés par des actifs plus jeunes en moyenne. Les moins de 35 ans représentent une part importante de l’emploi numérique, 32 % en 2014, alors que 29 % d’entre eux occupent un emploi dans l’ensemble de l’économie néo-aquitaine. C’est dans la « programmation, conseil et autres activités informatiques », dans « l’édition de logiciels » et dans le « traitement des données, hébergement, portail internet » que les jeunes sont les plus nombreux (en moyenne 41 %).

Encadré

Les métiers emblématiques du numérique se diffusent aussi dans le reste de l’économie

L’avènement du numérique entraîne l’émergence de nouveaux métiers et la transformation de métiers existants. Onze métiers spécifiques au numérique, essentiellement dans le domaine informatique, ont été identifiés. Entre 2009 et 2014, en Nouvelle-Aquitaine, leur nombre d’emplois augmente bien plus que l’emploi total (+ 10,5 % contre + 0,8 %). Ils se diffusent dans l’ensemble des secteurs de l’économie, en particulier les TIC, les assurances, les banques, le commerce et les transports. On compte 27 800 emplois dans ces métiers, dont la moitié au cœur de l’économie numérique dans les TIC. Le métier d’ingénieur est le plus répandu avec 51 % des effectifs, viennent ensuite les techniciens (43 %) et enfin les employés et opérateurs en informatique (figure 6).

Les besoins en compétences contribuent à créer majoritairement des emplois de cadres dans les entreprises. Entre 2009 et 2014, la qualification des emplois monte en gamme. Sur l’ensemble de l’économie, le métier d’ingénieur, y compris chef de projets, est en nette progression (+ 22 %). Cette hausse est plus marquée dans le reste de l’économie (+ 28 %) que dans l’économie numérique (+ 18 %). Ces emplois stratégiques à forte responsabilité se polarisent au sein des zones d’emploi de Bordeaux, et dans une moindre mesure, de celles de Niort, Pau, Poitiers et Limoges.

Analyste programmeur, ingénieur d’études en informatique et développement et chef de projets sont en plein essor. En revanche, le nombre de techniciens a peu augmenté (+ 3 %) tandis que celui des employés et opérateurs d’exploitation en informatique recule (– 7 %) et plus nettement dans l’économie numérique que dans le reste de l’économie.

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