DONNEES ET ANALYSES

L’espace rural des Hauts-de-France

INSEE

 par Grégoire Borey, Laure Leroy, Insee

En 2013, 385 000 personnes résident au sein de communes de l’espace rural dans les Hauts-de-France. Bien que globalement un peu plus âgée, cette population présente des caractéristiques relativement proches du profil-type des habitants de la région, contrairement à ce que l’on peut observer en moyenne en France de province. La croissance démographique dans cet espace est plus prononcée dans les Hauts-de-France que dans l’ensemble de la France de province. Elle s’explique notamment par une attractivité auprès des jeunes ménages anciennement urbains, issus en particulier de l’Île-de-France ou du reste de la région. Conjointement à l’arrivée de ces nouveaux résidents, un changement dans la composition familiale des ménages, ainsi qu’une modernisation des logements, se sont opérés dans les espaces ruraux.

Des indicateurs démographiques moins bien orientés dans l’espace rural du nord de la région

En 2013 dans la région, près de 385 000 personnes résident au sein de l’espace rural (méthodologie). Le rural occupe une moindre superficie du territoire régional qu’en moyenne en France de province (respectivement 30 % contre 50 %), et abrite de même une part moins importante de la population (6 % versus 12 %). Plusieurs sous-espaces ruraux peuvent être distingués dans la région, selon leur situation géographique et leur dynamique démographique (figure 1). Les sous-espaces ruraux situés dans la couronne amiénoise et le sud de l’Aisne rassemblent plus de la  moitié des résidents du rural (respectivement 35 % et 20 %). Ces deux grands ensembles de communes associent croissance démographique et moindre vieillissement de la population. À l’inverse, le sous-groupe de communes de l’espace rural situé au nord de l’Aisne (15 % des résidents ruraux), ainsi que celui situé au nord-ouest (22 %), connaissent une stagnation voire une baisse démographique, et abritent une population plus âgée.

Figure 1 – Les communes de l’espace rural de la région se concentrent autour de quatre grands espaces

Présentation des communes des Hauts-de-France par type d’espace

  • Source : classification CGET, données Insee.

Un profil de résidents qui diffère légèrement de la tendance régionale

Les résidents des espaces ruraux présentent des caractéristiques démographiques relativement proches de celles observées en moyenne dans les Hauts-de-France en termes d’âge ou de catégorie professionnelle. Ils sont toutefois un peu plus âgés que les autres habitants de la région : 17,2 % d’entre eux sont âgés de 65 ans ou plus contre 15,5 % en moyenne dans la région. Ainsi, ils présentent une proportion plus grande de seniors de 65 ans ou plus et une moindre part de jeunes. Ces écarts s’avèrent cependant moins marqués dans la région que dans l’ensemble de la France de province (figure 2). Dans le rural de la région, les cadres sont moins présents que dans le reste de la région (4 % contre 9 %) ; à l’inverse, les retraités (28 %) et les agriculteurs (3 %) sont surreprésentés (25 % et 1 % dans la région). Ici encore, les écarts entre rural et moyenne régionale sont moins importants dans les Hauts-de-France que dans l’ensemble de la France de province.

Figure 2 – Une structure par âge dans le rural plus proche dans la région qu’en moyenne en France de provinceStructure par âge de la population, par type de territoire en 2013, part et écart à la moyenne, en Hauts-de-France et France de province

Une structure par âge dans le rural plus proche dans la région qu’en moyenne en France de province
Part dans la population totale Hauts-de-France France de province
Rural (en %) Écart moyenne région (en points) Rural (en %) Écart moyenne province (en points)
Moins de 15 ans 20,2 +0,3 17,5 -0,5
De 15 à 29 ans 15,6 -3,5 13,1 -4,3
De 30 à 64 ans 47,0 +1,5 46,8 +1,1
65 ans ou plus 17,2 +1,7 22,6 +3,7
75 ans ou plus 8,9 +1,0 12,1 +2,3
Âge médian 41,0 +3,0 45,0 +4,0
Indice de vieillissement 65 ans ou plus/moins de 20 ans 0,66 0,07 1,01 0,22
  • Lecture : en 2013, 15,6 % de la population du rural des Hauts-de-France a entre 15 et 29 ans, soit 3,5 points de moins qu’en moyenne dans la région. L’âge médian dans le rural est de 41 ans, soit 3 ans de plus qu’en région.
  • Source : Insee, recensement de la population 2013.

Une croissance démographique prononcée

Les espaces ruraux des Hauts-de-France enregistrent, depuis les années 1980, une hausse démographique plus marquée (+ 11 %) que celle observée en moyenne dans la région (+ 6 %). Cette hausse est également plus importante que celle observée dans l’espace rural de France de province. De 1968 à 2013, la population de l’ensemble des communes de l’espace rural de la région augmente ainsi de 6 % contre moins de 1 % pour le rural de province (figure 3). Cette dynamique résulte d’un surplus de naissances par rapport au décès d’une part, et d’installations plus nombreuses que les départs d’autre part. Pour l’ensemble de la France de province, la croissance démographique des espaces ruraux n’apparaît qu’à la fin des années 1990 et reste pénalisée par un déficit des naissances par rapport aux décès.

Figure 3 – Une croissance démographique amorcée en 1982 dans le rural des Hauts-de-France

Évolution de la population depuis 1968, indice base 100 en 1968, en Hauts-de-France et France de province

Capture d_écran 2017-12-09 à 20.04.38

Si l’espace rural des Hauts-de-France enregistre une croissance démographique relativement importante depuis 1982, les dynamiques ne sont cependant pas uniformes au sein des quatre grands ensembles de communes de l’espace rural. Ainsi, le rural du nord-ouest de la région connaît une quasi-stagnation de la population (+ 0,1 % entre 1968 et 2013). Le nord de l’Aisne perd, quant à lui, de la population (– 18 % depuis 1968), en raison d’un déficit migratoire important et persistant sur toute la période. À l’inverse, le sud de l’Aisne gagne dans le même temps 18 % de population, du fait d’une dynamique migratoire favorable et d’un solde naturel positif. Ce sous-espace du rural profite notamment de la proximité de l’Île-de-France. Enfin, avec des soldes migratoire et naturel positifs, la couronne amiénoise enregistre une hausse démographique légèrement supérieure à la moyenne des espaces ruraux (+ 9 % contre + 6 %).

Une attractivité auprès des jeunes ménages urbains

La croissance démographique des espaces ruraux de la région résulte en particulier de leur attractivité auprès de ménages issus de l’espace urbain. Les communes de l’espace rural régional attirent notamment de nombreux Franciliens. Ainsi, si l’espace rural – comme la région dans son ensemble – perd de la population au jeu des migrations résidentielles avec le reste de la France (environ 5 000 départs pour 4 600 arrivées entre 2012 et 2013 dans le rural), il enregistre un solde migratoire nettement positif vis-à-vis de l’Île-de-France (avec autour de 960 départs pour 2 200 arrivées). Les déménagements de Franciliens vers les communes de l’espace rural de la région représentent ainsi plus de 46 % des arrivées en provenance du reste de la métropole. La dynamique démographique du sud de l’Aisne profite directement de cette attractivité.

Le rural des Hauts-de-France gagne également des habitants suite aux déménagements au sein même de la région, avec environ 15 200 installations contre 14 200 départs entre 2012 et 2013. Ces arrivées compensent le déficit enregistré vers le reste de la France métropolitaine et permet ainsi au rural de gagner de la population. Ce sont principalement des résidents des communes urbaines qui viennent s’installer (7 600 entrées, soit la moitié des arrivées dans le rural). Ces nouveaux résidents issus des communes urbaines sont majoritairement des jeunes ménages (25-34 ans) et sont pour la plupart actifs. Pour les plus jeunes (18-24 ans), la tendance est inversée avec des départs vers les communes urbaines plus nombreux que les déménagements vers le rural. Ce mouvement migratoire traduit un cycle de vie « classique », où la poursuite des études nécessite le plus souvent un rapprochement des centres urbains. Dans un second temps, une fois entré dans la vie active, la recherche d’un cadre de vie plus favorable peut inciter à s’en éloigner.

Un changement dans la structure des ménages

Depuis 1968, la structure des ménages résidant dans l’espace rural s’est profondément transformée. Si, dans le rural comme dans la région, la structure familiale dominante reste aujourd’hui le couple avec enfant(s), la taille de ce type de ménage tend en effet à se restreindre. Alors que l’appartenance à une famille nombreuse (trois enfants ou plus) était le profil dominant et surreprésenté dans l’espace rural en 1968, ce type de ménage s’avère aujourd’hui moins fréquent et s’aligne sur la moyenne régionale (figure 4). Cette tendance résulte d’un changement progressif dans le comportement de fécondité des couples : une parentalité plus tardive et un nombre d’enfants plus restreint par famille.

 

Figure 4 – Un changement dans la structure familiale d’appartenance des résidents ruraux depuis 1968

Composition familiale des communes de l’espace rural et de l’ensemble de la région en 1968 et en 2013

Capture d_écran 2017-12-09 à 20.06.09

En outre, depuis le début des années 1980, dans les espaces ruraux, comme dans la région dans son ensemble, la proportion de ménages constitués d’un couple sans enfant s’accroît. Ce type de ménage est surreprésenté dans le rural, avec environ 27 % de la population, soit 3 points de plus que pour l’ensemble de la région. Cette caractéristique découle, d’une part, de l’attractivité croissante des espaces ruraux auprès de jeunes ménages d’actifs (25-34 ans) en passe de devenir parents, ce qui explique notamment le regain démographique constaté depuis 1982. Elle résulte d’autre part, pour les couples plus âgés, du départ des enfants (18-24 ans), notamment vers l’urbain dans le cadre des études ou de l’activité professionnelle.

Les familles monoparentales sont à l’inverse sous-représentées dans le rural (autour de 6 % des ménages contre 9 % en région). Cela s’explique par la plus grande difficulté à concilier vie professionnelle et vie familiale au sein de territoires plus éloignés des villes et notamment des pôles d’emploi. L’éloignement domicile/travail s’avère en effet plus problématique pour une personne élevant seule son (ou ses) enfant(s).

Les ménages constitués d’une seule personne sont enfin également moins présents dans l’espace rural. Les étudiants constituant une partie importante de ce profil de ménages, ils sont mécaniquement moins présents dans les territoires éloignés des pôles universitaires. En outre, les personnes d’âge intermédiaire (26-64 ans) sont moins souvent dans un ménage seul qu’en moyenne dans la région. Enfin, les ménages composés d’un senior seul (65 ans ou plus) ne sont pas surreprésentés dans les communes de l’espace rural. Les seniors représentent 13 % des ménages d’une personne que ce soit en ville ou en milieu rural.

Un parc de logements attractif et qui se modernise

L’attractivité récente des espaces ruraux peut s’expliquer en partie par les caractéristiques du parc de logements offerts, en particulier leur taille. Ces territoires disposent en effet de logements plus grands : en 2013, l’espace rural compte ainsi 37 % de logements de 100 m² ou plus, contre 28 % pour la région (figure 5). Un quart des logements ruraux compte 6 pièces ou plus contre un cinquième des logements régionaux.

Figure 5 – Une surreprésentation des logements de grande taille dans le ruralRépartition des logements selon la taille dans le rural et la région en 2013

Capture d_écran 2017-12-09 à 20.07.08

La possibilité de disposer de plus grands espaces de vie, vecteur d’attractivité notamment pour les jeunes ménages, a en outre sans doute permis d’accélérer la modernisation du bâti, déjà entamée depuis 1968. Le gain en confort des logements dans l’espace rural s’est ainsi effectué régulièrement depuis la fin des années 1960. Si les logements anciens restent surreprésentés dans le rural, les écarts avec le reste de la région en matière de confort et d’équipements sont quant à eux assez faibles. En 1968, 70 % de la population des communes de l’espace rural résidait dans un logement sans baignoire ni douche, contre 56 % pour l’ensemble de la population régionale. Cet écart est aujourd’hui négligeable : moins de 1 point et à peine 1 % des logements concernés. L’amélioration du confort des logements est une tendance de fond pour l’ensemble de la région. L’arrivée de nouveaux ménages de jeunes actifs dans le rural a pu accélérer cette amélioration par la rénovation de logements anciens ou la construction de logements neufs.

Malgré cette modernisation des équipements sanitaires, les logements considérés par ailleurs comme étant de mauvaise qualité (encadré, catégories 6 à 8) demeurent tout de même légèrement surreprésentés dans le rural par rapport à la région (8 % des logements contre 6 % en moyenne régionale). Parmi les logements jugés de très mauvaise qualité (catégories 7 et 8), les logements ruraux sont surreprésentés. Dans ces catégories, un logement rural sur deux ne dispose d’aucun confort contre un sur trois en moyenne dans la région.

En SAVOIR PLUS

Laisser un commentaire

Entrez vos coordonnées ci-dessous ou cliquez sur une icône pour vous connecter:

Logo WordPress.com

Vous commentez à l'aide de votre compte WordPress.com. Déconnexion / Changer )

Image Twitter

Vous commentez à l'aide de votre compte Twitter. Déconnexion / Changer )

Photo Facebook

Vous commentez à l'aide de votre compte Facebook. Déconnexion / Changer )

Photo Google+

Vous commentez à l'aide de votre compte Google+. Déconnexion / Changer )

Connexion à %s